Soleil de rocaille - CP Frédérique Martin

Il est temps de dire au revoir à nos amis Tunisiens. Le mois de juin s’achève et je ne voudrais pas être la cause d’une ruée touristique d’une ampleur catastrophique. Déjà, on me dit que les avions se remplissent, que des vieux et des handicapés tentent le pari fou de vacances à haut risque. Par émulation, les jeunes et les valides ne devraient plus tarder.

À tous, je livre une ultime adresse. Adeptes de Gargantua, du beignet de chirkaou, de la kamounia de poulpes et autres spécialités tunisiennes, c’est au Pirate, à Monastir, que ça se passe. Un seul conseil – diète scrupuleuse trois jours avant et trois autres après le repas.

 

 

Méfiez-vous. Dès votre arrivée, on vous servira une soupe de poissons apparemment inoffensive. Profitant d’un claquement de langue réjoui, le serveur embusqué se précipitera sur vous, afin de jeter dix autres plats sur la table. Devant votre ahurissement – Qu’est-ce ? Je n’ai rien commandé – il vous indiquera que ce sont les entrées :
– Me prendrait-on pour une poulette de quatre semaines ? Les entrées, mais bien sûr !
– Si, si, Madame, les entrées, je te jure.

On vous poursuivra ensuite avec un poisson du jour grillé. On vous annonce 300 grs, comptez le kilo. Vous devrez l’engloutir seul, sous le regard attentif du cuisinier. Pour l’agrémenter, quelques légumes le borderont. Chacun son plat et les moutons seront bien gardés. Enfin, l’estocade viendra de la farandole effrénée des desserts qu’un malheureux thé à la menthe ne suffira pas à faire glisser.

Tchin Tchin

Après avoir rampé jusqu’à la voiture – la promenade digestive est exclue – vous pourrez toujours vous rendre à Sousse, dans une certaine famille de ma connaissance, où la maitresse de maison aura eu la précaution de cuisiner un tajine en brik qui comblera vos petits creux nocturnes. Durant le trajet, chaque passage sur un gendarme couché vous valant de grandes frayeurs digestives, leur prolifération vous indignera. On les doit à la famille Trabelsi qui, après éradication de la concurrence, avait obtenu le marché des dos d’ânes et souhaitait le faire savoir. Les ânes ont quitté la place, les dos, eux, sont restés. Inch’Allah.

 

Pour ajouter une note sérieuse, je vous engage à lire la revue émise par le Centre Lebret-Irfed basé à Paris,  Développement et civilisations  dont le numéro double 393-394 est entièrement consacré à ce qui se joue en Tunisie en ce moment. J’ai eu le plaisir d’en rencontrer la Directrice lors de mon dernier séjour dans notre capitale – car oui, je fréquente aussi des Directrices à l’occasion. Raison pour laquelle, nous avons accès à ce numéro en avant première.

Reçus dans une centaine de pays, ce sont dix numéros par an qui donnent la parole à des auteurs de cultures et d’horizons différents. Les articles de fond livrent des clés de compréhension aux questions actuelles de développement, de paix, de justice et de solidarité internationales qui se posent dans un monde interdépendant. Il s’agit d’un réseau d’acteurs de terrain, personnes et organisations engagées sur les différents continents pour un développement humain solidaire. Ils définissent leurs buts ainsi :

– Être utile à ses membres en les faisant connaître et en facilitant des échanges entre eux sur des sujets de préoccupation communs tels que gouvernance et participation démocratique ; diversité religieuse, laïcité, citoyenneté et démocratie ; économie humaine ; etc.
– Apporter sur ces thèmes un éclairage international et produit dans différents contextes culturels ou spirituels ;
– Tirer des enseignements des réflexions des membres du Réseau et de leurs pratiques de développement humain solidaire, pour que « l’expertise de terrain » soit entendue par les décideurs et prise en compte par les politiques nationales et internationales.

 

Avant de nous séparer, amis de Sousse, Diar Soukra, Monastir, Tunis et ailleurs… je voulais vous remercier pour l’accueil et le temps agréablement passé en votre compagnie. Chokran.
Je vous souhaite de conserver votre art de vivre où un rendez-vous pris aujourd’hui, sera peut-être honoré demain.
Où la poésie fleurit sur des enseignes cabossées, où l’esprit critique remplace le désœuvrement, où la révolte n’est pas juste un vain mot.
Un pays où jeunes et vieux se côtoient encore, où les créneaux s’exécutent en marche avant pour ne pas se faire piquer sa place, où des femmes de ménage partagent leur goûter dans les toilettes des dames avec les touristes égarées.
Oui, changez ce qui doit l’être et gardez le meilleur, Yaâychek, c’est ce que je vous souhaite. Sbeh lel khir chez vous.

Bon voyage à tous - CP Frédérique Martin

29 Responses to AGAPE
  1. Agapes, ou agapè? Les deux, sans doute. Billet délicieux et délicat….

  2. Comme je suis la première, je vais en profiter pour te faire un compliment avant les autres qui ne manqueront pas non plus de le remarquer: tu es magnifique sur la photo! (Ce n’est pas une touriste égarée au moins! Sinon quelle bourde!…) Donc disais-je, très belle! Tu voles haut la main la vedette au soleil des rocailles! Sbeh lel khir chez toi!

