Lectures publiques, atelier écriture Toulouse, Haute-Garonne, Tarn
Frédérique Martin, écrivain

 

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Archive pour 2010

Place aux nouvelles : Cuvée 2010

Vendredi 3 septembre 2010 | 14 commentaires

L’année dernière à la même époque, je vous révélais tous les plus obscurs secrets de la rencontre annuelle qui a lieu sur la place de Lauzerte, à l’initiative de Jacques Griffault, l’inénarrable ordonnateur de la librairie le scribe à Montauban. En collaboration avec René – autre figure sans égal et grand tenancier du café du commerce – et la  médiathèque intercommunale Pierre Sourbié, ce dimanche 12 septembre 2010, il vous sera proposé une belle brochette de trente auteurs plus ou moins frais, des lectures à la carte, quelques débats au pichet, des ateliers d’écriture sur tonneau et de la dédicace en vol au vent. Une pièce montée de cinq recueils clôturera les agapes lors de la remise du Prix de la nouvelle du Scribe – édition n°5 à tirage limité suivant d’où vient le vent.

Nous les auteurs de ce club fermé – mais à forte capacité d’extension – sommes prêts à tout pour rempiler d’une année sur l’autre, même à écrire des nouvelles !   Mais ce n’est pas tout : nous jurons solennellement de goûter sans relâche les liqueurs que René ne cesse d’extraire du comptoir, nous irons nous écouter lire les uns les autres, nous nous baignerons de concert à des heures indues dans la piscine de l’hôtel, nous rirons bruyamment de toutes les plaisanteries, y compris des nôtres. Et nous chanterons à tue-tête au milieu de la place jusqu’à ce que le Lauzertin et sa coquine versent des bacs d’eaux usées sur nos mises en plis. Voilà ce que le dévouement professionnel signifie au sein du concile des trente !

Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous mettre à nouveau la vidéo de nos ébats littéraires sur la place de Lauzerte – tournée à l’insu des auteurs – et qui rend hommage  à notre spontanéité, notre joie de vivre et notre  incomparable prestance acquises de longue haleine. Vous savez désormais, où se niche le succès.

Liste des auteurs présents : Alain Absire, Pierre Autin-Grenier, Anouar Benmalek, Claude Bourgeyx, Manu Causse, Dominique Fabre, Georges Flipo, Benoît Fourchard, Françoise Guérin, Éric Holder, Serge Joncour, Marie-Hélène Lafon, Michel Lambert, Fouad Laroui, Yves Lériadec, Marcus Malte, Frédérique Martin, Samuel T. Meyer, Isabelle Minière, Frédéric Monlouis-Félicité, Chantal Pelletier, Danièle Pétrès, Fabien Pichon, Claude Pujade-Renaud, Bertrand Runtz, Annie Saumont, Denis Sigur, Tito Topin, Emmanuelle Urien, Marc Villard.

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Chez eux (2)

Samedi 28 août 2010 | 83 commentaires

CP F. Martin

CP : F. Martin

 

 

 

 

 

 

« La langue est la grande menteuse de la bouche », lui avait-il dit en se penchant sur elle, si près qu’elle avait pu distinguer les pores dilatés sur son front. Bois de cade, poivre et peau luttaient pour l’embaumer sans qu’elle veuille leur échapper. Est-ce qu’il en finirait jamais ?

Elle en était toujours aussi surprise. On ne se connaît pas – ou si peu, dans le meilleur des cas – on entre ; à peine les salutations d’usage et on passe directement au déshabillage suivi d’un rapprochement immédiat et de contacts plus ou moins appuyés. Une exploration lente et méthodique, comme s’il n’existait plus de sphère intime et que la pudeur avait été balancée aux orties.

