Jusqu’à récemment, le pauvre poubellisait peinard, quand on a décidé de le taxer pour son bien et celui de la collectivité – 38 euros chaque fois qu’on le surprendra la main dans le bac à ordures, en train de composter avec ses dents. Le haro général aurait pu jeter l’opprobre et en faire douter plus d’un. Mais fort heureusement, il s’avère qu’on avait doublement raison. Non seulement le gueux passe outre les conseils avisés …

… mais il trouve encore le moyen de tomber malade et d’épuiser dame Sécurité Sociale.

En bon vif-argent, L’assemblée nationale députe :

– Le pauvre est souffreteux, le pauvre est maladif ? Réduisons ses indemnités journalières ! Il se retiendra.
– C’est insuffisant, le pauvre est sournois, il est même vicieux. Souvent il fume !
– On l’éteindra !
– C’est parce qu’il ne sait pas lire. Ou alors il s’en fout. Honte à lui et plutôt deux fois qu’une. Tournée générale, on augmente le tabac.
– Bien qu’on le prive de travail, qu’on le pousse à la rue, qu’on lui interdise la caravane, qu’on éloigne le bord de mer et qu’on lui fasse sentir le sapin, le pauvre s’entête, le pauvre s’accroche. Il prétend même devenir vieux. Quelle outrecuidance ! Il gagne trop, c’est là ou le débat blesse. Qu’on le cerne avec les impôts, qu’on l’accule dans un coin…
– Attention à ce que vous dites !
– … qu’on l’assomme, qu’on réchauffe la serre pour qu’il sue, qu’on le prive d’eau et qu’on lui présente la note !
– Excellentes suggestions. Autre chose ?
– Réintroduisons la peste bubonique !
– Adopté. Mais encore ?
– On pourrait éradiquer ses petits durant les heures de cours.
– Vous ronflez ou quoi pendant les réunions ? Il y a quelques décennies que le plan fonctionne. Soyez neuf, inventif en un mot : pharmacologue ! Ne suis-je entouré que de vieilles badernes ?
– Moi, j’ai bien une idée…
– Allez-y, Tonnerre de Paris-Brest, pendant que vous ergotez, ils se reproduisent.
– Interdisons le pauvre.
– ???
 – On le reconduit à la frontière, on l’expédie dans les pays du même nom et nous voilà peinards.
– Pardon, mais qui va-t-on taxer ? Qui va faire notre ménage ? Qui va turbiner dans nos usines ? Vous  Monsieur le Député ?
– Autant pour moi.
– Relevons la séance, le débat suivra peut-être. Bref, pour le communiqué de presse, c’est Christine qui s’y colle, ça sera plus crédible.
– Ah bon ?!
– Oui et tu diras : « Nous avons le souci de la justice sociale, croyez-nous ».
– Ah bon !? Si vous le dites, Monsieur le Président.
– Je l’affirme. Passons aux handicapés.
– Justement, à propos des femmes… ?
– Pas le temps.
– C’est quoi un handicapé ?
– C’est un pauvre auquel il manque un truc.
– Ah, mais toujours à se plaindre !

33 Responses to Pauvre et bien malade
  1. L’indifférence a pris du galon,elle est générale. les luttes et les débats sur l’exclusion sont pauvres,,les décideurs en parlent mais on sent bien qu’il est exclu de mettre en œuvre les politiques qui l’éradiqueraient. Il y a d’un côté les hyper riches avec leurs laquais des classes moyennes. Ceux là peuvent aller au pôle nord ou sud,dans des hôtels de luxe, de l’autre la masse croissante des sacrifiés sur les autels de la rentabilité boursière, ils ont pôle emploi, rien que pour eux, les veinards. Ce statut là, n’est pas précaire, ils ont la sécurité de l’inemploi de longue durée.La déclaration des droits de l’homme est bafouée. Il y a des formes subtiles d’assassinat, qui ne font pas partie du code pénal. Elles tuent tout autant, sont criminogènes, délitent la société mais les bénéfices dans les industries de luxe sont en croissance et Peugeot a un matelas de 11 milliards qu’il ne faudrait pas souillés avec de la morve de pauvres.

