Pour laisser derrière soi l’inéluctable
Pour garder devant soi le possible
Pour bâillonner la peur
Pour grandir
Parce que c’est nécessaire
Parce que c’est inévitable
Pour vivre jusqu’au bout
Pour mourir de joie
Pour être là et pas ailleurs
Parce que rien ne dure
Pour que rien ne dure
Pour accueillir et ouvrir
Pour embrasser
Pour offrir
Parce que je le veux
Parce que j’y crois
Parce que c’est ainsi
Parce que souffrir est sans objet
Pour apprendre qui on est et jusqu’où on ira
Pour savoir et ignorer
Pour arrondir l’angle
Pour avoir maille à revenir
Pour connaître la fierté
Pour éprouver son courage
Pour dormir ce soir
Pour se réveiller demain
Va, courons, tourbillonnez
Petite cantate légère
Petite danse avec soi-même
je nous souhaite d’empoigner
l’ardent,
le téméraire,
et le vif,
chaque jour dans cette nouvelle année.
C’était un temps
où les femmes croyaient encore aux hommes
je ne renoncerai plus à toi
je reviendrai
n’étaient pas de vains mots.
Par amour,
les chasseurs devenaient guerriers
pour sauver des petites filles
qui étaient toutes un peu sorcières.
C’était un temps
où l’on n’avait que son courage ou sa lâcheté
pour entrer dans le territoire des morts,
où la parole était tatouage,
où les mains savaient apaiser la chair,
où les baisers se donnaient dans la gravité
sans jamais se reprendre.
C’était un temps
où l’on entretenait le feu
avec la certitude que les chemins s’arrêtent
Au point précis du basculement des astres
A l’intersection du ventricule
Dans la forge sacrée du souffle
Au temple noir des apocryphes.
Un temps
qui ne reconnaissait
ni l’enfant roi, ni la pucelle,
bien avant la prophétie de paille
qui unit l’âne et le bœuf,
et les honore dans le charnier
comme de pauvres dieux vivants.
- Vous êtes bien diabétique ?
- Ah… non.
- On vous a pas opérée du sein non plus ?
- Pas… que je… sache
- Bon, alors c’est pas la bonne chambre.
…/…
- Calmez-vous Madame, tout va bien.
- …j’étouffe… ne…peux plus…parler.
- Vos constantes sont bonnes, c’est le stress.
- Atarax… lexomil…
- Je sais que vous ne me croyez pas, mais tout va bien. La sat est au maximum.
- Mais…si…j’arrête…de… respirer ?
- La respiration est un acte réflexe, on n’arrête pas de respirer.
- Et…quand…on…meurt.
Agacé :
- Bon, je reviens, arrêtez de vous en faire.
…/…
Le Cardiologue :
- Mais vous n’avez pas de la ventoline ! Prenez de la ventoline, bon sang !
- Je n’en…ai pas.
- Alors mettez vous sous oxygène au lieu d’étouffer comme ça !
- On…ne m’a rien…montré…ne sais…pas faire.
- Je vais vous y mettre moi !
Puis se ravisant :
- Je vais chercher une infirmière. Je reviens
- Faites…donc…ça.
…/…
- Je crois que…je… vais crever…est-ce…que…quelqu’un…va m’entendre…
- Chuuuut. Calme-toi.
…/…
L’infirmier :
- Je vais vous faire mal, je vous avertis. C’est une piqûre dans l’artère. Mais vous ne devez pas bouger.
- Au point…où j’en…suis…dans quelques…heures…je ne…devrais plus bou…ger du…tout.
- Ça va ?
- …oui
Il prend un air pénétré, main de consolation dans le dos :
- Non, ça ne va pas, je le vois. On va bien s’occuper de vous, ne vous inquiétez pas.
- Oui…mais…quand ?
- Bientôt.
…/…
La pneumologue :
- On va faire un angio scan, avec injection d’iode.
- C’est… dangereux ?
- Tout est dangereux madame. Vous prenez votre voiture et vous pouvez mourir dans un accident. Alors oui, les fonctions rénales, l’œdème de Quinck, etc. Mais je juge que c’est nécessaire pour éliminer l’embolie pulmonaire, qui elle, est mortelle. Voilà.
- C’est…le …seul moyen ?
