Frédérique MARTIN

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Archives du carnet pour septembre 2009

La carte du Mali

Jeudi 24 septembre 2009 | 20 commentaires

(…) Je n’ai pas reçu ta carte du Mali. Je ne suis pas allée à Budapest. Je n’ai pas vu le soleil se lever sur un champ de coton. Je n’ai pas bu de thé dans une porcelaine de Chine. Je n’ai pas dansé le tango avec Carlos Gardel, ni chanté d’une voix lasse de diva presque éteinte sur la scène de l’Olympia. Je n’ai jamais reçu de rose noire. Aucun homme n’a mis son corps devant le mien pour me protéger. Je ne sais rien de la rosée sur les jardins de Saint-Pétersbourg, ni de la douce volupté d’une crinoline ou d’un fourreau de soie. Je n’ai pas dîné au Fouquet’s, pas bu de champagne chez Maxim’s. Personne ne s’est laissé mourir entre mes bras, sa main fatiguée trouvant son réconfort dans les miennes. Je n’ai pas eu d’ami fidèle. Je ne suis jamais allée à Londres, je n’ai pas su pleurer de joie. De tous les mots connus, chantés, respirés, pas un pour dire ma vérité. Je n’ai sauvé aucune vie, même pas la mienne. Mais surtout, surtout, je n’ai jamais reçu ta carte du Mali.(…)

Extrait de Femme vacantePleine Page éditeur

 

Je suis comme ça, moi. Quand j’aime, je ne compte pas. C’est Claire Diterzi que vous venez d’entendre, auteur, compositeur et interprète. Et belle, comme il se doit. Mais alors, me direz-vous, que demande le peuple pour qu’on ne la connaisse pas davantage ? Rien, à part  du cirque et des jeux.

Une artiste complète et qui ne ressemble à personne, c’est suffisamment rare pour qu’on se précipite. Et là, en phase avec ma Femme vacante, ce titre : infidèle. Il n’est pas trop tard, précipitons-nous, la pure magie console de tout.

 


Billet spéciale dédicace
:  A celui qui fête aujourd’hui son anniversaire pour la première fois sans pouvoir entendre la voix de la mère qui s’est assise pour ne plus se relever.

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Régime d’automne

Mercredi 16 septembre 2009 | 35 commentaires

Sans enfiler de gants, ni s’armer de pincettes, on peut reconnaître que la rentrée, c’est gonflant ! Rappels, factures, impôts et inflation, on voit se profiler des mois exsangues, durant lesquels nous seront reprochées notre molle citoyenneté et notre solidarité en berne tandis qu’on se fera taxer le porte-monnaie au fin fond de la poche. Le grand patron, ses petits acolytes ou le paul t’emploi, tous déclareront la fainéantise cosmique, le gouffre de la sécu insondable, le retard endémique et la crise sans précédent. On manque d’ailleurs cruellement de superlatifs, il y a là un débouché ministériel pour ceux qui ont mal joué leur place au jeu des transats musicaux.

N’évoquons pas les malades imaginaires et les vieux qui s’attardent, ils plombent l’économie et vont jusqu’au trépas en guise de rébellion quand on ne leur laisse pas le dernier mot. La maladie, c’est dans la tête, on devrait taxer ceux qui s’y adonnent. La vieillesse c’est dégoûtant, elle sera bientôt interdite à la naissance. Fort heureusement, on a dégotté un catarrhe qui colle aux bronches depuis le printemps et finira bien par les décimer. Avec la famine et la déshydratation, ce sont des méthodes qui ont fait leurs preuves.

Devant tant de contrariétés et par pur désœuvrement, il se déclenchera une épidémie de faces de carêmes, de règlements de comptes et de querelles antédiluviennes. On s’échangera des mots à la sauce aigre-douce et des amabilités au piment d’Espelette, cadeaux d’un usage courant dans les meilleures maisons. Pour en écouler le stock, il suffira d’en prendre sur son lieu de travail ou d’en laisser quelques kilos chez les voisins, sans oublier les automobilistes, les cyclistes, les ados, les retraités, les fonctionnaires et les chômeurs, les putes et les soumises, le facteur cheval, mon oncle d’Amérique et le dindon de la femme à barbe.

