Frédérique MARTIN

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Archives du carnet pour juillet 2010

Papotages et popotins

Samedi 31 juillet 2010 | 59 commentaires

Grâce à une certaine Déesse de ma connaissance – car oui, je fréquente la Haute, et même la très Haute – je me suis acheté un magazine qui s’adresse aux femmes qui en ont ras la teinture pubienne qu’on les prenne pour des quiches. Je suppose que c’est à la suite de son choix édifiant pour le total look « blonde platinium » que ma Déesse à moi s’est mise à la lecture. Magnifique illustration du proverbe de la pierre et des deux coups : elle aguiche la carte bancaire du même nom par des couleurs tapageuses soigneusement disséminées sur son opulente personne tout en se bourrant le crâne d’infos survitaminées.

Causette – c’est le nom du bi-mensuel – se proclame  Plus féminine du cerveau que du capiton. Au sommaire du numéro 9, entre autres : Une femme détective, un dossier sur le cœur – ça peut servir pour ceux qui n’en ont pas ou celles qui l’ont égaré – la contraception masculine avec photo d’ homme nu, une BD perverse, un portrait de Charles Bauer (et là j’ai les RG sur le paletot jusqu’à l’abolition totale de l’esclavage), un reportage sur le paco et la lutte que mènent des mères argentines contre cette drogue plus répandue que la teigne favique. Dans Causette, il y a des livres, des sorties, des critiques et un ton goguenard qu’on retrouve sur certains blogs comme celui de La Chose.

Abordons maintenant ce qu’on ne trouvera pas dans Causette. Il faudra faire l’impasse sur la pub et se débrouiller sans conseils pour raboter nos silhouettes, limer nos dents, améliorer notre transit, colmater nos fuites, contenir nos menstrues ou réparer nos chevelures de sirènes agressées par le soleil et les mains baladeuses du super macho qu’on aura du mal à conquérir, faute d’un test phare du style : « Je lui tiens la dragée haute pendant qu’il fait main basse. »

A la place, on lira une nouvelle de Honey Sweet (eh oui, ça ne s’invente pas, du coup je ne l’ai pas encore lue) et on apprendra que les éditions la Musardine cherchent des nouvelles pour une collection centrée sur le plaisir féminin. Je transmets, cela pourrait vous occuper si vous êtes coincées sur le sable. Pour celles qui manqueraient d’inspiration, je conseille l’édifiante émission de Mermet sur les consolations masculines, qui donne un aperçu du travail de  recherche que peut effectuer  l’homo sapiens face à l’insondable mystère du popotin – électricité, curcubitacées en tous genres, souvenirs du Mont saint-Michel…

A l’heure de la pensée alternative, de l’érudition et des lectures profondes, c’était ma chronique de l’été : «Comment se griller définitivement sans entamer son capital soleil», une manière de répondre à la proposition de Sophie K : restons légers !

Charbon ardent

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Fantômette et Fantômas

Jeudi 22 juillet 2010 | 49 commentaires

Je remets ici le texte écrit pour mon vase communicant du mois de mars dernier avec Denis Sigur.

Il m’arrive une histoire incroyable. Jusque-là, je n’avais pas osé en parler, on m’aurait prise pour Dame Chaillot ! Au début, j’ai feint de ne rien remarquer, j’ai gardé une réserve détachée, un air de pas grand chose. Mais le phénomène est maintenant d’une telle ampleur, je ne peux plus le dissimuler. Voilà, je me lance : mon site est hanté !

J’ai fouillé les archives du KGB, alerté la Nasa, retourné les tapis persans – et même les turcs -, consulté mon Encyclopédie des fantômes et des fantasmes… en vain. Aucune expertise sur le sujet, puisqu’on vous dit que les esprits de blog n’existent pas !

Pourtant ils sont bel et bien là. Ils rôdent à toute heure – de préférence celles des repas – surgissent sans prévenir, laissent des traces partout. Parfois ils se figent sur place, hurlent, trépignent, agitent leurs chaînes. Devant mon intransigeance, ils font mine de sortir, puis reviennent illico. Tantôt solitaires, tantôt en groupe, ils se haranguent, s’interpellent, pique-niquent, fument en cachette, puis s’enfuient en jetant derrière eux des mégots fumants et des poubelles éventrées.

Ils sont de plus en plus nombreux, j’en rêve la nuit. Il y a des fantômettes et des fantômas. Aux heures de pointe, on peut voir débouler : une blonde platine, une paire de grandes oreilles, un petit dadais, une mère de famille nombreuse, un troll et même le spectre d’un chien pelé arroseur d’angles acérés. Ils commentent mes faits et gestes, au point que j’ose à peine traverser leur groupe pour rejoindre mes appartements. Ils ricanent par moment et s’entretiennent à demi-mot, certains ont des avis définitifs et entendent les faire valoir. Il y en a un, victime d’une tragédie, qui délire et lance des cris déchirants : Maman, maman !? Le plus souvent, c’est l’écho qui répond. Enfin, il y a les timides, les inconstants ou les touristes qui viennent en visite une fois de temps à autre, qui se déguisent pour ne pas être reconnus.