- Venez là que je vous pique.
- Ah bon… tant…que…ça.
…/…
Dans le couloir, une vieille gémit . L’infirmière appelle un médecin :
- C’est la chambre 36, elle a des palpitations.
- Qu’est ce que vous avez Madame ? dit le médecin de sa grosse voix qui soigne
- J’ai des palpitations, c’est mon cœur.
- Et alors ! lui reproche le docteur.
- Et alors, je le fais pas exprès.
…/…
Dans la chambre 38 :
- Dites, vous mettez de l’homéoplasmine dans votre nez, c’est pas conseillé.
- Mais l’oxygène me brûle à force.
- Oui, ben là, gras et oxygène, ça risque d’exploser. Remarquez, il sera bien débouché comme ça, votre nez.
…/…
Le docteur : Ah ben merde alors, qu’est ce qui s’est passé ?
Le Monsieur : Qu’est ce qu’il y a ?
Le docteur : Je ne comprends pas, les constantes étaient bonnes, la sat au maximum . Vous lui avez donné un atarax ?
L’infirmière : Oui et même un lexomil.
Le docteur : Bon, alors le stress était bien géré !
Le Monsieur : Ma femme exagère. Il faut toujours qu’elle s’énerve.
Le docteur : Oui, mais là quand même. Elle est morte.
L’infirmière : Désolée, Monsieur.
Le docteur : Pourtant on a fait le maximum. C’est vrai que quinze heures, c’est long.
L’infirmière : J’avais dit de ne pas la sortir en brancard les pieds devant, ça porte malheur.
Le Monsieur : C’est plus fort qu’elle, ma femme veut toujours avoir le dernier mot.
Le docteur : Bon alors, heure du dernier mot … Nan, je plaisante.
Urgences, 20H00, un lundi. Rideau.
FAUDRAIT PAS TROP ME BASSINER
Et ça, c’est pour ceux qui veulent qu’on se calme, qui disent « t’exagères », qui pensent qu’on peut crever en silence, qui ne se sont empoignés avec rien, qui ne te tendront pas la main, qui dorment les yeux ouverts, qui trouvent inepte ce qu’ils ne comprennent pas, qui chient d’orgueil, qui puent la honte, qui vivent comme des lâches, qui te laisseront mourir comme un chien.
Elle scrutait la rue à travers la vitrine, bouche entrouverte. Une mèche bouclait derrière son oreille et venait se lover dans son cou, dérobant les palpitations bleutées d’une veine. Elle passa la langue sur ses lèvres et soupira. Elle agita sa cuillère dans la tasse vide, décroisa ses jambes, étira sa cheville. Sa jupe en voile se releva dans ce mouvement, laissant apparaître un grain de beauté à la naissance du genou. Des hommes passaient sur le trottoir d’en face, aucun n’était le bon.
Il cherchait en vain le courage de se lever et de s’asseoir en face d’elle. Lui prendre la main et lui sourire. Il aurait fallu qu’elle le comprenne sans un mot. Il voulait renifler l’odeur qui se nichait sous son petit pull court, goûter la délicatesse de sa peau à cet endroit où elle file sous l’aisselle. Immobile, les yeux baissés sur ses ongles rouges, elle semblait respirer à peine, ses cils arc boutés au-dessus de ses joues. Par intermittence, elle faisait tourner une bague autour de son doigt.
En relevant ses manches, elle découvrit ses poignets graciles et osseux. Que dirait-elle s’il les saisissait pour les ramener dans son dos et l’immobiliser ? Que dirait-elle s’il la serrait avec fureur, avant de mordiller son oreille et d’y insinuer sa langue ? Il sentirait ses formes imbriquées dans les siennes. Il encerclerait sa nuque de sa main libre et l’embrasserait, la boirait, la renverserait sous ses envies. Elle tourna la tête dans sa direction, les traits bouleversés par un sourire.
Il n’y répondit pas, visage fermé. Il n’eut pas besoin de se retourner pour vérifier qu’un homme était entré. Grand, décontracté, il fourrageait dans ses cheveux blonds pour s’excuser de son retard, un casque de moto pendu à son bras. Il n’eut pas envie de le voir se pencher pour déposer un léger baiser sur sa bouche qu’elle tendait déjà, offerte par ce geste à celui qui l’avait fait attendre. Il serra les dents en espérant que ça passe.