    • @ Patrick : En écoutant les infos – ce que je ne fais plus qu’exceptionnellement – j’ai entendu parler de licenciements malgré un bénéfice confortable de l’unité de production concernée. C’était dans le domaine pharmaceutique, je crois. Je n’ai pas eu le temps de saisir le nom. Je me suis dit qu’une texe maximale sur tout licenciement injustifié devrait rapidement remplir les caisses de l’état (qui s’empressera de les vider). Et puis juste après, j’ai entendu cette phrase dans la bouche d’une Député UMP, au sujet de la réduction des indemnités journalières : Nous avons le souci de la justice sociale, croyez-moi ». Et là j’ai dégoupillé.

    • @ M : J’ai travaillé quelques années pour un type qui était complètement tordu et me surveillait comme un maton. On ne s’imagine pas ce que c’est cette pression d’une hierarchie qui finit par faire douter ses employés d’eux-mêmes. Ni jusqu’où elle peut mener celle ou celui qui la subit.

  2. Ah tiens, on parle de la même chose. pas de la même façon. Excellentes illustrations. J’aime particulièrement la 2. Actuellement on a envie de vomir à peu près chaque fois qu’on ouvre un journal. Grâce à ton humour, on peut au moins rire, même si c’est un peu jaune. Merci Fredaime.

    • @ Zoé : Oui, j’ai vu ça Zoé. J’ai particulièrement aimé le moment de grâce et d’équilibre (même s’il est précédé d’une pub sur un jeu vidéo de guerre. Moaurf). Rire jaune, oui. Et grincer des dents.

  3. Mon Dieu, Frédérique, quelle justesse dans « Pauvre et bien malade » ! Merci de « remettre » quelques pendules à l’heure… Les « bien-pensants » devraient lire ton article et réfléchir, un tout petit instant, aux méfaits de l’ignorance des « masses » !
    Belle journée de la part de Pierre

  4. « Nous avons le souci de la justice sociale, croyez-nous ».
    Ah! Oui, je l’ai entendue hier soir aux infos, cette horrible petite phrase glissée dans un sourire par une dame BCBG. GRRRRRRRRRRR!!!!

    • @ Fabeli : Nous avons entendu la même. Ce cynisme et cette arrogance m’ont stupéfiée. Envie de gifler la nana qui ose dire un truc pareil. De la colère, absolument, c’est ce que j’ai ressenti et que je ressens encore rien qu’en l’évoquant.

  5. Eh, oui, Frédérique, le pauvre est trop nombreux et devient encombrant. Nous n’avons plus besoin de ses bras inutiles. Il faut l’affamer, l’éliminer, il ne rapporte rien. L’éradication programmée (oui, oui) prend de l’ampleur malgré les révoltes de la faim et les campagnes de charité – il faut tout de même sauver les apparences. Tuons le pauvre ! Pillons ses terres arides mais riches, en sous sol, de promesses énergétiques ! Ne gardons que quelques soutiers exotiques maintenus en survie à la limite de leurs forces, incapables de révolte – mais, on ne sais jamais, employons-en quelques uns dans la police et l’armée, et ne les nourrissons pas trop pour leur garder leur capacité de carnage et de pillage. Ah, oui, il faut maintenir aussi un petit cheptel de pauvres en occident, qu’on les voit morts de froids dans les rues, comme un avertissement pour ceux qui aurait la tentation de crier à l’injustice. Une promesse pour ceux qui oublieraient leur rang de valets. Assurez-les surtout que la démocratie sera pour eux une garantie de justice- Ceux qui resteront serviront, comme à l’accoutumée, leur rente aux puissants insatiables. A croire qu’ils ont des milliers de vies, ces nababs, pour pouvoir épuiser le trop plein de leurs richesses accumulées. Ah, prendre son bain dans une baignoire en marbre dont les robinets d’or crachent du lait d’ânesse ou du sang de jeunes vierges ! Mais, pas trop vite, sauvons les apparences, les temps ne sont pas encore venus du génocide autorisé (par qui?). Quelques rêveurs marginaux croient encore échapper au grand décervelage médiatique et agiter les foules. Que faire d’eux ? Chauffons peu à peu l’eau de leur quotidien, ils seront cuits avant de s’en rendre compte, vomissant leur démocrasse et pleurant leur lâcheté. Eux ? Nous en sommes !