« D’un rien, elle fait toute une histoire. Une véritable concierge. » avait-il poursuivi en souriant – dans le secret espoir de l’amener à la détente ? « Je m’allonge ? ». Un haussement de sourcil : « Oui, ce serait préférable ». Ça l’est toujours, pourquoi poser la question, ils n’allaient pas le faire debout. Elle lui tendit son bras dans un geste codifié, il le saisit avec une certaine douceur – juste celle qu’il fallait. Il ferma les yeux un long moment, semblant écouter quelque chose de si lointain, si ténu, qu’il avait besoin de toute sa concentration pour l’atteindre. « C’est très bien » finit-il par déclarer. Elle eut envie de s’étirer sans passer à l’acte pour autant. Elle sentit ses deux mains de chaque côté de son cou descendre sans hâte, tièdes et sèches, la pulpe des doigts lissée par des milliers de passages. Elle pouvait apercevoir les poils de son torse s’échappant par la chemise entrouverte. Avec certains, c’était carrément mieux qu’avec d’autres et – pourquoi le cacher ? – celui-ci avait sa préférence. Autant joindre l’utile à l’agréable.

Il continuait sans se presser, elle laissait faire. Parfois, quand il était penché ainsi, elle se retenait de lui passer les doigts dans les cheveux. Il y avait quelque chose de tendre dans sa lèvre inférieure, une malice dans ses yeux – surtout quand il riait – qui l’émouvait de manière fugace, comme un gonflement trop longtemps retenu, un soupir inexplicable. Mais cela pouvait aussi la prendre dans le métro, dans la rue, dans un café. Elle observait les gens autour d’elle, leurs mises informes le plus souvent, leurs visages fatigués, des chagrins mal dissimulés, la complicité d’un couple, un regard aimant, ou la main fine d’une femme effleurant sa joue avant de s’enrouler autour de son cou. Elle souriait alors, remuée, heureuse sans autre raison que celle de se sentir liée à des inconnus pour lesquels elle aurait pu avoir des gestes de pure consolation.

Il la fit asseoir et elle ne put s’empêcher de penser qu’il ne savait pas ce qu’il voulait, à changer sans arrêt de position. Il souleva sa chevelure pour mieux lui parcourir le dos. Et puis, ce fut fini. Il lui demanda de se rhabiller pendant qu’il écrivait quelques mots. Elle s’assit en face de lui, le considéra un long moment avant de lui demander :

- Combien je vous dois ?
- Six euros soixante, répondit-il en relevant la tête.

Elle trouva qu’il n’était pas cher.

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La valse des adieux

Jeudi 19 août 2010 | 55 commentaires

 

Crédit Photo Frédérique MARTIN

 

Lors de la publication de mon recueil de nouvelles “L’écharde du silence“, je cherchais ce que j’allais mettre en exergue. Tout était une première fois et me stupéfiait. Je garde le souvenir brûlant d’un temps hors du temps, où je semblais présente au monde, alors même que j’en étais sauvagement retirée. 

De passage chez une amie, dans le quotidien de sa cuisine et la préparation d’un repas de fête, j’entends soudain ce texte d’Aragon, récité – et de quelle manière ! – par Jean-Louis Trintignant sur une musique de Daniel Mille.  Happée par cette voix extraordinaire, par ce texte que je découvrais et par la plainte lancinante de l’accordéon, je sus dès la fin du morceau, que mon exergue était là.

L’écouter me ramène à cette période étincelante où ce à quoi j’aspirais, ce pour quoi j’avais travaillé si longtemps et si seule, advenait enfin. Ma chienne de vie, enivrée de joie pure.

 

« Parce que, dans la vie, il y a certes un dangereux quotient de rêve, mais dans les rêves aussi, il faut savoir lire sa vie, voir plus loin qu’elle. Voir plus loin que soi. Je sais d’expérience que c’est difficile et que souvent, cela fait mal. Mais si vous voulez qu’au moins en une chose je me vante, je vous dirai que, de cette vie gâchée qui fut la mienne, il me reste pourtant un sujet d’orgueil : j’ai appris quand j’ai mal, à ne pas crier.
Cela m’a beaucoup servi ces jours-ci. »

Louis ARAGON – La valse des adieux

Daniel MILLE – Le funambule

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Chez eux

Mardi 10 août 2010 | 76 commentaires

En rentrant, il avait juste dit : « Je suis allé chez eux. C’est propre, tout est rangé à sa place. La pelouse est tondue, il y a des chaises longues près de la piscine et un barbecue maçonné. Ils ont fait beaucoup de travaux et dehors, tout est achevé. Ce n’est pas comme ici. ».

Elle avait gratté la toile cirée de son index rongé avant de murmurer : « Mais c’est bien chez nous, aussi ».