Il se leva, paya en jetant quelques pièces sur la table. En passant près d’eux, il eut un dernier regard pour son décolleté, dans lequel un autre que lui glisserait bientôt ses doigts, pendant qu’elle disait : ça ne fait rien, je t’assure. Leurs mains étaient jointes par-dessus la tasse. Avant d’ouvrir la porte, il observa son reflet d’homme maigre serré dans un blouson étroit, ses yeux plus tristes que celui d’un chien au moment de crever. Puis il sortit et se laissa engloutir sans résistance.
Jusqu’à récemment, le pauvre poubellisait peinard, quand on a décidé de le taxer pour son bien et celui de la collectivité – 38 euros chaque fois qu’on le surprendra la main dans le bac à ordures, en train de composter avec ses dents. Le haro général aurait pu jeter l’opprobre et en faire douter plus d’un. Mais fort heureusement, il s’avère qu’on avait doublement raison. Non seulement le gueux passe outre les conseils avisés …
… mais il trouve encore le moyen de tomber malade et d’épuiser dame Sécurité Sociale.
En bon vif-argent, L’assemblée nationale députe :
- Le pauvre est souffreteux, le pauvre est maladif ? Réduisons ses indemnités journalières ! Il se retiendra.
- C’est insuffisant, le pauvre est sournois, il est même vicieux. Souvent il fume !
- On l’éteindra !
- C’est parce qu’il ne sait pas lire. Ou alors il s’en fout. Honte à lui et plutôt deux fois qu’une. Tournée générale, on augmente le tabac. - Bien qu’on le prive de travail, qu’on le pousse à la rue, qu’on lui interdise la caravane, qu’on éloigne le bord de mer et qu’on lui fasse sentir le sapin, le pauvre s’entête, le pauvre s’accroche. Il prétend même devenir vieux. Quelle outrecuidance ! Il gagne trop, c’est là ou le débat blesse. Qu’on le cerne avec les impôts, qu’on l’accule dans un coin…
- Attention à ce que vous dites !
- … qu’on l’assomme, qu’on réchauffe la serre pour qu’il sue, qu’on le prive d’eau et qu’on lui présente la note !
- Excellentes suggestions. Autre chose ?
- Réintroduisons la peste bubonique !
- Adopté. Mais encore ?
- On pourrait éradiquer ses petits durant les heures de cours.
- Vous ronflez ou quoi pendant les réunions ? Il y a quelques décennies que le plan fonctionne. Soyez neuf, inventif en un mot : pharmacologue ! Ne suis-je entouré que de vieilles badernes ?
- Moi, j’ai bien une idée…
- Allez-y, Tonnerre de Paris-Brest, pendant que vous ergotez, ils se reproduisent.
- Interdisons le pauvre.
- ???
- On le reconduit à la frontière, on l’expédie dans les pays du même nom et nous voilà peinards. - Pardon, mais qui va-t-on taxer ? Qui va faire notre ménage ? Qui va turbiner dans nos usines ? Vous Monsieur le Député ?
- Autant pour moi.
- Relevons la séance, le débat suivra peut-être. Bref, pour le communiqué de presse, c’est Christine qui s’y colle, ça sera plus crédible.
- Ah bon ?!
- Oui et tu diras : « Nous avons le souci de la justice sociale, croyez-nous ».
- Ah bon !? Si vous le dites, Monsieur le Président.
- Je l’affirme. Passons aux handicapés.
- Justement, à propos des femmes… ?
- Pas le temps.
- C’est quoi un handicapé ?
- C’est un pauvre auquel il manque un truc.
- Ah, mais toujours à se plaindre !
Je débute aujourd’hui les ateliers d’écriture pour le Crous de Toulouse en direction des étudiants qui résident dans la cité universitaire de Toulouse Rangueil. J’en profite pour partager avec vous une petite partie de la lecture tissée que j’ai montée pour le Lycée Monteil de Rodez, à la demande du Professeur de Français, Carine Alary.
