Frédérique MARTIN

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Archives du carnet pour mars 2010

Le monde court à sa perte !

Jeudi 25 mars 2010 | 121 commentaires

Par souci de discrétion, je ne peux citer mes sources, mais je tiens à relater le dialogue dont j’ai été le témoin direct voici quelques jours, très exactement à la verticale du dernier flocon de neige que nous avons balayé.

- Il y a de plus en plus de catastrophes naturelles dans le monde.
- Oui, c’est vrai. Il faut s’attendre à du grabuge dans les années à venir.
- En plus de la crise, ça va pas nous arranger.
- Ben c’est à cause de la couche d’ozone, la fonte des glaciers, la pollution, tout ça…

Cet échange ébouriffant, au contenu révolutionnaire, je vous le livre en avant-première ! Il a eu lieu entre deux hommes qui étaient eux-mêmes entre deux portes ; celles de leurs 4×4. Deux gaziers ordinaires, charmants au demeurant, mais qui ne savent plus presser une orange sans l’aide d’une usine ou ignorent qu’en plus de ses ailes et de ses cuisses, un poulet compte aussi des abattis : tête, tripes, cul. Ces hommes sont mariés à des femmes qui ne font pas la relation entre leur poids et ce qu’elles mangent, la disparition du thon rouge et leur sushi du vendredi, le poil des animaux et leur col de fourrure. Parfois, quand ces couples partent en week-end au Maroc ou en Tunisie – où il y a de plus en plus d’arabes, vous ne trouvez pas ? – ils s’entretiennent gravement de la fin probable du monde qui est annoncée sur internet.

Ne mélangeons pas la vache qui pète et celle qui rit, quand bien même les deux expulsent de l’air. Evitons aux tableaux de bords en polyamide et aux carrosseries en polyesters insaturés de recevoir trop de substrats de pensées en arrêtant par exemple de maudire le trou du ciel tout en benzopyrénisant comme des émirs. Ou en renonçant à ce faciès de mangeoire à foin, que partagent ceux qui s’ébaubissent devant la ferme des calamités. Pourquoi ? Pour gagner du temps sur la wification intersidérale, les liposuccions du cortex, la désertification pubienne et la sodomisation de Lucilia Sericata.

Santa Lucilia

A quoi l’utiliser, ce temps ? A se poser la putain de question – qu’est ce que j’y peux ? – et surtout, à trouver le moyen d’y répondre.

Elle s’appelle Karima de son prénom, Karimouche pour le public. Emballage d’origine, c’est le titre de la chanson éponyme de son premier album. Elle a une sacré pêche et elle y croit : « Je veux garder mon humour. Moi c’est l’Homme que je choisis ».
Moi aussi, Karima, moi aussi. Mais on est bien d’accord, pas n’importe lequel !

 

Les paroles sont ici

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La vie sur la langue

Mercredi 17 mars 2010 | 110 commentaires

Elle s’appelle Colombe Barsacq et elle a des envies pas communes, elle veut que les sourds viennent l’entendre. Alors elle demande au comédien Bachir Saïfi de prêter des mains à sa voix et ça donne Eaux vives et terres nues, une création musicale bilingue en français et LSF. Et moi je dis, c’est exactement ce que je voudrais faire, des lectures où les mains chantent autant que les mots.
Il n’ y a plus qu’à…

Cécile Larroche, je vais l’écouter à l’auditorium Saint Pierre des Cuisines le jeudi 8 avril prochain à 20H30. C’est à Toulouse, quelle chance ! Vous ne trouvez pas qu’elle est divine ?
Imaginez un silence soutenu. Deux voix s’élèvent, une qui lit, l’autre qui chante…

Cécile et Colombe, deux prénoms qui commencent par un C, comme le verbe chanter. De quelle alchimie secrète surgissent nos élans et quelle force nous pousse à les suivre ?   Oui, même réduits au silence parfois, d’où nous vient-elle cette folie de croire que :

…J’ai ma vie sur ma langue
Il me semble que ça va être possible, enfin
Que je vais y aller d’une grande respiration
Que je vais avaler le soleil et la lune
Et la terre et le ciel et la mer
Et tous les hommes mes amis
Et toutes les femmes mes rêves
D’un seul grand coup
De poitrine éclatée
Quitte à en mourir, oui…

(Georges PERROS – Les poèmes bleus – Extrait)

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Lectures

Jeudi 11 mars 2010 | 72 commentaires

L’atelier d’écriture de Beauzelle démarre aujourd’hui. Il prendra fin le jeudi 1er avril. D’ici là, nous mettrons en ligne des textes écrits en ateliers et d’autres choses que nous gardons secrètes pour l’instant (d’autant plus cachées que nous n’en savons rien). Je lance publiquement un appel à commentateurs pertinents et impertinents (j’ai les noms !) pour qu’ils apportent leur brillant concours à l’édifice. Le blog est tout frais, nous serons neuf auteurs à l’alimenter et rien ne vous interdit d’aller voir ce qui se passe chez les copains !
Mes rubriques sont :  Beauzelle : S’écrireS et Toulouse S’écrireS. Pour l’instant elles ont tout en commun, mais cela va changer avec le démarrage des ateliers. Venez donc exercer votre gouaille, l’impertinence est de rigueur !

