Frédérique MARTIN

Site officiel

 
 

Archives du carnet pour février 2010

TLT – Le comptoir de l’info – En quête de Job

Samedi 27 février 2010 | 79 commentaires

Ce vendredi 26 février, sur TLT, dans l’émission les comptoirs de l’info, nous présentions le livre En quête de Job paru aux éditions Zorba.

Etaient présents à mes côtés : le réalisateur Ouahide Dibane, l’emblématique Bernard Margras -  représentant de la CGT, ancien ouvrier de JOB - et le Directeur de l’école des musiques vivantes Music’Hall, Philippe Metz.

Ambiance.

Le printemps des poètes : l’Alma

Mercredi 24 février 2010 | 50 commentaires

Vous en connaissez beaucoup, vous, des  concurrents qui se regroupent et qui au lieu de se tirer dessus à boulets rouges, oeuvrent ensemble dans la même direction ? Non ? Ah, ça m’étonne !  Si ce mauvais genre venait à faire recette, quelques grands patrons mouronneraient dur.
A Montauban, ce sont les libraires qui montrent un déplorable exemple. Laissons-leur la parole :

L’ALMA a été créée en 2005 – officiellement janvier 2006 – à l’occasion d’un combat collectif (les commerces culturels et la population montalbanaise), contre l’installation d’une grande surface « culturelle » en centre ville. Depuis, le projet a été – temporairement ? – abandonné, mais les libraires avaient, entre temps, découvert la force et le plaisir de travailler ensemble.

L’ALMA rassemble les acteurs et amoureux du livre de la région et en particulier les librairies et les bouquinistes de la ville. Elle se développe autour de plusieurs objectifs :

• Soutenir les librairies indépendantes de Montauban dans leurs singularités et leur complémentarité;
• Organiser et promouvoir des manifestations inter-librairies;
• Promouvoir les livres et  la lecture;
• Mettre à disposition des librairies indépendantes ce site afin de faciliter la communication de leurs activités.

Mais qu’est-ce que c’est ? Des habitants et des commerçants qui s’allient ? Cela ne vous rappelle pas une histoire d’ouvriers, d’usine et de riverains ?  Comme quoi, les combats ne sont pas inutiles et parfois même, ils nous mènent tout droit au plaisir et aux livres. Jacques Griffaut, de la librairie Le Scribe, m’invite chaque année à Lauzerte. Cette fois-ci, avec ses camarades de jeu, il me convie à donner la lecture musicale de Papier du sang, dans le cadre du désormais fameux Printemps des poètes. Le thème de cette édition : Couleur femme. Demandez le programme.

L’alma, c’est l’âme en espagnol. Tout un projet.

Otra vez hemos venido
alma encendida y ojos cerrados,
besar el suelo antes el combate.
Alli donde no hay nada,
sembremos !

A nouveau nous sommes venus
l’âme incendiée et les yeux fermés,
embrasser le sol avant le combat.
Là où il n’y a rien,
semons !

Dompteur de feu

Mercredi 17 février 2010 | 99 commentaires

Il y a des hommes qui sont amis des grands fauves, d’autres qui gardent le feu dans leurs mains. On gagnerait à les fréquenter. Peut-être nous enseigneraient-ils comment maîtriser le brasier, ce point d’incandescence qui se trouve au fond du ventre, cet incendie qui réduit la joie en cendres pour établir une douleur ronde et close, en gésine perpétuelle. Famélique, elle se contente d’un rien – un remords, un regret, un souvenir, une crainte, une honte – et dévore le sein nourricier de sa rancune tenace.

Quand la tragédie intime se réveille, rien ne semble pouvoir l’étouffer. Replié, roulé sur soi, le ventre pétri à deux mains, on pleure, on suffoque, on crie parfois, dans le secret des chambres ou l’obscurité des arbres. Au grand jour, chacun porte son masque de survie, rictus contraint et œil vitré, pour tâcher d’aller au-dehors, la tête encore droite. Et pouvoir répondre sans vérité à cette question si courante : Comment ça va ?

Oui, comment ça va, les gens, dans un monde où trébucher c’est trahir, reculer c’est perdre la face, souffrir est indécent ? Comment ça peut aller, quand on est condamné aux lacis des humeurs, empaqueté pour l’écorchement, tenu de marcher au pas ? Ça ne va pas ? Allons donc, on vous prescrit deux jours pour la mort d’un parent, des comprimés contre l’affront, deux cachets supporte-misère et un vaccin pour mieux courber l’échine devant les éloquents.

