Être écrivain, dans la majeure partie des cas, c’est manquer d’argent de manière compulsive. Les muses, l’amour de l’art, la passion, toute cette quincaillerie consolatoire indiffère cruellement la société de consommation qui étalonne la valeur d’un individu à ce qu’il gagne et/ou possède. En d’autres mots, tu ne risques pas de payer ta tranche de jambon ou ton loyer avec ça. Pris par la nécessité de gagner sa vie (c’est à dire de la perdre, dans les faits), l’auteur hésite entre deux postures : le jeûne intermittent ou le racolage.

Lorsque les salariés de la culture lui rabâchent qu’il n’y a pas/plus d’argent pour payer une lecture/des frais de déplacements/une intervention/ ses droits d’auteurs/un avaloir…l’auteur grince des dents, usant ainsi prématurément son émail, ce qui n’est pas malin au prix de la couronne.

Pour cette fin d’année 2017, je vais m’éviter des soins dentaires. Le CRL Midi-Pyrénées m’a accordé une bourse de création, pour un roman jeunesse en cours d’écriture. Je les en remercie avec sincérité. Au lieu de galoper pour boucler mon statut 2017, je vais m’échiner à trouver des solutions pour 2018.

Merveille des merveilles, mon amie, l’auteure Fabienne Ferrère, a accepté de me présenter sur le site du CRL, à cette occasion. Pour des raisons qui ne regardent qu’elle et moi, ses mots en particulier résonnent loin dans mon cœur. Grâce lui soit rendue ici pour son amitié joyeuse, son courage, son intelligence et son sens aigu de la dignité.

Parfois, on croit en des ami(e)s et on s’aperçoit, à l’usage, de leur imposture. Parfois, on rencontre un(e) quelqu’un(e) et on s’aperçoit, à l’usage, que c’est un trésor.

 

Grâce à cette bourse et à l’accueil chaleureux d’une de mes atelieristes de l’été, je file dans les monts de Lacaune, entre montagne et forêt, suivre les tribulations de ma petite MichMouch (tout en écrivant aussi un livre pour les grands.)

Et si un mécène voulait s’occuper sérieusement de mon cas, qu’il me laisse un mot, je lui répondrais dès mon retour ! Château en Espagne, rente à vie ou cabane Irlandaise accepté(e)s ! Succès post-mortem assuré.

8 Responses to Écrire sans oxygène
  1. J’adore votre écriture et votre humour.

  2. Frédérique,

    Le bateau prend l’eau ! La « culture » du bien du beau du bon (Dubonnet !?) cède au profitable ennuis du spectacle des danses macabres du show, son arpent de vert pâturage. Plus rien ne tourne rond dans le pré carré du partage. Combien d’arbres qui sont passés de l’ombre propices aux amours innocentes au statut de piquets supportant en silence le grésillement des barbelés électrifiés.

    Il nous reste la joie de la lutte et si le ventre se creuse devant le buffet aux portes grinçantes, alors brûlons-le !

    En littérature je relie mes ratures, je relis vos griffures et quand des mains le livre me tombe par déni de justesse je ne me laisse pas impressionner, je m’en vais en forêt saluer les livres que je n’ai pas publié.

  3. Je suis très contente de lire cette bonne nouvelle, Frédérique, quoique bien sûr je préférerais que tu ne manquât jamais d’argent ni de tranche de jambon ni de loyer. J’espère bien pouvoir lire ce roman prochainement et le faire lire aux quelques jeunes que j’éducationnationalise 🙂
    Bises

  4. Je vous souhaite de rencontrer de nombreux trésors dans votre parcours de (sur)vie.
    Amitiés


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