    Lire le dernier livre de Jean Ziegler : Destruction massive. Géopolitique de la faim (Seuil)
    Et son interview ici :
    http://www.presseurop.eu/fr/content/blog/1057651-jean-ziegler-bruxelles-est-d-une-hypocrisie-sans-nom

    • @Joel : Desosser les banques Mouahahahah, on en rêve tous. Il m’est insupportable (et le mot est faible) de savoir que des gens meurent de faim. Il m’est insupportable d’allumer mon chauffage le soir parce que j’ai froid, de préparer une soupe de légumes, de fermer mes volets en sachant que ces geste sont devenus un privilège.

    • @ artotal : Ils devraient pointer quatre fois par jour. Et nous ne reparlerons pas du cumul des mandats, n’est ce pas ? Chacun défend ses avantages, c’est le problème. Le bien commun, cela ne veut plus rien dire. Plus ont dévoie les mots et plus leur sens se dilue. La démocratie est un masque désormais.

  6. moi j’ai une bonne idée pour éradiquer les pauvres : enrichissons les pauvres ! augmentons le smic et les allocations familiales, remboursons mieux les soins médicaux, payons les ouvriers du tiers-monde au juste prix, ne cultivons pas des palmiers à huile sur les terres des pays pauvres mais laissons aux paysans locaux leurs cultures vivrières, … bon je rêve un peu là… mais faut rêver !

    • @ MadamedeK : Voilà une idée novatrice à laquelle personne ne semble avoir pensé. Enrichir le pauvre, non mais, où va-t-on ?! Et que devient le riche dans tout ça. Tu y as pensé, petite irresponsable ? Le riche a des problèmes lui aussi, MAIS TOUT LE MONDE S’EN FOUT ! Quelle tragédie. Et tu voudrais augmenter cette population en souffrance. Ah, non, mais quel humanisme, je te jure !

  7. J’ai esquissé, il y a quelques années, très brièvement, une alternative à la situation tragique de l’habitat des pauvres et des riches. Les deux voies suivent les lois du marché. Si la première et divine, la seconde est diabolique. On s’enferre dans la seconde. Ça va exploser.

    http://www.lesmarges.net/files/bd1da45556960fa6aecefbe86be91bbd-769.html

  8. Il s’en raconte des fredaines sur ce blog, il est nécessaire de rappeler quelques principes premiers.

    Une société a pour vocation d’améliorer le sort de ses membres, d’éradiquer la pauvreté, entre autres, d’assurer une juste distribution des richesses. Ces deux finalités sont mal comprises. La société régule par l’impôt ,cassé, parfois. Si elle taxe les riches, elle les appauvrit ce qui va à l’encontre du but sociétal.Si elle taxe les pauvres, ils resteront pauvres, un peu plus peut être, mais les riches auront prospéré, convaincus de leurs mérites, ces prospères mérités. Pour être franc, quelques euros de plus ou de moins, est que cela change le niveau de vie de qui ne peut pas épargner pour participer à l’effort de consommation, effort civique dans une société marchande? Il n’y a pas de raison d’épargner qui ne peut pas épargner. Si les utopistes bâtissent des châteaux en épargne , il ne viendrait à l’idée de personne, un tant soit peu censée, de distribuer de la pauvreté. Ce n’est pas facile de distribuer de la richesse, de la pauvreté ,alors! Comment distribuer cette notion impalpable de pauvreté composé de rien, pas de trois fois rien ,ce qui serait, déjà,quelque chose, non,de rien de rien.D’ailleurs , on devrait imposer le rien, les pauvres en feraient tout une affaire, ce qui serait le début du sens des affaires, ils découvriraient, vite, qu’ils ont quelque chose. Payer pour ne rien avoir, voilà le luxe suprême, la superbe élégance, voilà qui est très tendance, à la hausse.
    Bien malades les pauvres, peut être mais bien, moins que les riches. Il suffit de lire la répartition des dépenses de santé pour constater que les plus aisées sont ceux qui sollicitent le plus le systéme de soins. Ils mènent des vies de fous, ont le plus d’affections. Tellement d’affections que, tout un chacun peut en déduire qu’ils sont aimés pour leur argent, content ou faisant semblant de l’être. Être riche est un état fragile, en sortir est plus douloureux que de sortir de la pauvreté, il y a de quoi avoir des angoisses existentielles, luxe barbare que ne peuvent s’offrir les pauvres confrontés à des angoisses substantielles. les riches méritent d’être plaints , les pauvres. Un riche peut être pauvre, vivre un état de manque. Le pauvre ,tout lui manque, même le respect. Il survit par sa seule force d’âme.Chapeau! N’oubliez pas de mettre une pièce dans le chapeau quand vous verrez un pauvre et d’aider un richard à ajouter une pièce dans le château. Vous remarquerez,au passage, que nos sujets d’admiration sont les riches, leurs demeures , leurs collections. Qui aurait l’idée saugrenues d’aller visiter les taudis insalubres des pauvres, heureusement, périssables. Les pauvres, on ne peut pas les voir en peinture, sauf dans les galeries des riches. Merci, les riches de conserver le souvenir de quelques pauvres à la trogne si trognonne !

