AGAPE
Mercredi 29 juin 2011 | 29 commentaires
Il est temps de dire au revoir à nos amis Tunisiens. Le mois de juin s’achève et je ne voudrais pas être la cause d’une ruée touristique d’une ampleur catastrophique. Déjà, on me dit que les avions se remplissent, que des vieux et des handicapés tentent le pari fou de vacances à haut risque. Par émulation, les jeunes et les valides ne devraient plus tarder.
À tous, je livre une ultime adresse. Adeptes de Gargantua, du beignet de chirkaou, de la kamounia de poulpes et autres spécialités tunisiennes, c’est au Pirate, à Monastir, que ça se passe. Un seul conseil – diète scrupuleuse trois jours avant et trois autres après le repas.
Méfiez-vous. Dès votre arrivée, on vous servira une soupe de poissons apparemment inoffensive. Profitant d’un claquement de langue réjoui, le serveur embusqué se précipitera sur vous, afin de jeter dix autres plats sur la table. Devant votre ahurissement – Qu’est-ce ? Je n’ai rien commandé – il vous indiquera que ce sont les entrées :
- Me prendrait-on pour une poulette de quatre semaines ? Les entrées, mais bien sûr !
- Si, si, Madame, les entrées, je te jure.
On vous poursuivra ensuite avec un poisson du jour grillé. On vous annonce 300 grs, comptez le kilo. Vous devrez l’engloutir seul, sous le regard attentif du cuisinier. Pour l’agrémenter, quelques légumes le borderont. Chacun son plat et les moutons seront bien gardés. Enfin, l’estocade viendra de la farandole effrénée des desserts qu’un malheureux thé à la menthe ne suffira pas à faire glisser.
Après avoir rampé jusqu’à la voiture – la promenade digestive est exclue – vous pourrez toujours vous rendre à Sousse, dans une certaine famille de ma connaissance, où la maitresse de maison aura eu la précaution de cuisiner un tajine en brik qui comblera vos petits creux nocturnes. Durant le trajet, chaque passage sur un gendarme couché vous valant de grandes frayeurs digestives, leur prolifération vous indignera. On les doit à la famille Trabelsi qui, après éradication de la concurrence, avait obtenu le marché des dos d’ânes et souhaitait le faire savoir. Les ânes ont quitté la place, les dos, eux, sont restés. Inch’Allah.
Pour ajouter une note sérieuse, je vous engage à lire la revue émise par le Centre Lebret-Irfed basé à Paris, Développement et civilisations dont le numéro double 393-394 est entièrement consacré à ce qui se joue en Tunisie en ce moment. J’ai eu le plaisir d’en rencontrer la Directrice lors de mon dernier séjour dans notre capitale - car oui, je fréquente aussi des Directrices à l’occasion. Raison pour laquelle, nous avons accès à ce numéro en avant première.
Reçus dans une centaine de pays, ce sont dix numéros par an qui donnent la parole à des auteurs de cultures et d’horizons différents. Les articles de fond livrent des clés de compréhension aux questions actuelles de développement, de paix, de justice et de solidarité internationales qui se posent dans un monde interdépendant. Il s’agit d’un réseau d’acteurs de terrain, personnes et organisations engagées sur les différents continents pour un développement humain solidaire. Ils définissent leurs buts ainsi :
- Être utile à ses membres en les faisant connaître et en facilitant des échanges entre eux sur des sujets de préoccupation communs tels que gouvernance et participation démocratique ; diversité religieuse, laïcité, citoyenneté et démocratie ; économie humaine ; etc.
- Apporter sur ces thèmes un éclairage international et produit dans différents contextes culturels ou spirituels ;
- Tirer des enseignements des réflexions des membres du Réseau et de leurs pratiques de développement humain solidaire, pour que « l’expertise de terrain » soit entendue par les décideurs et prise en compte par les politiques nationales et internationales.
Avant de nous séparer, amis de Sousse, Diar Soukra, Monastir, Tunis et ailleurs… je voulais vous remercier pour l’accueil et le temps agréablement passé en votre compagnie. Chokran.
Je vous souhaite de conserver votre art de vivre où un rendez-vous pris aujourd’hui, sera peut-être honoré demain.
Où la poésie fleurit sur des enseignes cabossées, où l’esprit critique remplace le désœuvrement, où la révolte n’est pas juste un vain mot.
Un pays où jeunes et vieux se côtoient encore, où les créneaux s’exécutent en marche avant pour ne pas se faire piquer sa place, où des femmes de ménage partagent leur goûter dans les toilettes des dames avec les touristes égarées.
Oui, changez ce qui doit l’être et gardez le meilleur, Yaâychek, c’est ce que je vous souhaite. Sbeh lel khir chez vous.