Ou alors… On peut choisir d’aller voir du côté de ceux qui domptent les flammes et embrassent les lions. Ils n’ont ni fouets, ni lianes, souvent peu de paroles. Ils agissent plus qu’ils ne parlent, ils tiennent plutôt que promettre.
Qu’ils sortent de l’ombre, qu’ils se montrent enfin, ceux qui savent comment on apprivoise les félins phosphorescents. Ils pourraient nous apprendre à dissoudre les intransigeants, les mal-embouchés, les fiers en langue et les chagrins intraitables. Ce qui nous laisserait libres de vérifier qu’elle se supporte bien en main, la fournaise du feu sacré.


Dompteur de feu envoyé par FrederiqueMARTIN

Pour cette vidéo poétique, mon complice Christophe Haunold  a composé la musique et donne aussi de sa voix. Les pêcheurs de prières se trouvent dans Papier du sang publié aux éditions N&B, et cette chanson clôture la lecture musicale que nous en donnons.
Je remercie l’artiste verrier Régis Anchuelo dont on peut admirer le travail dans son atelier de Cordes-sur-ciel.

Ah les voyages !

Jeudi 11 février 2010 | 135 commentaires

Découvrez la playlist Nouvelle playlist avec Barbara

Je crois l’avoir déjà signifié, je suis plutôt une immobile. Handicapée par une obsession ridicule – la peur de me perdre -  j’éprouve quelques difficultés à me déplacer en solo. Et je constate, un tantinet revêche, que ce sont les cornichophobiques à triple foyers qui s’en offusquent le plus : ceux qui hurlent devant une araignée, se précipitent aux urgences pour une pustule, s’évanouissent dans un ascenseur grand ouvert ou trépassent à la vue d’un pauvre plat de courges. A ce propos, merci d’aider la science et de soulager les pompiers en complétant derechef leur liste à phobies.

Pour la mienne, j’en prends soin, merci bien : Préparatifs inlassables,  itinéraires multiples en poche, Gps sans humour, cartes illisibles, numéros de téléphone à joindre en cas de problème, et bien sûr, tous les cents mètres environ, vérification de ces nombreuses informations auprès de passants évasifs. Mon dernier recours : suées nocturnes et insomnies dans les cas les plus graves, comme par exemple, à Paris au mois de décembre dernier. Merci à l’ami qui m’a soutenue dans cette épreuve avec une patience qui confine à la sainteté. Je respecterai son anonymat pour préserver son emploi du temps d’un embouteillage névrotique.

Paradoxalement, je ne me laisse pas impressionner par une nuit sans lune en rase campagne, même avec cris de loup-garou, chapelets de gousses d’ail ou chouettes clouées pattes en l’air sur ma porte.
Non, moi c’est l’urbain qui me mine. Rocades, autoroutes, pression de la circulation, fourmillement des panneaux, indications contradictoires, foultitude de choix et de gens… bref, j’ai déjà tout raconté dans un texte intitulé « J’irai fleurir le tronc des arbres » que l’on peut trouver dans Papier du Sang aux éditions N&B. Avec ce titre, on évalue mieux les dégâts.

Voilà pourquoi, on trouve chez moi une collection de cartes postales intitulée « Le voyage des autres ». Elles m’ont été envoyées des cinq continents, d’endroits reculés, de pays dans lesquels mon Gps serait ignare et mes consomptions, sans objet. Je soupire après ces destinations exotiques en espérant qu’un jour, j’irai par monts et par vaux, sans peur et sans reproche.

Voilà pourquoi, je ne peux que m’effarer devant les tribulations de ce gigot de potence d’Eric McComber qui déambule dans toute l’Europe en quête de foyers hospitaliers, flanqué de son éternelle  Rosie, une traîne-pédale impudique.

Voilà pourquoi, je suis touchée par le projet de Guillemette Dufouleur et Christophe Clavet.  Une fois au moins,  je voudrais connaître l’allégresse du pianotrip qui se pose là où on ne l’attend pas, pourvu qu’on l’aide à décoller. Une fois ! Et pour cette virée, il en ira comme du reste, on commence par y croire. Maestro…en piste s’il vous plait !

Tata Milouda

Dimanche 7 février 2010 | 14 commentaires

Il faut aller faire un tour sans attendre chez mon ami Gilles pour écouter tata Milouda déclarer sa flamme à son stylo et son cahier. C’est formidable, ça donne envie de se lever et d’y aller, à la rencontre des mots. Merci à toi Gilles pour cette belle découverte. Tiens, j’y retourne.