Si avec tout ça, il nous reste cinq minutes, on en profitera pour s’en vouloir de ne pas être aimables en toutes circonstances, multi-talentueux, poly-structurés et méga-souples. On ruminera de ne pas savoir tendre l’autre joue, de mal avaler les couleuvres, de ne pas lâcher prise, de fumer, de boire, de grossir, de glander, de rancuner. On pourra poursuivre en enviant les beaux, les riches et les célèbres (qui sont souvent les mêmes, c’est dire s’il n’y a pas de justice). Sans chercher trop loin, on devrait trouver une tête de turc sur laquelle cracher ses restes de pot-au-feu mal digéré.

Pour le dessert, le chef vous propose à la carte : le litron qui a ses émules ou l’atarax bientôt en vente libre. Une audacieuse combinaison des deux assure pour quelques heures, une perte totale de lucidité. On obtient le même résultat, sans effort, avec le coup de gourdin sur tête d’enfant. A essayer donc, en attendant les prochaines vacances. D’ici là n’oublions pas d’étaler des idées toutes faites, des avis bien tranchés et des jugements définitifs.
Le digestif, on le prendra chez Louis-Ferdinand : Détestons-nous les uns les autres et surtout, restons-en là.

 

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Place aux nouvelles

Jeudi 10 septembre 2009 | 24 commentaires

Place aux nouvelles 2009

Ce dimanche 13 septembre 2009, on l’a déjà vu dans la rubrique actualités de ce site, je suis à Lauzerte avec quelques compagnons. Nous y partagerons  le goût de la nouvelle et un certain nombre de vices plus ou moins cachés ( le roman, le théâtre, l’essai, le vin, les chants tonitruants, le tango, le vin – Ah bon, je l’ai déjà dit ? – …). Dans l’après-midi, je donnerai une lecture à la médiathèque. L’heure de mon passage reste gardée au coffre comme un secret d’état, il faut se rendre sur place pour la découvrir ! 

Nous,  les auteurs, arriverons la veille au soir, nuitamment, dissimulés par des chapeaux mous et des lunettes de soleil taille XXL. A l’entrée du Café du commerce permettant d’accéder au concile des 24, René nous attendra en plissant les yeux. A ce signal, nous devrons extraire de nos poches un entonnoir rouge comme une révolution et clamer : ” Qu’on perce les tonneaux! “. S’ensuivront embrassades et libations au cours desquelles nous nous transmettrons avec allégresse le virus de la grippe A.

Nous séquestrerons le coq avant de regagner nos pénates sans omettre de tambouriner aux portes de ceux qui auront choisi de fréquenter les poules. Nos réveils seront difficiles, nous petit-déjeunerons en sombreros et masques de ski, nous louerons des sourires ultra brite. Puis nous nous nous rendrons derrière nos tables où nous dédicacerons moult ouvrages aux foules en furie, sans oublier de ripailler fréquemment.

Voilà ce qui attend le lecteur impétrant à Lauzerte. En cas d’hésitation, qu’il consulte donc l’intégralité du programme, c’est Le rendez-vous incontournable de la rentrée. La journée se clôturera par la remise du prix de la Nouvelle du Scribe, la fameuse librairie de Montauban tenue par le truculent Jacques Griffault.

Est-il besoin de préciser que les places seront chères, les auteurs sollicités, les livres en rupture de stock ? Vous ne voudriez pas manquer de bouquins, à la veille d’une crise sans précédent, terrassés par la pandémie et ruinés par la taxe carbone ? Alors c’est entendu, venez jacasser, rire et profiter avec nous avant qu’on y pose le mot fin. Lecture et  bonne humeur seront mises à bouillir, c’est la seule contagion qui soit encore garantie.