  9. @federique : S’asseoir sur les trottoirs ? Mais enfin, c’est interdit ! Et je crains très sérieusement qu’on légifère bientôt sur la possibilité même de s’asseoir. Y a du boulot en veux-tu en voilà, fainéants !

    • @ JP : C’est vrai que le pauvre est fainéant, c’est de notoriété publique. Souvent, il est aussi alcoolique, mais fort heureusement, cette joie ne lui est pas réservée. Car le riche, pour tenir le pays tout seul à bout de bras, a bien besoin d’un remontant.

  10. Nicolas Baverez estimait sans complexes que, autant la réduction du temps de travail est « appréciable pour aller dans le Lubéron, autant, pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance »
    http://www.acrimed.org/article1297.html
    Heureusement que la pauvreté les brident sinon ils seraient capables de s’offrir des orgies avec des escort girls qui coutent un œil!

    • @ Zoé : Il ne faut pas avoir peur de lire des conneries monumentales surtout quand on sait que l’alcoolisme et la violence conjugale touchent toutes les catégories sociales sans exception.

  11. Ouais, déprimant… N’ont pas réintroduit la peste bubonique, juste la tuberculose, mais c’est amplement suffisant, hélas.

  12. Ce que je voulais faire, Frédérique, en parlant de « l’ignorance des masses », c’est rapprocher les méfaits de l’obscurantisme des moyens d’information actuels, à ceux causés par les « divisez pour mieux règner » ou « donnons-leur du pain et des jeux », qui ont porté leurs fruits jadis et continuent aujourd’hui sous d’autres formes (foot, jeux télévisés stupides, etc…) – Pierre

  13. Il n’y a pas de quoi rire, et pourtant j’ai envie. (Le dernier dessin est terrible.) Donc, faire les poubelles coûterait 38 euro? C’est une (mauvaise) blague?

    J’avais parcouru je ne sais plus quelle étude d’un économiste qui avait assez d’humour pour démontrer qu’un citoyen bénéficiant du RSA payait proportionnellement cent ou mille fois plus d’impôt qu’un cadre moyen, avec les impôts indirects bien sûr, TVA, taxes, etc. Je ne suis pas sûr du chiffre mais c’était effarant quand même!

    Bon, ça ne résout pas la question, certes…

    • @ Depluloin : Non ce n’est pas une blague ou alors c’en est une version Etat Français. C’est l’amende qui peut tomber sur tous ceux qui s’amuseraient à récupérer de la nourriture dans les poubelles. Non, mais c’est qu’on est dignes en France. On a le droit de mourir de faim, en paix avec sa conscience et les impôts.
      Riez, parce que c’est bon pour le moral et pour la santé.
      Si il existait une solution simple, vous pensez bien qu’on éliminerait tous ceux qui la revendiqueraient. Donc c’est mieux pour vous de ne pas en avoir.

  14. Si je comprends bien vous demandez que les pauvres puissent déguster sans emmerdes le contenu des poubelles, c’est ça ?


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