Frédérique MARTIN

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Archives du carnet pour juillet 2009

En avoir un grain

Mercredi 29 juillet 2009 | 13 commentaires
« Devenir un homme vrai, pour s’arracher des paroles vraies. » Charles Juliet – Journal I

 ”Que veux-tu que je te dise ? Que j’aime mes parents, que je suis au mieux dans le nid douillet qu’ils m’ont construit, que je crève de peur à l’idée de le quitter pour affronter seule le grand monde ? C’est ce que tu veux entendre ? Tu gémis que je collectionne les conneries, mais c’est tout ce qui m’appartient à seize ans ! Tu crois que je ne le sais pas ? Je vais m’assagir, bien sûr je vais m’assagir. Pour avoir la paix, pour me donner bonne conscience, pour te rassurer. Je me caserai par là, avec un mec du coin, bien pépère et sans histoire. On fera construire, on aura des enfants, on rêvera des fins de mois de moins en moins difficiles. Je pourrai toujours compter sur vous, il ne m’arrivera rien, absolument rien. Et tu sais ce qui est le plus dur à avaler ? C’est que je serai parfaitement heureuse sans mouvement et qu’à seize ans je le sais déjà. Une vie plate, et morne, et qui m’ira très bien. Alors je t’en prie, laisse-moi résister encore un peu à cet avenir si brillant.”

 

“Vous êtes bien cabotin, mais comme vous avez du talent, on vous le pardonne aisément. Ne perdez pas votre temps, cependant, avec une femme telle que moi, à la limite de la date de péremption, quand il y a tant et tant de jeunes pucelles encagées dans leurs ventres plats, leurs seins si fiers et leurs culs irresponsables. Proprettes sur elles, les visages lisses comme leurs chevelures, avec ce rien de lubricité dans le regard qui donne à penser qu’elles en savent plus long qu’elles ne le laissent paraître. Les hommes s’y godichent, pourquoi s’en priver ? Ils ignorent qu’il s’agit, dans la plupart des cas, d’une pâle imitation de leurs aînées. Oh! presque inconsciente. On peut l’affirmer, pour dédouaner nos petites héritières d’un trop grand calcul.
Oui, allez donc rejoindre les gazelles bien fraîches qui se dressent de tous côtés, plutôt que de rester ici, à perdre votre temps et votre art en compagnie d’une femme telle que moi, qui dit ce qu’elle pense sans détour, qui connaît toutes vos rodomontades et pour cette raison même, laisse s’avachir son ventre et ses bajoues.”

 

“Je ne suis pas  gentille. Il ne s’agit pas là d’une provocation gratuite et il n’y a pas lieu de la revendiquer. La gentillesse est une qualité indiscutable qui, en tant que telle, porte sa contradiction. Elle s’accommode mal de la lucidité, elle se l’interdit, je dirais même qu’elle s’y oppose.”

 

“Une allure de chat écorché, une voix de chat écorché, et – c’est à craindre – un tempérament à l’avenant.  

Est-ce que quelqu’un pense à moi quand je ne suis pas là ?”

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Être mère

Mercredi 22 juillet 2009 | 13 commentaires

Nous sommes au coeur de l’été, il fait chaud, les cigales s’exaspèrent… ce n’est pas une raison pour mollir jusqu’en septembre.

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Depuis plus d’un mois, je voulais vous parler de ce livre paru chez Pleine page, mais une mère s’est absentée et voilà que tout est resté suspendu. Attendre quelqu’un qui ne reviendra pas.

Dans Dernières lettres à ma mère, il est question d’un homme qui n’est pas arrivé à grandir. Ce sont des choses qui arrivent plus souvent qu’on ne le croit. Il est monté en graine, des poils lui sont apparus, il a même eu un enfant, mais grandir et se dresser, ça il n’a pas pu.
Comme d’autres avant lui, comme d’autres après, il a tenté de noyer son chagrin. Mais il trouvait que ça n’allait pas assez vite, alors il a eu recours à plus radical. Dans ces cas-là, il ne faut pas se rater – les lendemains de suicide sont bien pire qu’une gueule de bois. La honte et le chagrin poissent les draps dans lesquels le corps maltraité tente un repos moins définitif. Il faut affronter la détresse, les regards aimants et leurs larmes, supporter de voir son pauvre baluchon de linge sale autopsié.

Durant quelques semaines, avant d’aller voir là-bas si il y est, Thomas Mèneret écrit à sa mère :

Si quelque chose de bon doit advenir, cela viendra du manque, justement. Puisque quelque chose manque, depuis toujours, à commencer par Dieu.