Il avait repris, sans l’écouter : « Chez eux, ça sent toujours bon. »

Et elle : « J’ai préparé un clafoutis. »

Et lui : « J’aime pas trop les gâteaux, tu sais. »

“Savoir ne m’empêche pas d’espérer”. Il s’était levé sans souffler, ni même pincer des lèvres. Simplement, à mi-hauteur, quelque chose avait bloqué son élan, un obstacle invisible quelque part entre tripes et cœur. Il avait eu deux ou trois secondes d’arrêt avant de se déplier complètement.
Il n’avait pas hésité devant la porte d’entrée, comme quand il faisait mine de sortir jardiner, bricoler, ou se balader. Non, il s’était dirigé droit sur le canapé fatigué, s’y était englouti dans le ronron du tour de France. En pause directe.

Ce bruit de fond l’attrista plus que la nouvelle de l’accident du voisin, écrasé par son tracteur. Une mouche verte bourdonnait sur le plan de travail à côté des miettes que ni lui, ni elle, n’avaient eu le courage de nettoyer. Une trace grasse balafrait la vitre au-dessus de l’évier.

Bien sûr, chez eux, ce n’était pas droit, les murs gauchissaient, les meubles s’empoussieraient parfois, des araignées filaient doux entre les solives, le chien lâchait ses poils dans le tapis de la salle de bain. Le canapé portait une déchirure sans orgueil, le four avait vingt ans déjà, l’herbe était folle – la mauvaise plus que les autres. C’est bien normal, non ?
Il n’y avait pas de jolis meubles cirés imitant le rustique, ni de fausses pierres collées sur des murs alignés comme des juristes. Pas davantage de petit cabanon tout en un avec fenêtre égayée et cheminée factice. Pas de piscine non plus, ou de tonnelle avec table en teck imputrescible et rosiers nains grimpants  – ils sont moins durs à entretenir que les autres et puis ils n’abîmeront pas la treille. Que pouvait-elle dire devant le crépi jaune moutarde et les volets bleu de provence, les lampions multicolores, la perfection des jardinières en plastique et des cuivres d’opérette ? Que pouvait-elle dire des maisons de pacotille qui abritent les bonheurs en carton qui ne s’enracinent pas ? A part qu’elle n’y était pas chez elle.
Oui, ils avaient fait beaucoup de travaux – eux – pas comme ici et chaque chose étant à sa place, ils pouvaient désormais se reposer et attendre que ça passe. Parfaite petite maison pour mort respectueuse et plus de bruit après dix heures.

Elle se leva. Il l’entendit accrocher les persiennes de leur chambre. Elle vint se poster dans le salon. Au bout d’un moment, il tourna la tête vers elle. Elle eut un sourire très doux, encourageant : « Tu viens ? ». Il sourit à son tour quand elle  lui tendit la main.

 

Pour l’ami qui n’aura pas eu le temps de venir s’asseoir dans la maison de Frédérique.

Découvrez la playlist Serge Lama avec Serge Lama

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Papotages et popotins

Samedi 31 juillet 2010 | 59 commentaires

Grâce à une certaine Déesse de ma connaissance – car oui, je fréquente la Haute, et même la très Haute – je me suis acheté un magazine qui s’adresse aux femmes qui en ont ras la teinture pubienne qu’on les prenne pour des quiches. Je suppose que c’est à la suite de son choix édifiant pour le total look « blonde platinium » que ma Déesse à moi s’est mise à la lecture. Magnifique illustration du proverbe de la pierre et des deux coups : elle aguiche la carte bancaire du même nom par des couleurs tapageuses soigneusement disséminées sur son opulente personne tout en se bourrant le crâne d’infos survitaminées.

Causette – c’est le nom du bi-mensuel – se proclame  Plus féminine du cerveau que du capiton. Au sommaire du numéro 9, entre autres : Une femme détective, un dossier sur le cœur – ça peut servir pour ceux qui n’en ont pas ou celles qui l’ont égaré – la contraception masculine avec photo d’ homme nu, une BD perverse, un portrait de Charles Bauer (et là j’ai les RG sur le paletot jusqu’à l’abolition totale de l’esclavage), un reportage sur le paco et la lutte que mènent des mères argentines contre cette drogue plus répandue que la teigne favique. Dans Causette, il y a des livres, des sorties, des critiques et un ton goguenard qu’on retrouve sur certains blogs comme celui de La Chose.