Tata Milouda

 J’en profite pour vous signaler le règlement du prochain concours de nouvelles de l’excellente revue l’Encrier renversé dont je suis membre du jury et à laquelle rien n’interdit de s’abonner.

Agonie à Roubaix (seconde partie)

Jeudi 4 février 2010 | 57 commentaires

(…) Elles tentent l’accord cependant, et sur place, elles rejouent tous les gestes qui les ont menées jusqu’en haut. Une belle ascension vers le crime. Sans une larme, ni une hésitation, elles montrent comment elles ont fouillé l’appartement, comment elles se sont servi une bière, comment elles ont piqué la télé hors d’âge. Et puis voilà qu’elles ont gravi les escaliers en espérant trouver de l’argent et peut-être quelques bijoux, dans un appartement aussi délabré que sa locataire. Sur le buffet, on voit des photographies de jeunesse dédicacées par un amour ancien, très aimé et probablement perdu sous la terre et les fleurs. Un inspecteur est assis à la table de la cuisine, son carnet posé sur la toile cirée. Un autre lit à voix haute les quelques mots écrits en 1953 par une Micheline pour son Valentin.

Avant de monter, Annie remplit une pipette avec un somnifère. Tout est déjà dit dans ce geste, même si les deux refusent encore de l’admettre. Elles y sont allées. Elles ont réveillé Micheline qui ne leur demandait rien et ne les avait pas entendues. Elles l’ont rassurée, l’ont prise dans leurs bras, lui ont donné le médicament à boire pour la calmer, ça ira mieux après Micheline, on reste avec vous, on a appelé la police. Elles l’aident à s’allonger sur le lit et quand elle se plaint de n’avoir qu’un oreiller, d’être trop à plat, elles sourient, Vous dormirez mieux comme ça. Et puis elles attendent un moment, en se rongeant les ongles et en buvant de la bière. Pas de mots.

Soudain, ça les démange, elles ne peuvent plus attendre. Elles s’y mettent à deux, chacune sa main autour du cou, l’oreiller collé sur la figure, c’est qu’elle bouge cette vieille, elle se laisse pas crever facilement. Alors elles tiennent. Dix minutes, c’est ce qu’elles disent. Dix minutes c’était long, quand même.

Annie avoue la préméditation, elle les prendra ses vingt ans. Elle n’a pas voulu enfoncer son amour de brunette qui nie avoir orchestré l’expédition dès l’après-midi. Pour elle, ce sera treize ans. Durant tout ce temps, elle n’aura tenté que de faire pleurer dans les chaumières avec son môme qu’elle ne reverra pas. Et Annie qui continue son rêve comme si de rien n’était et demande si on va les laisser ensemble, maintenant que tout a été dit.

A quoi pensaient-elles, cet après-midi-là ? A se dorer le visage dans la cour, à picoler, à regarder leur chien conchier le bas de toutes les portes, à ne pas bouger le petit doigt. Elles rêvaient à de l’argent facile pour alimenter cette belle vie bien molle, bercée de feuilletons simplistes, de racolage publicitaire et de télé réalité-de-mon-cul. Elles voulaient tendre le bras et récolter sans peine. Micheline, c’est ce qu’il y avait de plus proche. Micheline et sa télé. Ah, la télé.

Et Micheline dans tout ça ? Elles n’y pensaient pas comme à un être humain, non.

Micheline ? Quoi, Micheline ? Une vieille, un coup facile, un morceau de viande, mais pas une personne vivante en tout cas. Micheline, avec ses oreillers trop plats, son matelas tâché, ses bouteilles d’eau de javel et ses photos d’amour fané. Micheline, qui croyait que ces deux-là l’aimaient bien, et puis des femmes, hein ? on peut être tranquille, et puis si on peut plus faire confiance à ses voisins.

Micheline qui, dans un autre monde, serait sortie dans la cour pour les inviter à venir la regarder, sa maudite télé. Toutes les trois, assises autour d’une bière. Rideau.

Crédit photo Frédérique MARTIN

Crédit Photo Frédérique Martin


Visiter le Vieux Lyon, Page blanche malgré tout, Vita Cogita développement durable RSE et ce site sont accompagnés par Glunet
Mentions légales - Plan du site - Archive des actualités - Nouveaux articles (RSS) et Commentaires (RSS).