Il me faut abdiquer, et non pas ferrailler, et vivre avec ce manque ami. Il faut vivre, avec nos manques, Maman, les aimer même, me comprends-tu ? J’entends par manque, tout ce que l’on voudrait et que l’on n’aura ou ne sera pas. J’entends par manque l’impossible autour de nous. J’entends par manque l’acceptation de notre singulière solitude ici-bas.

Habitons notre manque infaillible. La tyrannie de la totalité a assez duré. Nous ne serons jamais complet. Ce n’est pas grave. Allons vers notre manque, notre finitude, notre “incomplétude”, nos failles.

Je recommande cette lecture à celles et ceux qui se tartinent le cou à l’orgueil et prétendent savoir et maitriser. Ils y comprendront peut-être que  nous ne sommes pas tous équipés de la même manière pour affronter ce que nous réservent les jours et les nuits. Qu’il n’y a pas à en rougir ou s’en défendre. Que cette fragilité même est une richesse qui se paye comptant.  

La voie royale vers l’eugénisme, qui consiste à croire au sens intégriste du terme, que demander suffit à obtenir, que l’on mérite tout ce qui nous arrive, que culpabilité et responsabilité sont synonymes, cette voie royale, dis-je, est à gerber. Je revendique haut et fort mes incompétences, mes failles, mes gouffres et l’incommensurable douleur qui m’habite parfois. Je la revendique pour moi qui prends la parole et pour tous ceux qui n’arrivent qu’à se taire devant la cruauté ordinaire des mieux-disants, des mieux-payants, des mieux-trou-du-culants.

Je me réjouis que le sieur Daumier ait eu la lucidité d’écrire cette maxime qui devrait soulager le prurit galopant des susnommés, à condition qu’ils l’utilisent d’abondance  :

On gagnerait une fortune à acheter les gens ce qu’ils valent pour les revendre ce qu’ils s’estiment.

Et encore : Pour la petite infante qui a grandi trop vite, qui voyage au loin, seule, pour la première fois. Cette bouleversante chanson de Clarika, Lâche-moi… parce qu’être mère, c’est dur aussi, ça fait peur l’idée d’attendre toute sa vie quelqu’un qui ne reviendrait pas. C’est pas celle de Thomas qui me contredira.

Photo : Frédérique Martin

Photo : Frédérique Martin

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Les gens

Mercredi 15 juillet 2009 | 1 commentaire

Le magazine ADA sort son numéro de juillet. Au comité de rédaction, se trouve le fameux Raymond Alcovère dont j’ai déjà signalé l’excellent blog ici, ce qui ne m’interdit pas d’y revenir. J’en profite pour pratiquer ce que certains appellent de l’égo pub en pointant l’article qu’il consacre à mon roman Femme vacante.

Dans cette nouvelle livraison, on peut lire, entre autres, un texte de Thomas Vinau qui voudrait bien que ce soit possible. Et nous aussi, nous le voudrions, qui ne le voudrait pas ? En attendant, il ne faut pas hésiter à le lire. L’âne de Brautiguan vient de paraitre aux éditions Du soir au matin 30 pages, 2 illustrations, format 14×13,5, 5,50 € à commander à l’éditeur ou à l’auteur.

jacki-marechal

Parvenu à ce stade, le lecteur lambda s’écrie : n’en jetez plus j’ai de quoi lire jusqu’à la fin de l’été. Oui, mais. Je tiens à vous avertir que Jacki Maréchal, dont vous connaissez les peintures si vous suivez ce carnet, a publié le tableau ci-dessus accompagné d’un texte que j’ai beaucoup aimé, de Nathalie Yot dite Nat Yot :

Il était une fois les gens. Ça ne se voit pas les gens. C’est là. Genre humain. Espèce unique. Les gens disent bonjour quand ils se lèvent et bonne nuit quand ils se couchent. Entre les deux, ils passent leur temps à faire toutes sortes de choses. Mais ça ne se voit pas les gens. C’est là. Tellement présent qu’on ne les voit pas. Ils prennent toute la place. Tout autour de moi et dedans (aussi)…

La suite dans le magazine, au rayon des inédits. Vous ne pensiez quand même pas que j’allais tout vous dévoiler comme ça ?

Sachez enfin que Jacki Maréchal exposera du 16 au 25 juillet dans un lieu insolite et dynamique : L’étable de Monsieur +. Vernissage le 16, décrochage performance le 25, c’est ouvert, c’est beau, c’est pour tout le monde.

C’était la recette du chef : “Assortiment de gens sur fond d’un jour d’été”. S’en priver nuirait gravement à la santé. Profitez !

