Frédérique MARTIN

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Archives du carnet pour septembre 2010

Chez eux (3)

Dimanche 26 septembre 2010 | 70 commentaires

Lorsque je viens dans son village peuplé de loups sous le vent, j’arrive à pied, comme un vagabond perdu, pour qu’elle n’entende pas, que rien ne puisse l’alerter. Je dissimule ma présence et ma convoitise – relit-elle un poète défunt, sa nuque douce tendue sous la lampe ou est-elle près du granit de l’évier, à pétrir ce pain qui finira par rassir dans un torchon trop blanc ? Je la savoure sans la voir, les yeux scellés sur son éclat. J’attends, je résiste en effleurant les rondeurs de sa porte qui luit dans la flaque jaune du réverbère. Mon torse épouse le bois, oreille et joue collées, j’écoute, j’écoute. Toute sa tendresse est là, dans les bruits contenus, les gestes mesurés – cette petite solennité des jours pleins. Un rien à vif nous sépare encore. Je frappe – un seul coup – qu’elle entend.

Elle m’ouvre et sa figure pâle durcie par un chignon se fige avant d’être inondée par un sourire. Cette vague m’épuise et m’éparpille tandis que je délivre ses cheveux. À chaque absence, son odeur d’herbes humides m’éventre. Quand elle dit : « c’est toi, c’est toi », sa voix remue ma peau. Quand la pulpe de sa chair éclate et s’effondre, je ne sais plus pourquoi, je ne sais plus comment j’ai pu m’en éloigner.

Nous restons longtemps dans l’entrée, porte béante sur la gueule nocturne, nos corps soudés dans une étreinte rocheuse qui évince les soupirs. C’est elle qui nous délivre avec son rire de gorge parce que sa langue bute contre mes dents serrées.

Alors je m’écarte d’elle et j’arrache mes mains. Sa robe frissonne avant de s’assoupir sur les dalles rouges. La porte se ferme en hoquetant sur une phalène épouvantée qui toquait à la lampe. Mes doigts tracent le sillon qui partagera son corps de l’arête du nez aux ombres qui s’ouvrent sous son nombril. La fièvre qui m’emporte est faite de départs enragés par la soif du retour. Et dans l’amère salive de nos baisers, je regrette déjà la douleur ivre des retrouvailles, l’instant où son visage m’est apparu, le grain âpre de la porte sous mes paumes, la lueur d’huile au-dehors et les pas qui m’ont conduit jusque-là.

CP : Frédérique Martin

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Enviedecrire.com

Vendredi 17 septembre 2010 | 31 commentaires

A partir d’aujourd’hui, j’entame une collaboration avec le site enviedecrire.com. Ma première chronique est en ligne et on m’y retrouvera tous les seconds mardis du mois. Une vidéo de présentation donne la parole à trois des ateliéristes qui m’ont suivie lors du projet des “Correspondances impertinentes“,  projet – je le rappelle – monté à l’initiative de la boutique d’écriture du grand Toulouse.

 

Crédit Photo Frédérique Martin

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Place aux nouvelles : Cuvée 2010

Vendredi 3 septembre 2010 | 43 commentaires

L’année dernière à la même époque, je vous révélais tous les plus obscurs secrets de la rencontre annuelle qui a lieu sur la place de Lauzerte, à l’initiative de Jacques Griffault, l’inénarrable ordonnateur de la librairie le scribe à Montauban. En collaboration avec René – autre figure sans égal et grand tenancier du café du commerce – et la  médiathèque intercommunale Pierre Sourbié, ce dimanche 12 septembre 2010, il vous sera proposé une belle brochette de trente auteurs plus ou moins frais, des lectures à la carte, quelques débats au pichet, des ateliers d’écriture sur tonneau et de la dédicace en vol au vent. Une pièce montée de cinq recueils clôturera les agapes lors de la remise du Prix de la nouvelle du Scribe – édition n°5 à tirage limité suivant d’où vient le vent.

Nous les auteurs de ce club fermé – mais à forte capacité d’extension – sommes prêts à tout pour rempiler d’une année sur l’autre, même à écrire des nouvelles !   Mais ce n’est pas tout : nous jurons solennellement de goûter sans relâche les liqueurs que René ne cesse d’extraire du comptoir, nous irons nous écouter lire les uns les autres, nous nous baignerons de concert à des heures indues dans la piscine de l’hôtel, nous rirons bruyamment de toutes les plaisanteries, y compris des nôtres. Et nous chanterons à tue-tête au milieu de la place jusqu’à ce que le Lauzertin et sa coquine versent des bacs d’eaux usées sur nos mises en plis. Voilà ce que le dévouement professionnel signifie au sein du concile des trente !

Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous mettre à nouveau la vidéo de nos ébats littéraires sur la place de Lauzerte – tournée à l’insu des auteurs – et qui rend hommage  à notre spontanéité, notre joie de vivre et notre  incomparable prestance acquises de longue haleine. Vous savez désormais, où se niche le succès.

Liste des auteurs présents : Alain Absire, Pierre Autin-Grenier, Anouar Benmalek, Claude Bourgeyx, Manu Causse, Dominique Fabre, Georges Flipo, Benoît Fourchard, Françoise Guérin, Éric Holder, Serge Joncour, Marie-Hélène Lafon, Michel Lambert, Fouad Laroui, Yves Lériadec, Marcus Malte, Frédérique Martin, Samuel T. Meyer, Isabelle Minière, Frédéric Monlouis-Félicité, Chantal Pelletier, Danièle Pétrès, Fabien Pichon, Claude Pujade-Renaud, Bertrand Runtz, Annie Saumont, Denis Sigur, Tito Topin, Emmanuelle Urien, Marc Villard.

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