Plus loin que soi
Mardi 28 février 2012 | 19 commentairesJe ne pouvais pas réagir à la vidéo qu’a postée REVOL dans les commentaires de mon dernier billet Frères humains , par une simple phrase. Un film, comme un livre, est une manière de prendre la parole sans être interrompu, c’est donc aussi une forme de pouvoir. Toute manifestation de refus par la violence n’est jamais qu’une reproduction des systèmes mis en place depuis que l’homme a contacté en lui son insatiable soif de dominer les autres. Je ne dis pas que cette violence est inutile parfois. Elle est même souvent incontournable, sauf à accepter un asservissement total du genre humain par les plus agressifs. C’est regrettable, mais je n’ai ni la connaissance, ni la culture nécessaires pour trouver les moyens de changer définitivement la donne de l’esclavage mondial qui est mis en scène dans ces images. Pour autant, je ne crois à aucune solution finale.
Il suffit de penser un peu plus loin que soi pour admettre que oui, en effet « les choses qu’on possède finissent par nous posséder », que oui « le plaisir immédiat » régente la société de consommation, que oui « c’est la peur qui fait de nous des esclaves », qu’il est en effet criminel de contribuer « consciemment ou non à la démence de l’organisation sociale dominante » et que bien évidemment, les politiques « se chamaillent sur des points de détails pourvu que tout reste en place ».
Mais la démocratie, participative ou pas, a elle aussi montré ses limites. Le rêve d’un peuple humain qui se consulterait incessamment sur la manière dont ses membres doivent et peuvent vivre ensemble, reste un idéal parfaitement inatteignable aujourd’hui. Je ne le verrai pas, mes enfants non plus. Parce que toute assemblée restera une somme de gens différemment éveillés, conscients, intelligents ou cultivés. Des gens avec leur histoire, leurs avidités, leurs peurs et leurs propres désirs. Et oui, au bout d’un certain temps, les mêmes schémas se remettront en place. Les plus forts, les plus armés, les plus charismatiques, les plus déterminés, prendront à nouveau le pouvoir sur les autres.
Alors quoi ?
Je ne cesse de le répéter – mais on m’a appris que la répétition était l’âme de l’enseignement – et je vais le réaffirmer encore une fois aujourd’hui. Il n’y a aura aucune métamorphose des systèmes mis en place tant que ne se sera pas opérée une révolution au cœur de l’homme lui-même. C’est par le changement qu’il amènera individuellement sur lui qu’il pourrait exercer une véritable mutation dans sa manière d’interagir avec l’espace qu’il occupe, mais – et c’est ce qu’il a du mal à concevoir – qu’il n’occupe pas seul. Dans mes ateliers d’écriture, dans mes rencontres, dans mes lectures publiques, je ne dis pas autre chose : apprenez à écrire, à vous exprimer, apprenez à lire – c’est-à-dire à décrypter le monde – ou vous laissez les autres prendre la parole et décider à votre place. Le langage est l’expression de ce changement. Je veux être consciente de mes actes – la parole en est un – aller vers ce qu’il y a de meilleur en moi. Je n’ai pas d’autre projet de vie. Faire et dire. Etre et partager. Le combat des idées reste un combat. Sa finalité est de convaincre. Effervescence des mots, maniement des concepts, embrouillaminis. C’est une façon comme une autre de compliquer à l’extrême ce qui est autrement plus élémentaire à comprendre : je suis le problème et la solution.
Alors oui, je vais faire simple dans un monde si tarabiscoté qu’il semble impossible d’entrevoir un dénouement autre que son apocalypse – et peut-être bien qu’il y court, après-tout, ce qui n’est pas une raison pour se précipiter avec lui. Savoir qui on est, se combattre soi-même, vaincre ses peurs. Je veux bien être contre l’autre, si c’est dans une accolade. Tout contre, même.