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D’Elles-mêmes

Dimanche 12 juillet 2009 | 5 commentaires

Retour de tournée culturelle CCAS. 1500 kilomètres en six jours, temps froid, matelas rudes, draps de papier, nourriture à l’avenant. J’apprends au hasard d’une conversation que nous étions plus de 5000 artistes à proposer qui une lecture, qui un tour de chant, une pièce de théâtre, un ballet, un conte etc… Voici le résultat d’une sélection exigeante et le programme proposé aux vacanciers tout au long de l’été.

Conditions inhabituelles donc, qui requièrent de savoir puiser chaque jour en soi l’énergie de lire, de partager avec le public, et d’être présentes à ceux qui sont venus à notre rencontre : un couple marié depuis soixante ans qui s’agrippe par la main toute la soirée, un veuf inconsolable qui évoque sa défunte depuis dix ans les larmes aux yeux, une jeune basque intraitable, une mère qui dévore pour tenter d’apaiser un chagrin, et bien d’autres encore. Des regards bleus, las, noirs, frais, marrons ou vifs. Des sourires, des attendrissements, des mots doux, des éclats de voix, des souvenirs à la pelle et de l’émotion au kilo. De la fatigue aussi, sans oublier le grand éclat de rire au détour d’une rue :

Soldes en Basquésie

Soldes en Basquésie

J’étais avec Hélène Duffau, et nous donnions – pour la deuxième année consécutive - notre lecture croisée intitulée “D’elles-mêmes”.

Penser aujourd”hui que la culture est pour tous, qu’elle peut être transportée partout, qu’elle n’a pas à être bradée et mérite un vrai salaire, que les artistes ne s’adressent pas à une élite en reléguant les autres au franchouillisme de base, relève du pur militantisme.  Croire qu’être en vacances ne dispense pas d’être attentif, que les endormissements de la plage n’ont pas un caractère définitif ou encore qu’on  peut préférer la lecture au karaoké et la danse contemporaine aux âneries benjaminesques de secret sotie est un acte de foi. Entrons pour remercier.

Eglise Saint Jean Baptiste

Eglise Saint Jean Baptiste

Quand nous aurons fini de nous ébaubir sur l’opiniâtreté de ceux qu’on appelle les acteurs culturels pour bien signifier qu’on prétend les faire jouer dans la grande comédie des Arts et de la Culture, sortons sans oublier de claquer la porte pour manifester notre humeur et ne pas laisser l’espérance nous échapper entre deux mauvais courants d’air. Et rejoignons le danseur, la conteuse, le chanteur, le peintre, le sculpteur, la photographe… qui ne confondent pas valeur et monnaie, création et célébrité, confiance et crédulité. Agur.*

Nahi dukana hiretzat, besterentzat.*

Ustea ez da jakitea

Ustea ez da jakitea*

 

*Adieu.
*Ce que tu veux pour toi, désire-le pour les autres.
*Croire n’est pas pareil que savoir.

 

 

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Jour spécial

Vendredi 3 juillet 2009 | 12 commentaires

Aujourd’hui, c’est mon jour spécial, celui qui revient une fois par an, même que quand il ne revient pas, c’est mauvais signe. Aujourd’hui donc, je me réchaufferai à tous ces gestes d’amour et d’amitié qui me parviennent depuis potron minet : un livre, plusieurs messages, quelques baisers, une orchidée jaune et pourpre. Je boirai du champagne frappé en admirant le vol des aigrettes dans les grands arbres, je me laisserai choyer par ceux qui sont près de moi, tout près de moi.

Je promets de faire un effort pour ne pas m’assombrir avec celle qui vient de franchir le styx comme d’autres avant elle et qui manquent toujours. Ou encore à cause de ceux qui tranchent, qui tirent, qui jugent et qui décident. Laissons leurs éloignements aux absents.

Quand la nuit sera tombée, que l’obscurité des feuillages le disputera à celle du ciel, je lèverai mon verre et j’attiserai encore une fois ce feu qui me consume, que je refuse de laisser s’éteindre, surtout pour de mauvaises raisons.

Et je boirai sans coup férir à la santé de mes frères.
 bon-anniversaire

Elle est dans sa maison au milieu des amis.
Certains vont en riant, d’autres lèvent leurs verres.
Elle vient sous le auvent qui éloigne la nuit.
Elle appelle sans un mot son ami qui sommeille.
Il se dresse souriant et se tournant vers elle, il chante à son oreille qu’il est tout près d’ici.
L’appel in Papier du sang.

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