Lecture musicale à Montauban : Petit changement de lieu ! Le bâtiment initialement prévu ayant brûlé (sans faire de victimes graves, on s’en réjouit), la lecture prévue par l’Alma dans le cadre du Printemps des poètes aura lieu à 21H00, le vendredi 12 mars, salle  Saint Joseph – Allée de l’empereur (ancien Bd des Pyrénées), à Montauban. Je rappelle que l’entrée est gratuite et que nous vous attendons nombreux. Renseignements et réservations : 05 63 63 22 66. Une séance de dédicace suivra la rencontre.

Et si je vous parlais un peu de mes amis ? 

Commençons par Michel Baglin dont la revue Texture  n’est plus à présenter. On peut aller écouter Bruno Ruiz chanter les textes de Michel Baglin extraits du trés beau L’alcool des vents publié au Cherche-midi en 2004 et bientôt réédité par Rhubarbe. C’est à la cave poésie, 71 rue du Taur à Toulouse, le jeudi 11 et le vendredi 12 mars à 19H30. Il est plus prudent de réserver : 05 61 23 62 00 ou cavepo@aol.com. Le talent vous est garanti sur facture !

Ensuite, je vous engage à regarder la vidéo ci-dessous. Vous y verrez Florence Thinard parler avec vivacité, enthousiasme et intelligence de son dernier documentaire au titre évocateur : Une seule terre pour nourrir les hommes paru chez Gallimard jeunesse. Si après ça, vous n’êtes pas convaincus, on vous proposera un stage : bonne poire au chili ou gros boeuf chez l’ Argentin.  Maestro, c’est à vous !

 

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La femme est-elle l’égale de l’homme ?

Lundi 8 mars 2010 | 119 commentaires

Allez, c’est le 8 mars, on ressort le billet qui fait causer. C’est pour mes petites frangines d’ici et là, auxquelles je penserai durant la lecture de la Lettre Afghane, ce vendredi, comme à chaque fois  :

Voilà donc qu’une fois encore, la question est posée : La femme est-elle l’égale de l’homme ? A ce rituel ordonné, une seule réponse s’impose : Il va de soi.

A l’instar de n’importe quel être humain, la femme est bien l’égale de l’homme. Quand j’entends certains messieurs goguenarder : «  Vous avez voulu l’égalité, vous l’avez… », je leur réponds toujours de la même façon : «  Je ne peux pas vouloir quelque chose qui me revient de droit. ».

Que cette réalité soit bafouée dans la majeure partie du monde n’y change rien. Saluons encore une fois ces femmes qui ont lutté, qui luttent et qui lutteront pour faire valoir ce droit. C’est leur faire honneur que de ne plus revendiquer pour choisir de s’inscrire, de s’ancrer, de se définir, de se savoir l’égale de l’homme. Le combat des femmes n’est pas différent de tous les combats menés ici ou là pour que chaque être humain trouve et occupe sa juste place. Ce combat, ou plutôt, ce mouvement s’inscrit dans l’évolution du monde en marche. Je dis « mouvement » parce que nous devrons passer de la violence des revendications à la sérénité des certitudes. Pour cela, soyons persuadées de notre valeur intrinsèque, sachons définitivement qui nous sommes.

La femme, égale de l’homme ?

Il va de soi.

Egale, mais différente. Pas des clones, pas des copies, pas des singes. La première grande erreur serait de croire que nous avons à battre l’homme sur son terrain, à faire nos preuves. Egaux dans la cruauté, égaux dans la soif de domination, de pouvoir, égaux dans la haine, la vengeance, le viol, le meurtre ? Certes pas. Mais plutôt unis, pour résister contre. Unis dans notre bonté, oui, dans notre compassion, oui, dans la conscience de notre fragilité, dans notre capacité de passion, dans notre souci du monde, dans notre amour du genre humain. Unis, oui, il ne peut en être autrement. Car la deuxième erreur serait de considérer que l’homme est notre ennemi.
Vous apprendrez Messieurs, que l’égalité n’interdit pas la courtoisie.
Vos apprendrez Mesdames, que l’égalité n’interdit pas la tendresse.
Et vice versa.

Voici donc venu le moment de vous soumettre la question qui n’a pas encore été posée : L’homme est-il l’égal de la femme ?
Unis dans leurs différences, complémentaires, amoureux des lendemains,
L’homme et la femme
La femme et l’homme
A égalité – Il va de soi.

Strange Beauty - David DELIN

Je remercie David Belin, graphiste illustrateur de m’avoir prêté cette Strange Beauty pour ma page d’accueil de ce mois-ci.

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Les vases communicants (6)

Vendredi 5 mars 2010 | 118 commentaires

« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… ». Ainsi sont nés les vases communicants. Aujourd’hui, Denis Sigur et Frédérique Martin s’invitent réciproquement.