L’épidémie a culminé quand une cantatrice s’est mise à vagir dans le couloir. Toujours la même chanson. Au début, c’était beau, émouvant, on y prenait goût. Mais à la sept cent vingt-huitième répétition de l’attaque : Ah les voyages, aux rivages lointains, aux rêves incertains… , il a fallu prendre ses jambes à son cou – question de vie ou de mort. Cela a duré, duré, duré. J’ai prié longtemps, vêtue d’un cilice Yves Saint-Laurent, confite en dévotions, et la diva s’est tue. Ce qui prouve l’existence de Dieu et la prédominance de la mode.

Au cœur de la nuit, entre deux ronflements, le silence finit par s’installer. Je vais alors de pièce en pièce, je range ici et là, je tapote un coussin, je ramasse les miettes. L’espace résonne dans la maison devenue trop grande pour moi. Une inquiétude serpente ; et s’ils ne revenaient pas ? Vite, faire un gâteau, parfumer la chambre, repeindre les murs, changer les tableaux. Et s’ils ne revenaient pas ? Secouer les rideaux, effacer la poussière, trouver une histoire drôle, ou triste, ou belle. Et attendre, assise au salon, attendre leur retour. Ah ! S’ils ne revenaient pas ? Il n’y aurait plus qu’à éteindre les lumières, bien tirer les rideaux et fermer la porte derrière moi.

 

Peintures de fantômes japonais tirées de rouleaux exposés au temple Zenshoan.
Source : http://www.estampes-japonaises.org/747/fantomes-japonais-du-xixeme-siecle/

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Handicap interneuronal

Dimanche 11 juillet 2010 | 47 commentaires

Madame, Monsieur,

Par la présente, je sollicite des arcanes insondables et mystérieuses de l’Etat, l’obtention d’une carte Cotorep. En effet, après consultation de votre barème lié au Décret n° 93-1216 du 4 novembre 1993, il apparaît que je remplis une grande partie des critères exigés, à savoir :

Apragmatisme, négativisme, compulsions obsessionnelles, ambivalence, inhibition, fuite ou incohérence des idées, lenteur et appauvrissement de la pensée, radotage, délire. Vous trouverez en pièce jointe dans le dossier http://www.frederiquemartin.fr des témoignages et commentaires éloquents à ce sujet.

Affections auxquelles on peut rajouter :

Une tendance à perdre ses illusions n’importe où, des hallucinations parfois collectives, une déréalisation par écran interposé. De l’anxiété en tranches et des crises d’angoisse en rouleaux. Une labilité émotionnelle et scripturale fâcheuse. Une instabilité mal contenue par des fleurs de Bach consommées en tonneau pour raisons économiques, des atermoiements de lingère et l’immaturité affective du bonobo.

Qui plus est, le doute m’aime à la folie et  je n’ai pas le cœur de le repousser.

Pour ce qui concerne la « Déficience esthétique sévère », les choses sont en cours, mais prennent un peu plus de temps que prévu. Croyez pourtant que je m’emploie activement à vous satisfaire.

Madame, Monsieur, mon médecin est beau, mais je crois bien que c’est un âne : il en la science et il en a le poil. Il me soigne pour des atteintes diverses qui ruinent la collectivité, quand une simple pension pourrait y suffire. Je ne vous réclame pas de versement rétroactif pour le préjudice trépassé, mais une prompte mise en place du dispositif serait appréciée. Disons qu’il s’agit d’un cas d’urgence, mes droits d’auteur ne m’autorisent plus l’achat d’un timbre depuis la hausse de prix du premier juillet dernier.

Malgré une liste d’attente longue comme un jour sans pain, je compte sur votre bienveillance constitutionnelle et vous en remercie par film d’anticipation.

Recevez, Madame, Monsieur, mes rogatons distingués.

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Werner LAMBERSY

Mardi 6 juillet 2010 | 23 commentaires

Un remerciement à celui qui m’a offert le titre d’une nouvelle parue chez Brèves - Le désespoir des roses. Pour m’avoir dit : “Si c’est pour toi, je suis d’accord”.

CP : Frédérique Martin

Je remercie
le papillon
qui hier après-midi
a bien voulu
passer le quart
de sa vie avec moi

même si je ne savais
pas non plus
quand il faudrait
mourir

ni
s’il y aurait
d’autres buissons
où nous
pourrions
nous retrouver plus
tard

…/…

Ce que tu vois
n’a aucune importance

L’important
est que cela exige
ton regard

Que ton regard se perde
il le faut

Ce qui compte
c’est pénétrer cette perte

Parmi tant de ténèbres
la lumière et ton oeil
ne font qu’un

Ainsi ton âme et le plan
dont tu ignores
tout

Werner LAMBERSY
L’éternité est un battement de cils – Actes Sud.

CP : Frédérique MARTIN

 

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