Abordons maintenant ce qu’on ne trouvera pas dans Causette. Il faudra faire l’impasse sur la pub et se débrouiller sans conseils pour raboter nos silhouettes, limer nos dents, améliorer notre transit, colmater nos fuites, contenir nos menstrues ou réparer nos chevelures de sirènes agressées par le soleil et les mains baladeuses du super macho qu’on aura du mal à conquérir, faute d’un test phare du style : « Je lui tiens la dragée haute pendant qu’il fait main basse. »

A la place, on lira une nouvelle de Honey Sweet (eh oui, ça ne s’invente pas, du coup je ne l’ai pas encore lue) et on apprendra que les éditions la Musardine cherchent des nouvelles pour une collection centrée sur le plaisir féminin. Je transmets, cela pourrait vous occuper si vous êtes coincées sur le sable. Pour celles qui manqueraient d’inspiration, je conseille l’édifiante émission de Mermet sur les consolations masculines, qui donne un aperçu du travail de  recherche que peut effectuer  l’homo sapiens face à l’insondable mystère du popotin – électricité, curcubitacées en tous genres, souvenirs du Mont saint-Michel…

A l’heure de la pensée alternative, de l’érudition et des lectures profondes, c’était ma chronique de l’été : «Comment se griller définitivement sans entamer son capital soleil», une manière de répondre à la proposition de Sophie K : restons légers !

Charbon ardent

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Fantômette et Fantômas

Jeudi 22 juillet 2010 | 49 commentaires

Je remets ici le texte écrit pour mon vase communicant du mois de mars dernier avec Denis Sigur.

Il m’arrive une histoire incroyable. Jusque-là, je n’avais pas osé en parler, on m’aurait prise pour Dame Chaillot ! Au début, j’ai feint de ne rien remarquer, j’ai gardé une réserve détachée, un air de pas grand chose. Mais le phénomène est maintenant d’une telle ampleur, je ne peux plus le dissimuler. Voilà, je me lance : mon site est hanté !

J’ai fouillé les archives du KGB, alerté la Nasa, retourné les tapis persans – et même les turcs -, consulté mon Encyclopédie des fantômes et des fantasmes… en vain. Aucune expertise sur le sujet, puisqu’on vous dit que les esprits de blog n’existent pas !

Pourtant ils sont bel et bien là. Ils rôdent à toute heure – de préférence celles des repas – surgissent sans prévenir, laissent des traces partout. Parfois ils se figent sur place, hurlent, trépignent, agitent leurs chaînes. Devant mon intransigeance, ils font mine de sortir, puis reviennent illico. Tantôt solitaires, tantôt en groupe, ils se haranguent, s’interpellent, pique-niquent, fument en cachette, puis s’enfuient en jetant derrière eux des mégots fumants et des poubelles éventrées.

Ils sont de plus en plus nombreux, j’en rêve la nuit. Il y a des fantômettes et des fantômas. Aux heures de pointe, on peut voir débouler : une blonde platine, une paire de grandes oreilles, un petit dadais, une mère de famille nombreuse, un troll et même le spectre d’un chien pelé arroseur d’angles acérés. Ils commentent mes faits et gestes, au point que j’ose à peine traverser leur groupe pour rejoindre mes appartements. Ils ricanent par moment et s’entretiennent à demi-mot, certains ont des avis définitifs et entendent les faire valoir. Il y en a un, victime d’une tragédie, qui délire et lance des cris déchirants : Maman, maman !? Le plus souvent, c’est l’écho qui répond. Enfin, il y a les timides, les inconstants ou les touristes qui viennent en visite une fois de temps à autre, qui se déguisent pour ne pas être reconnus.

L’épidémie a culminé quand une cantatrice s’est mise à vagir dans le couloir. Toujours la même chanson. Au début, c’était beau, émouvant, on y prenait goût. Mais à la sept cent vingt-huitième répétition de l’attaque : Ah les voyages, aux rivages lointains, aux rêves incertains… , il a fallu prendre ses jambes à son cou – question de vie ou de mort. Cela a duré, duré, duré. J’ai prié longtemps, vêtue d’un cilice Yves Saint-Laurent, confite en dévotions, et la diva s’est tue. Ce qui prouve l’existence de Dieu et la prédominance de la mode.