A l’origine de ce projet, la Mission départementale de la culture, organisme associé au Conseil Général de l’Aveyron et représenté par Isabelle Hochart et Aude Petit-Bousquet. La mission départementale initie des projets artistiques et culturels sur l’ensemble du territoire. Sensible au développement de la littérature contemporaine dans le département, le service du livre et de la lecture propose depuis 2009 un cycle de rendez-vous littéraires intitulé : Univers d’auteurs. En 2011, l’auteur invité était Pascal Dessaint.
Le projet consistait à faire écrire des micro-fictions à une classe de première Bac Pro maintenance des équipements industriels – soit 19 gaillards plus coutumiers des terrains de sports et des virées entre potes que de la page blanche – sur les thèmes chers à Pascal Dessaint : le polar, le social et l’écologie. A l’issue des ateliers, une lecture tissée d’extraits des textes a été donnée par 12 des participants, accompagnés à la guitare par l’un deux – Jason – que je félicite encore une fois pour ses improvisations.
Je profite de l’occasion pour remercier Carine Alary et le Lycée de Monteil de leur accueil et de leur implication. Sans oublier Aude Petit-Bousquet et Isabelle Hochart. Mais je salue surtout mes 19 partenaires dans ce travail, pour leur enthousiasme, leur joie de vivre et la formidable énergie qu’ils ont mise au service de cette rencontre. Pour les mots qu’ils ont bien voulu me donner et pour ceux qu’ils ont accepté d’écrire : Anthony, El Anziz, Florian, Jules, Hugo, Guillaume, Jason, Jonathan, Jordan, les deux Julien, Les deux Maxime, Louis, Mickaël, Pierre, Steven, Vincent et Youssouf.
Nous partîmes dix-neuf, mais par un prompt effort,
nous étions encore douze,
en arrivant au port.
Milady et ses douze mousquetaires
Lecture musicale tissée du 12 mai 2011 (extrait) :
Mourir fait partie de la vie, Madame.
Il y en a marre d’employer des mots qu’on ne comprend pas. On n’existe plus, on n’est plus rien.
Il y en a marre de la guerre, de la vie chère, des inégalités dans le monde. Tout le monde le dit, mais il n’y a rien qui change. C’est pas normal.
J’ai peur, la pire des choses, c’est d’en parler. Je fais que rêver de ça.
Tu te laves le soir et demain tu te salis. A quoi ça sert ? A rien. Qu’est ce qu’on pourrait changer, c’est comme ça.
Mourir n’est peut-être pas la pire des choses ? Je sais pas, j’ai pas essayé. Mourir, c’est la pire des choses quand on est vivants. Il y en a marre, et pourtant…
Je voudrais tout à moi. Je partagerais mes richesses avec mes potes. La gentillesse, quoi. Il y a tant à dire. Et si tout le monde apprenait à comprendre les autres ? On instaurerait la confiance. La gentillesse, quoi.
La main dans le sac,
pour une poignée de riz, pour un fruit.
Jack forever.
La vague et les terres dures,
Calme plat – Avis de tempête.
L’entrave s’enchaîne
Dans le jeu d’une devise :
Carton rouge, hors jeu !
Le tueur légal met dans le mille.
Pas à pas, vivre ou mourir,
cela ne dépend que de vous.
D’un doigt mouillé de vin
Gris elle avait sur
La table tracé
Des cercles éclatés des
Oves hésitantes et
Des hachures figurant
Le gribouillis de ses nerfs
Elle mâchonnait une
Mélopée qui battait bat-
Tait comme un cœur
Tandis que son regard
Se figeait
Sur le frémissement de l’ombre
D’une feuille sur le mur
Se figeait sur le reflet
Du soleil dans le verre
Se brûlait aux taches
De la nappe claire
Un seul mot s’ex-
Tirpait de sa chair “dormir”
Mais le sommeil la dé-
Laissait sur le seuil
De sa chambre statue
De plâtre traversée de
Sanglots
Debout sans fin vacillant
Sur son socle
“Dormir dormir dormir”
Elle appelait la nuit
Réclamait la nuit
L’exhortait à poser
Son poids sur ses paupières
Sur son corps
Sur ses membres tremblants
Sur le trou qui s’ouvre
De plus en plus en
Elle
Ateliers animés en collaboration avec l’auteur Rachel Corenblit, à la bibliothèque de la ville de Balma, pour une classe de troisième. Thème : Itinérances.