Frédérique MARTIN

Site officiel

 
 

Archives du carnet pour avril 2010

Les 807

Samedi 24 avril 2010 | 201 commentaires

Parfois, aux alentours de minuit, certains ont de drôles d’idées et les appliquent. Quand ce ne sont pas des pervers, ce sont des huluberlus. C’est le cas de Franck Garot. Un jour de décembre 2008 – ou peut-être une nuit, mais nous n’en saurons rien – il écrivit ceci sur son blog :

” Le 18 septembre 2007, Éric Chevillard ouvre son blog l’Autofictif avec ces deux phrases : « J’ai compté 807 brins d’herbe, puis je me suis arrêté. La pelouse était vaste encore. » L’auteur démontre avec cet aphorisme que tout projet de comptage s’avère épuisant et vain (compter les brins d’herbe, les fleurs, les juifs, les sans-papiers, les imbéciles, etc.). Déclinons sa proposition à l’infini : « J’ai rempli 807 seaux, puis je me suis arrêté. La mer était vaste encore. » ; « J’ai lu 807 livres, puis je me suis arrêté. La bibliothèque était vaste encore. » ; etc. On pourrait même créer un blog, qu’on nommerait « les 807 », et chaque jour, publier une nouvelle proposition…”.

Sitôt dit, le blog des 807 vit le jour. Et que croyez-vous qu’il se passa ? On afflua sur le site, on trépigna pour y proposer ses aphorismes, on se fût écharpé pour en être !  Soyons juste, la jubilation l’emportait sur le fanatisme littéraire. Qu’importe, dix mois plus tard, le 807ème et dernier aphorisme était en ligne, signé d’Eric Chevillard lui-même.

Franck Garot est un acharné en cours d’abstinence, il sait que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis et qu’accessoirement on serait bien en peine de les recenser tous. Après avoir refusé la publication des 807, voici qu’il l’accepte. Nous sommes donc heureux de vous présenter le premier ouvrage des inénarrables éditions du transat.

Le nombre inquiétant d’auteurs pour ce seul livre ne doit pas arrêter le chaland. Nous nous engageons massivement à venir vous le dédicacer lors d’un salon ou d’un G827 qui reste encore à définir. Un second volume est en cours d’écriture ici. Franck Garot ne voulait pas de suite, ou alors “sans lui” déclarait-il, c’est pour cette raison qu’elle existe et qu’il s’en occupe. Ecrivez-lui si vous souhaitez participer, il vous donnera les nouvelles règles du jeu.

En attendant, pour voir un peu de quoi il relève, on peut toujours consulter l’intégralité de ma participation, dont un court extrait s’impose : Les 807 derniers jours, elle se sentit patraque.  A vos risques et périls.

Post to Twitter Post to Facebook

Orgueil et modestie

Lundi 19 avril 2010 | 135 commentaires

Crédit photo : Frédérique Martin

A force de s’aimer trop soi-même, avec cette complaisance et ce sans-gêne pleins de prudences infâmes, l’homme a fini par empêcher toute la création de respirer vers lui. Il se trouve maintenant posé sur la terre comme une chose à tout étrangère, lui qui s’était voulu son dieu ; ignoré de tout un monde qu’il voulait méprisé, seul et mourant tandis que partout ailleurs la vie monte et s’élève, partout poursuit son élan.
Entre le monde des hommes et le monde des mondes, il y a désormais cette immensité de vide : l’orgueil. Plus froid que tout le silence, plus creux que le néant et plus grouillant de monstres qu’une évocation diabolique : l’Orgueil.

Fragments – Armel Guerne – éditions Fédérop

L’article que j’ai consacré dans ce carnet à l’écrivain Armel Guerne, vient de paraître dans le n°16 de la revue Les cahiers du moulin. A cette occasion, je relis ce passage des Fragments et me revient en écho, une phrase de Femme vacante 
“L’exigence est la plus haute forme de l’orgueil”.
Il faudrait entrer dans le détail fastidieux de l’expérience pour relater d’où viennent ces mots et comment ils se sont imposés. Or la preuve est faite que la vie sans fard donne de médiocres histoires. Mais quoi, rien n’interdit d’en retirer quelques avantages, dont celui de ne plus être dupe.

La boursouflure du moi, voilà ce dont il est question. Cette flatulence cérébrale, est avant tout la marque du mépris stupéfiant dont elle tire sa substance. Vertu de pacotille, elle autorise à exiger d’autrui la conduite irréprochable, la dévotion parfaite et le sens de l’abnégation qui lui font cruellement défaut.  On peut ainsi  accabler la société, les cons, ses amis, ses ennemis (qui peuvent être les mêmes), le cousin Fernand ou la pucelle d’Orléans, d’invectives glaireuses qui jaillissent des crevasses intimes où elles ont épaissi. On obtient de cette manière, un auto portrait saisissant, pour peu qu’on prête attention aux anathèmes de toutes sortes qui ne manquent jamais de fuser chez l’impétrant.

Le manque d’assise intérieure ne suffit pas à faire l’orgueilleux, on serait submergé dans ce cas. S’y rajoutent une mollesse de tempérament, une frilosité constitutive qui conduisent à reprocher comme un grave manquement ce qu’on est incapable de donner soi-même. Le tout à l’abri de la sainte exigence dont il est bon de se rengorger en omettant de se retrousser les manches. Refuser tout net de descendre en rappel pour inspecter les lieux, c’est aussi suspecter les regards ou les mots de vouloir révéler le cloaque privé. C’est à coup sûr confondre le message avec le messager et se condamner au qui-vive. Au bord de la congestion, il ne reste plus que le piédestal pour trouver un peu d’air et la sentence pour évacuer le fiel. Tous les dindons le savent, qui en abusent.