  3. Ah chouette, j’aime bien ce genre de liens avec le travail fait par le Centre Lebret http://www.lebret-irfed.org/spip.php?article95
    J’ai noté les moules à la provençale sur le carte. Pas de coq au vin pour les bourguignons ? Ah oui, pas de vin.
    Tu auras encore quelques photos à nous mettre ? Elles sont belles.

    • @ Gilles : Oui, j’ai encore des photos, je pense continuer à en mettre en première page. Cela nous mettra un peu en vacances anticipées. Quant au boeuf bourguignon, on ne va pas en Tunisie pour manger à la française, saperlipopette.

  4. Dominique Panchèvre 30 juin 2011 at 13:10 Répondre

    Frédérique, c’est les réminiscences du « bon élève » – un peu fainéant – que j’étais jadis qui m’ont incité à venir sur ton blog, après ton petit billet sur FB, puisque je fais partie de tes 498 amis-FB…
    J’y prends plaisir et j’y retournerai régulièrement pour le renouveler, ce plaisir.
    Côté gourmandise, tu t’y entends pour glisser dans le récit de belles tentations…
    À suivre, donc…

  5. Ce néocolonialisme qui n’ose dire son nom est absolument… ah… ce n’est pas un blog politique. Bon, ça a l’air sympa ce pays. Peut-on y vivre avec 450€?

    (Merci, j’ai la dalle maintenant. Je dois courir jusqu’à la maison!:)

  6. Bon. J’espère que t’as noté des recettes pour mon prochain séjour chez toi, parce que j’adore la cuisine tunisienne.

  7. patrick verroust 30 juin 2011 at 22:11 Répondre

    Un billet , plein d’humour, avec de jolies transitions, mieux que le routard le blog de Frederique M.Vous avez un avenir dans le tourisme pour voyageurs curieux,décontractés qui ,comme vous, veulent sentir les effluves de la vie locale, s’immerger autant que faire se peut. J’ai dégusté l’épisode des dos d’âne.
    Il y a ou avait en Amérique du sud, une voie de chemin de fer constituée de virages successifs ; L’entrepreneur était payé au nombre de rails posées. Pouvez me mettre en relation avec le nouveau pouvoir, j’ai le projet de jeter un pont en deux dos d’âne (en option, il y aurait des ralentisseurs sur le pont).
    Boire de l’eau, vous épanouit si j’en crois la photo.

    • @ Patrick : Vous ne manquez pas d’humour, vous-même. Pour votre excellent projet de construction, je crains queles Trabelsisne soient plus en mesure de l’apprécier à sa juste valeur. Vous pouvez toujours tenter les pays de l’est, vous y avez un avenir, me semble-t-il.

  8. Faut souhaiter qu’il n’y ait pas plus de trous que de crêpes! Et qu’est-ce que ça va dégouliner (la confiture)!

  9. me mettre l’eau à la bouche à cette heure ci ! mais c’est du sadisme ! encore 1h avant dîner… 🙁
    bon sinon je suis venue mettre un comm parce que je me suis fait engueuler sur FB comme quoi ça sert à rien d’être 500 si y a pas de comms à la clé 😉
    pi mademoiselle de K N°2 t’a battue, elle a 534 amis ;-p

  10. Envoyez-moi une série de crêpes… svp… si vous parvenez à les faire… ce dont j’ doute sérieusement… 🙂

    • @ Monch : Faites-moi donc l’insigne honneur de vous propulser jusque chez moi et vous découvrirez mes talents de cuisinières dont peuvent attester plusieurs personnes, j’ai nommé La grande Madame de Sandre, L’excellent Gibi, la merveilleuse Babeth… pour ne citer qu’eux. Cela vous changera de votre pâtée ordinaire 🙂 Et vous profiterez en outre de ma conversation et d’un cadre idyllique.

  11. Frédérique,

    Je ne doute pas de vos talents de cuisinière. Le « s » final indique que vous savez être au four et au moulin…à paroles. Bon, j’ai encore, raté, une occasion de me taire, je peux faire mon deuil d’une crêpe.

  12. Hahaha, j’ai trop ri à ton « ramper vers la voiture », belle Fredaime. Et j’adore cette photo de toi, tu es jolie comme un coeur !
    Merci pour cette géniale balade, encore une fois.

  13. Je confirme, jolie comme un coeur, le vin t’illumine, pas la peine de placer une bouteille d’eau en gros plan pour faire illusion! Dis donc, je profiterais bien d’une certaine proximité pour vérifier tes dires. talent de cuisinière ? Mon oeil! Je ne crois que ce que je mange.

    • Ma pauvre Zoé, ce soir là, j’ai fait ceinture. De la flotte à gogo et pis c’est tout. Sinon, je suis une cuisinière émérite, je vais ouvrir un restaurant, je ne vois que ça. Yé té féré oune spécialité qué tou m’en dira des nouvelles.

  14. C’est bien simple! L’eau je n’y crois pas! C’est un leurre! Ou bien une photo truquée! Et ne nous fais pas le coup de la menthe à l’eau! Je suis entièrement d’accord avec Zoë: « jolie comme un coeur, le vin t’illumine… »

  15. @ Zoë : Mouaaaaaaaaaaaahhhhhhh!! (t’as vu l’effet tunisien?)


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