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Les vases communicants (2)

Vendredi 4 septembre 2009 | 18 commentaires

« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… » . François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée. Aujourd’hui, Lignes de vie et Frédérique Martin s’invitent réciproquement.

Suivez-moi avec ma tronçonneuse !
Elle coupe bien la garce. Modèle récent, fibres de carbone, batterie lithium-ion, ultra-légère. Avec elle je peux courir, monter, descendre ruelles et passages de la ville. Parce qu’où j’opère, ça grimpe, c’est les pentes, la colline, l’ancien quartier canut, faut en être, 1831, 1834, 1848, ça vous dit quelque chose ?
Je m’agenouille sur le ciment, je presse l’interrupteur. La lame tourne si vite qu’elle semble immobile. A peine audible. Jusqu’à ce qu’avec son tranchant feutré j’effleure le bitume. Là, ma petite garce chérie crie.
Elsa et Ève surveillent. Chacune son bout de rue pendant que j’avale la poussière. La machine tressaute. Je la serre ferme. Bras malmenés, doigts blancs sur les deux poignées. Faut faire très vite, le « CSP plus » veille. Le Comité de Salubrité Publique. Partout ses membres. Dans leurs bonbonnières bobos, derrière les fenêtres dépolies de leurs lofts, de leurs crèches poutres apparentes. Les caméras pivotent sur leurs bases dans les globes cuivrés des lampadaires. On nous télé-regarde, on nous télé-veille, on nous télé-télé. Je vous emmerde.
Je découpe. Giclées phosphorescentes. La lame s’enfonce. Fumées. Je tousse. Putain ! La lame se bloque ! Je secoue la tronçonneuse. La lame repart. Je vous aurai tous, je mettrai fin à vos règnes d’araignées bitumeuses, bétonneuses, cafardeuses. Vive la découpe !
Relevez-vous frères lobos ! Descendez avec vos couteaux à jambon, vos Laguioles, vos Ikéa cutters. Ne me laissez pas opérer seul.
Le marteau. Je frappe, je tape, je cogne. Encore et encore. Jusqu’à ce que la croûte craque.
Je déblaie les grenailles, le granulat, le concassé, le duraille. Ça part tout ça derrière moi. Dans les crottes de chien. Les enjoliveurs.
Soudain la terre !
Mes doigts dedans.
Elle existe,
oui,
la bonne terre.
Pas d’attendrissement ! Dégager un rectangle ! VITE !
Elsa ! Ève ! Venez !
Elles accourent avec les godets de plants, le bio engrais, l’arrosoir.
Oh vos mains dans la terre mes belles.

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Nous remontons la rue avec tronçonneuse et plantoir,
nous continuons notre tâche,
nous sommes au début,
en bas de ces pentes.

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Nous allons ouvrir des interstices dans la cité, ressusciter, réciter des verts. Que leurs semailles rimaillent ! Voilà tout ce que veut ma tronçonneuse : creuser des micro-jardinets aussi minces que des fissures, déterrer, fouger cette bon dieu de ville.

Les autres participants aux vases communicants de ce mois : (Que les oubliés se signalent !)
Zoé Lucider et Dominique Boudou
Désordonnée et Emelka
Paumée et François Bon
Futile et grave et Fragments ecmnésiques
Fenêtres Open space et Michel Brosseau
Arf et Balmolok
Liminaire
et 36 poses d’Annie Rioux

 

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La grande Zoé

Mercredi 2 septembre 2009 | 5 commentaires

Quand elle ne sardonique pas avec talent, Zoé Lucider ne cesse de creuser pour relayer. Aujourd’hui, elle me donne une joie monstrueuse en me faisant découvrir Fredo Viola. Ecoutez jusque bout, c’est à pleurer. Merci Zoé.

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