De qui se moque-t-on ? Il paraît qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné. Mais on vous en prie, ne vous restreignez pas ! A l’orgueil, on peut opposer la fierté d’avoir conquis sa singularité et l’humilité de reconnaître ses manques, ses faiblesses et ses empêtrements. On s’abstiendra cependant, de céder à la modestie qui est le masque derrière lequel vibre l’envie pitoyable de regards admiratifs et d’acquiescements inconditionnels. Fausse par nature, elle ne sert qu’à mentir, aux autres comme à soi-même. N’être que soi, donc, mais l’être entièrement.

L’orgueil est toujours mal placé, inutile de l’aider en lui offrant le couvert. Il sépare, blesse et tue avec constance, personne n’est épargné. Une fâcheuse disposition à l’admiration, doublée d’un manque de discernement, conduisent à le croiser de manière persistante. Il change de visage, jamais de méthode. Ce serait utile de s’en souvenir lors d’une prochaine rencontre où coulerait le jus de nos méprises. Il en faut du temps, du courage et de la lucidité, pour lâcher la clinquaille et réserver ses élans. Dont acte.

Post to Twitter Post to Facebook

Rien, c’est déjà beaucoup.

Mercredi 7 avril 2010 | 80 commentaires

Contrariée, je suis.

De ne penser à rien, ne me vaut rien, c’est fou.

Mais de penser à tout, voilà qui ne mène à rien.

Parfois, le sentez-vous ?

Contrariée, je suis.

D’un rien, me direz-vous.

Il se pourrait que oui,

mais il tient bien le coup.

Alors pour aujourd’hui,

disons que je n’ai rien,

disons que ce sera tout.

Post to Twitter Post to Facebook

Via Rupta dans un petit village Gaulois

Jeudi 1 avril 2010 | 234 commentaires

Quand les infortunés ennemis d’Astérix construisaient une route, cela supposait la rupture des obstacles qui entravaient leurs plans : forêts, plaines ou villages. D’où ce nom – via rupta – qui signifie : voie rompue, frayée, ouverte ou encore brisée.

Ces deux éléments – nos célébrissimes gaulois et l’origine étymologique d’un nom à forte puissance symbolique – m’ont été suggérés par Anna de Sandre, qui n’est pas avaricieuse de conseils infectés ! Pétunant sur le pas de sa porte en abstinente fraîchement convertie, elle a tout loisir d’observer l’envol des moumoutes sous le mistral, en concoctant des textes scatologiques et d’ignobles prophéties sur le taux de fréquentation de ce site.

Poisson d'avril gaulois

Qu’à cela ne tienne, je relève la gageure :  Un grand officier Romain de style impérial, voulait à tout prix raser un village Gaulois où régnaient la concorde, le bon goût et l’harmonie. Galvanisé par un petit chef énergique et sa femme au teint frais, revigoré par un chaudron de potion fumante – vraisemblablement du bouillon de poule – un groupe folklorique refusait obstinément d’adhérer à l’union latine. Pour justifier cet ostracisme obstiné, nos moustachus à cornettes se réclamaient de la bière, du cochon, de ténors à voix de sistre, de pittoresques poissons puants et de toutes autres traditions qui encouragent le cholestérol et favorisent la débandade colorectale.   

Porte-chef

Afin de forcer le respect, outre un courage légendaire, une tchatche éprouvée et beaucoup de gueule, nos amis gaulois détenaient une arme, une seule : un bouclier porte-chef. Souvent Abraracourcix – c’était son nom, sa mère avait eu une vision – se l’appropriait pour ses déplacements, ce qui limitait considérablement la force de frappe de l’engin. Bien calé sur sa rondelle, le chef perché envoyait alors ses troupes au charbon.

La traversée de cette commune farouche, devait permettre aux Romains  enfiévrés d’ouvrir une voie maritime vers la perfide Albion, qui résistait encore à leurs avances, d’où ce sobriquet bien mérité. De plus, l’histoire prouvera par la suite, qu’elle fricotait avec des bretons, certains venant tout droit du village dont il est ici question. Ces privautés ne manquaient pas d’enflammer les querelles et de durcir le thon. Entre ceux qui voulaient entrer et ceux qui refusaient de sortir, aucune rencontre possible sans que s’illustre le proverbe local : « Mon chien aussi a des idées fixes ! ». Bref, ça castagnait dur dans la forêt

Les historiens Goscinny et Uderzo retracent l’épopée gauloise qui a consacré notre réputation à l’international. Ils avancent l’hypothèse d’une délocalisation massive de la descendance de ces villageois, dans une région du sud-ouest qui blinde ses violettes et ses mémés. Un lieu où tous les mots finissent en « con », où on cogne d’abord sans discuter après, où les sangliers s’embrochent et les bardes se suspendent dès le mois juillet, le trois de préférence, date anniversaire de leur scribe favorite, la rutilante Frédérica Falbala.
A cette occasion, les gaulois dansent nus, les cochons brament au clair de lune et pleurent à se fondre les yeux. Quant à la cervoise, par Toutatis, elle coule à flots !

 
Image du Blog jp59.centerblog.net

Il me semble qu’après ça, il y a des Anna qui vont pouvoir se faire coluthes (hara-kiri littéraire), si les statistiques annoncées ne sont pas au rendez-vous !

Post to Twitter Post to Facebook


Visiter le Vieux Lyon, Page blanche malgré tout, Vita Cogita développement durable RSE et ce site sont accompagnés par Glunet
Mentions légales - Plan du site - Archive des actualités - Nouveaux articles (RSS) et Commentaires (RSS).