Frédérique MARTIN

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Archives du carnet pour février 2012

Plus loin que soi

Mardi 28 février 2012 | 19 commentaires

Je ne pouvais pas réagir à la vidéo qu’a postée REVOL dans les commentaires de mon dernier billet  Frères humains , par une simple phrase. Un film, comme un livre, est une manière de prendre la parole sans être interrompu, c’est donc aussi une forme de pouvoir. Toute manifestation de refus par la violence n’est jamais qu’une reproduction des systèmes mis en place depuis que l’homme a contacté en lui son insatiable soif de dominer les autres. Je ne dis pas que cette violence est inutile parfois. Elle est même souvent incontournable, sauf à accepter un asservissement total du genre humain par les plus agressifs. C’est regrettable, mais je n’ai ni la connaissance, ni la culture nécessaires pour trouver les moyens de changer définitivement la donne de l’esclavage mondial qui est mis en scène dans ces images. Pour autant, je ne crois à aucune solution finale.

Il suffit de penser un peu plus loin que soi pour admettre que oui, en effet « les choses qu’on possède finissent par nous posséder », que oui « le plaisir immédiat » régente la société de consommation, que oui « c’est la peur qui fait de nous des esclaves », qu’il est en effet criminel de contribuer « consciemment ou non à la démence de l’organisation sociale dominante » et que bien évidemment, les politiques « se chamaillent sur des points de détails pourvu que tout reste en place ».

Mais la démocratie, participative ou pas, a elle aussi montré ses limites. Le rêve d’un peuple humain qui se consulterait incessamment sur la manière dont ses membres doivent et peuvent vivre ensemble, reste un idéal parfaitement inatteignable aujourd’hui. Je ne le verrai pas, mes enfants non plus. Parce que toute assemblée restera une somme de gens différemment éveillés, conscients, intelligents ou cultivés. Des gens avec leur histoire, leurs avidités, leurs peurs et leurs propres désirs. Et oui, au bout d’un certain temps, les mêmes schémas se remettront en place. Les plus forts, les plus armés, les plus charismatiques, les plus déterminés, prendront à nouveau le pouvoir sur les autres.

Alors quoi ?

Je ne cesse de le répéter – mais on m’a appris que la répétition était l’âme de l’enseignement – et je vais le réaffirmer encore une fois aujourd’hui. Il n’y a aura aucune métamorphose des systèmes mis en place tant que ne se sera pas opérée une révolution au cœur de l’homme lui-même. C’est par le changement qu’il amènera individuellement sur lui qu’il pourrait exercer une véritable mutation dans sa manière d’interagir avec l’espace qu’il occupe, mais – et c’est ce qu’il a du mal à concevoir – qu’il n’occupe pas seul. Dans mes ateliers d’écriture, dans mes rencontres, dans mes lectures publiques, je ne dis pas autre chose : apprenez à écrire, à vous exprimer, apprenez à lire – c’est-à-dire à décrypter le monde – ou vous laissez les autres prendre la parole et décider à votre place. Le langage est l’expression de ce changement. Je veux être consciente de mes actes – la parole en est un – aller vers ce qu’il y a de meilleur en moi. Je n’ai pas d’autre projet de vie. Faire et dire. Etre et partager. Le combat des idées reste un combat. Sa finalité est de convaincre. Effervescence des mots, maniement des concepts, embrouillaminis. C’est une façon comme une autre de compliquer à l’extrême ce qui est autrement plus élémentaire à comprendre : je suis le problème et la solution.

Alors oui, je vais faire simple dans un monde si tarabiscoté qu’il semble impossible d’entrevoir un dénouement autre que son apocalypse – et peut-être bien qu’il y court, après-tout, ce qui n’est pas une raison pour se précipiter avec lui. Savoir qui on est, se combattre soi-même, vaincre ses peurs. Je veux bien être contre l’autre, si c’est dans une accolade. Tout contre, même.

Frères humains

Vendredi 24 février 2012 | 17 commentaires

 

Frères humains qui après nous vivez
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.

Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s’en rie :
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutesfois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz :
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d’oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A luy n’avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n’a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

François Villon (Le Chatelet – 1462)

…/…

La photo officielle

Vendredi 10 février 2012 | 56 commentaires

 

Dans ma panoplie d’auteur, il manquait un élément primordial, l’équivalent de la cape pour un super héros ou de la baguette magique pour une fée du logis, l’accessoire de première bourre qui qualifie – ou disqualifie, c’est selon – et adoube : la photo officielle !
Grâce aux éditions Belfond, j’accède au panthéon du portrait d’écrivain : l’agence Opale.

Mettons les choses au point. Avant de prendre rendez-vous avec le photographe Patrice Normand, je ne savais rien de la place que l’agence Opale occupe dans le monde du portrait. Je n’avais jamais eu l’idée de dépiauter les photos de ma bibliothèque, j’ignorais tout. J’étais une provinciale.

Mais ceci est à conjuguer au passé composé, après que j’ai eu rôdé mes bottes à lacets dans le métro parisien, nantie d’un plan et de tickets tous neufs, que j’ai eu visité la librairie Corti en compagnie de mon fidèle guide pour campagnarde errante, que j’ai eu déjeuné à la butte aux cailles, que j’ai eu fréquenté les bureaux de mes éditeurs – car oui, j’en ai plusieurs, ça fait plus chic –, mais par-dessus tout, après que j’ai eu droit à ma photo officielle !

Librairie José Corti - CP Gilles Bertin

 

Les jours importants – toutes les femmes en font l’expérience – les contrariétés abondent, parfois même elles pustulent. Des forces maléfiques vitupèrent, l’univers conspire. Ta robe, seyante jusque-là, te provoque en duel. Tes bas filent, ta chevelure crépite – à l’affut de matière première, surtout en cette période, EDF te propose un contrat. Ton nez brille davantage que ton intelligence. La paupière s’affaisse, la ride se creuse, le sourcil s’embroussaille, des objets non identifiés se coincent entre tes dents. C’est la débâcle, c’est Alésia. Tu tentes le Zen, la méditation transcendantale, la méthode Coué, puis tu cherches une barre à mine.
On sonne ! Impossible, tu n’es pas là. Deux hurlements et un évanouissement plus tard, tu ouvres.

Au premier coup d’œil, j’ai réalisé l’importance de la pantoufle de vair dont on serait bien avisé de garder une paire dans son sac. Je regrette de ne pouvoir illustrer ce billet avec le portrait du grand brun aux yeux de velours qui me souriait dans une débauche d’émail diamand. La fréquentation de mon site exploserait, d’atroces menaces de mort pleuvraient sur moi, tandis que la vente aux enchères de son numéro de portable assurerait mon avenir et celui de ma descendance. Ces manigances indignes d’un auteur sérieux m’étant désormais interdites, je me contenterai de vous diriger vers son travail. Car en plus, il a du talent. Ce qui prouve que le jour de la distribution, certains ont été mieux lotis que d’autres. Elles n’ont pas fini de soupirer, les plaintives Chimènes.

Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur le sujet bien qu’il en vaille la peine. Il faut maintenant choisir entre la 4, la 6 et la 12. Si cela vous tente de me donner votre avis, suivez le lien vers l’agence opale, tapez mon nom dans le moteur de recherche par auteur. Un seul conseil et pour vous il est ferme et gratuit : évitez de ricaner.

Bon, bref. J’avais photo officielle.

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