Au cœur de la nuit, entre deux ronflements, le silence finit par s’installer. Je vais alors de pièce en pièce, je range ici et là, je tapote un coussin, je ramasse les miettes. L’espace résonne dans la maison devenue trop grande pour moi. Une inquiétude serpente ; et s’ils ne revenaient pas ? Vite, faire un gâteau, parfumer la chambre, repeindre les murs, changer les tableaux. Et s’ils ne revenaient pas ? Secouer les rideaux, effacer la poussière, trouver une histoire drôle, ou triste, ou belle. Et attendre, assise au salon, attendre leur retour. Ah ! S’ils ne revenaient pas ? Il n’y aurait plus qu’à éteindre les lumières, bien tirer les rideaux et fermer la porte derrière moi.

 

Peintures de fantômes japonais tirées de rouleaux exposés au temple Zenshoan.
Source : http://www.estampes-japonaises.org/747/fantomes-japonais-du-xixeme-siecle/

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Handicap interneuronal

Dimanche 11 juillet 2010 | 47 commentaires

Madame, Monsieur,

Par la présente, je sollicite des arcanes insondables et mystérieuses de l’Etat, l’obtention d’une carte Cotorep. En effet, après consultation de votre barème lié au Décret n° 93-1216 du 4 novembre 1993, il apparaît que je remplis une grande partie des critères exigés, à savoir :

Apragmatisme, négativisme, compulsions obsessionnelles, ambivalence, inhibition, fuite ou incohérence des idées, lenteur et appauvrissement de la pensée, radotage, délire. Vous trouverez en pièce jointe dans le dossier http://www.frederiquemartin.fr des témoignages et commentaires éloquents à ce sujet.

Affections auxquelles on peut rajouter :

Une tendance à perdre ses illusions n’importe où, des hallucinations parfois collectives, une déréalisation par écran interposé. De l’anxiété en tranches et des crises d’angoisse en rouleaux. Une labilité émotionnelle et scripturale fâcheuse. Une instabilité mal contenue par des fleurs de Bach consommées en tonneau pour raisons économiques, des atermoiements de lingère et l’immaturité affective du bonobo.

Qui plus est, le doute m’aime à la folie et  je n’ai pas le cœur de le repousser.

Pour ce qui concerne la « Déficience esthétique sévère », les choses sont en cours, mais prennent un peu plus de temps que prévu. Croyez pourtant que je m’emploie activement à vous satisfaire.

Madame, Monsieur, mon médecin est beau, mais je crois bien que c’est un âne : il en la science et il en a le poil. Il me soigne pour des atteintes diverses qui ruinent la collectivité, quand une simple pension pourrait y suffire. Je ne vous réclame pas de versement rétroactif pour le préjudice trépassé, mais une prompte mise en place du dispositif serait appréciée. Disons qu’il s’agit d’un cas d’urgence, mes droits d’auteur ne m’autorisent plus l’achat d’un timbre depuis la hausse de prix du premier juillet dernier.

Malgré une liste d’attente longue comme un jour sans pain, je compte sur votre bienveillance constitutionnelle et vous en remercie par film d’anticipation.

Recevez, Madame, Monsieur, mes rogatons distingués.

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Werner LAMBERSY

Mardi 6 juillet 2010 | 23 commentaires

Un remerciement à celui qui m’a offert le titre d’une nouvelle parue chez Brèves - Le désespoir des roses. Pour m’avoir dit : “Si c’est pour toi, je suis d’accord”.

CP : Frédérique Martin

Je remercie
le papillon
qui hier après-midi
a bien voulu
passer le quart
de sa vie avec moi

même si je ne savais
pas non plus
quand il faudrait
mourir

ni
s’il y aurait
d’autres buissons
où nous
pourrions
nous retrouver plus
tard

…/…

Ce que tu vois
n’a aucune importance

L’important
est que cela exige
ton regard

Que ton regard se perde
il le faut

Ce qui compte
c’est pénétrer cette perte

Parmi tant de ténèbres
la lumière et ton oeil
ne font qu’un

Ainsi ton âme et le plan
dont tu ignores
tout

Werner LAMBERSY
L’éternité est un battement de cils – Actes Sud.