La piste aux étoiles (Denis Sigur)

Moi, je faisais le clown aux pieds de la demoiselle. Dans mon cercle de sable et de sciure mêlés à l’urine animale, à quoi d’autre pouvais-je prétendre avec ma dégaine bringuebalante ? Lui clamer mon amour d’ici bas ? Elle ne m’aurait pas entendu. Ma voix, étouffée par les barrissements de la fanfare, ne serait jamais parvenue jusqu’au câble d’acier sur lequel elle dansait.
Et c’était chaque soir la même ritournelle.
Elle, là-haut, légère, aérienne, inaccessible.
Moi, tout en bas, avec ma face de carême et mon costume trop grand. Moi et mes godillots d’un mètre me faisant tomber dans toutes les chausse-trappes du spectacle réglé comme du papier à musique. Ca n’avait rien de chic, ni même de reluisant ; c’était plutôt pathétique, disons le franchement. Mais, chose étrange, cela faisait rire les gens… Oh oui ! Ca, oui ! Cela les faisait rire de voir les misères d’un pauvre clown triste aux prises avec lui-même… Au point qu’ils en oubliaient le ballet de la belle équilibriste tout là-haut, tout là-haut. Que je morde la poussière et ils étaient aux anges. Qu’ils rient donc de moi ! Cela m’était égal. Moi, je n’avais d’yeux que pour elle. Amour impossible, peine perdue… Dans ma loge, le spectacle terminé, avec pour seul témoin mon miroir ébréché, j’ôtais le masque blanc sous lequel se dissimulait la noirceur d’âme des pauvres clowns. Et je répétais inlassablement à cette image défaite :

- Pauvre tête folle ! Pauvre Bachi-bouzouk aux rêves érotomanes ! Tu voudrais l’enlacer, la prendre dans tes bras ; l’emporter tout de go sur une belle ottomane ! Tu voudrais connaître les secrets de son cœur ; comme dans ce livre ancien, lui offrir un bijou indiscret qui te conterait tout de ses langueurs, de ses désirs. Un présent qui ôterait de tes joues cette pâleur assassine… Les yeux clos, je rêvais de promener mes doigts dans sa chevelure d’or, de poser mes lèvres sur sa peau pailletée, de répondre à ses soupirs par les miens enivrés…Pauvre Bachi-bouzouk ! Pauvre tête folle !

Un soir, pourtant, le miracle s’est produit. De mes piètres pantomimes, le public a ri plus que de coutume. Il a ri si fort de la tête de turc qu’on leur offrait en partage, que la Belle, là-haut, a baissé son regard jusqu’à moi, dérogeant ainsi, le quart d’une fraction de seconde, à la règle immuable du geste mille fois répété. Un regard courroucé, mais un regard tout de même ! Quelle aubaine ! Quel somptueux cadeau du ciel ! Mon cœur battait la chamade et mes yeux étaient suspendus à son geste…
Un seul regard suffit à donner l’espoir. Un seul regard suffit à rompre l’injuste équilibre du monde.
La belle écuyère du Vide a frémi. Ses bras ont battu, pareils aux ailes d’un ange. Elle s’est envolée vers moi, dans les « Ho ! » et les « Ha ! » médusés du public incrédule.
J’ai couru.
J’ai couru comme un fou pour récolter enfin le fruit de mes opiniâtres prières…J’ai couru bras tendus pour amortir sa chute.
Pauvre tête folle ! Pauvre Bachi-bouzouk sur le plancher des vaches ! Mes grands pieds d’albatros se sont pris dans mes rêves. J’ai bien tenté de m’envoler, moi aussi, d’aller la rejoindre, quelque part, entre son firmament et mon enclos de sable.
J’ai essayé !
Ô je vous jure que j’ai essayé !
Mais mon grand corps maladroit fit ce pour quoi il était fait : Il chût. Lourdement, pesamment. La plus belle chute de ma triste carrière. Pourtant, personne, dans les travées de bancs encerclant l’arène, non, personne ne rit ni n’applaudit.
Les exclamations de la foule, montées vers le faîte du chapiteau comme des bulles de champagne, s’étaient soudain évaporées.
A leur place, un silence opaque et glacé tomba dans le sillage du corps céleste.
Ce fut un grand et beau silence.
Un silence noir et sépulcral sur la piste aux étoiles.
A portée de main, là, tout près de moi, dans un dernier souffle, souillé par la poussière, mon rêve s’est éteint.

Les autres participants : Que les oubliés se manifestent !

Mariane Jaeglé  et Gilles Bertin
Eric Dubois et Patricia Laranco
lignes électriques et chroniques d’une avatar
Christophe Sanchez et Yzabel
Luc Lamy et Anna de Sandre
futiles et graves et Kill that Marquise
Christine Jeanney  et Arnaud Maïsetti de contretemps
Michel Brosseau et Juliette Mezenc
Pierre Ménard et Anne Savelli
Juliette Zara et Kouki Rossi 
Nathanaël Gobenceaux  et Jean Prod’hom
Florence Noël  et Lambert Savigneux
Hublots  et Petite racine
Pendant le week-end  et quelque(s) chose(s)
François Bon et commettre
Scriptopolis  et Kill Me Sarah
RV.Jeanney  et Paumée
Anita Navarrete Berbel  et Anna Angeles

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