CP : Frédérique MARTIN

 

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Les nouvelles épistolaires

Lundi 28 juin 2010 | Commenter
26 juin 2010 6:00 au11 juillet 2010 11:00

Sur le blog des correspondances impertinentes, mise en ligne chaque jour d’une nouvelle épistolaire écrite durant mes ateliers. Bonne lecture.

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Dix petits nègres

Vendredi 25 juin 2010 | 133 commentaires

Toujours sur le thème de la contrainte d’écriture, en 2005, juste après la parution de L’écharde du silence, la médiathèque de Nanterre me contacte pour m’informer qu’elle organise un “Concours de la nouvelle francophone éditée”. Dans la foulée, on me révèle sans ménagement que je fais partie des dix finalistes avec ma nouvelle “Erratum”. Je me retrouve en lice avec Brigitte Aubonnet, Didier Daeninckx, Eric Faye, Christian Garcin, Thomas Gunzig, Hélène Lenoir, Marcus Malte, Fabrice Pataut et Bernard Quiriny. Ouf !

Quel cerveau ! se récrie le lecteur extasié. J’ai bien été tentée de me polir les ongles en affectant un air détaché – en effet… capacités exceptionnelles… en toute modestie… nature profonde…enracinement littéraire…  Mais mentir, c’est du boulot, et j’en ai marre d’être mal payée ! Aussi, que  la vérité l’emporte - de toute façon, je n’arrive pas à l’intimider : j’ai la mémoire d’une pantoufle.
Fort heureusement, édité par la ville de Nanterre, un recueil m’a permis de retrouver la trace des neufs autres commis d’office. Qu’il en soit ici vivement remercié.

Pour la cérémonie, on nous a demandé un texte bref contenant les dix titres des livres finalistes. J’ignore ce que sont devenus les neuf autres, mais pour moi, ça a donné ça :

Intérieur Nord : il tournait le programme de la pièce entre ses doigts. Il l’avait trouvé dans une poche de sa veste, à l’entracte. Le théâtre bruissait du cri des étoffes froissées. Il suivit la nuque blanche d’une femme pour échapper à l’écharde du silence et aux regrets qui le brûlaient depuis le départ d’une autre femme, d’une autre peau. En observant le cou gracile ployé sous un rire, il se demanda comment il survivrait à une telle absence. La femme le regardait, maintenant. Il prit alors conscience de sa tenue absurde et déplacée dans un tel lieu. « Elle doit croire qu’un clown s’est échappé du cirque » pensa-t-il. Il ne put soutenir plus longtemps son mépris et sortit sans attendre la reprise de la pièce. Une neige puissante s’était mise à tomber.

Il s’égara dans le dédale des rues noires, courant sans autre raison que de sentir son corps lui répondre. Une enseigne clignotait au fond d’une impasse : « Carbowaterstoemp et autres spécialités ». Il se rappela cette histoire du fou, agonisant dans les citées perduesle bleu des voix s’arrachait à l’angoisse des premières phrases. C’était lui, de toute éternité, ne l’avait-il pas deviné ?

Il scruta la vitrine – une lueur malsaine l’attirait à l’intérieur. Traverser la ruelle dans l’écume du froid lui parut impossible et pourtant inévitable. Il se sentit fatigué de tout, revenu de lui-même, et il vacilla avant d’avancer vers le gouffre infranchissable de la rue, toujours plus lentement, comme si la neige gelée ne permettait que de tous petits pas. 

CP: Ida Mesplède

 Pour ce qui est du classement, je suis arrivée dans un mouchoir de poche, juste derrière Marcus Malte. Ce goujat m’aura bousculée pour passer devant, je ne vois que cette explication. Ou alors, il était plus athlétique, plus blond et – il faut bien le reconnaître – plus talentueux que moi.

 

Je vous laisse rendre à César ce qui lui appartient. Et vous, qu’auriez vous proposé ? Vous avez dix oeufs dans votre panier, si cela vous dit, préparez-nous une omelette, je mets la table en vous attendant. Je serais curieuse de goûter de nouvelles versions. Et surtout, faites passer tant que c’est chaud !

Poule au pot - CP Frédérique MARTIN

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