Crédit photo Frédérique Martin

C’était il y a quelque temps déjà, une émission sur France 3 : un an dans le commissariat de Roubaix. Mensonges, filouteries, violences diverses… le joyeux quotidien d’inspecteurs revenus de tout. On les bassine pendant des heures avec une plainte aussi mal ficelée que le turban talibanesque des soi-disant agresseurs. Impassibles, ils conduisent peu à peu le plaignant à s’intéresser à un certain article du code pénal qui traite des fausses plaintes. Comme ça, mine de rien.

Extérieur nuit : En pleine rue, ils s’opposent à un mec demi-nu – un rouleur de pectoraux – enflammé par un repas familial trop arrosé. Coups de gueule et coups de couteaux, c’est sa manière de trancher les conflits de tablée.

On met le feu à une maison. Baladés de dénonciations mensongères en faux suspects en fuite, ils ne sont pas dupes de ces deux femmes qui reconnaissent si bien les incendiaires imaginaires. Et ils le leur disent, malgré l’air offusqué de leur glorieuse complainte : je ne vais quand même pas avouer quelque chose que je n’ai pas fait. Ben voyons.

C’est pourtant elles qu’on va retrouver quelques mois plus tard – les innocentes – mais pour une affaire beaucoup plus grave, puisque c’est leur vieille voisine qu’on vient d’assassiner dans son lit. Les deux amies ont appelés le 18 avec des voix tremblantes de femmes affolées, cadenassées chez elles parce qu’elles ont entendu du bruit. Venez vite, parce qu’on a vraiment peur. Peur ? Certes. Mais pas d’en rajouter.

Il y a Annie, cheveux courts, l’air effaré et Stéphanie, une belle brune, qui parle sans arrêt de son gamin que personne ne voit jamais. Et ça boit, ça se dispute, ça se cogne, ça se fait croire que ça s’aime, quand ça n’éprouve rien pour quelqu’un d’autre que soi. Pas idiotes, pas dégénérées, pas abruties, ni débiles, ni folles, rien de tout ça. Ordinaires. Indignées qu’on ose les interroger, jurant sur la tête du premier venu qu’elles n’ont rien fait à part leur devoir civique.

Au commissariat de Roubaix, on en a vu d’autres, on connaît l’air et la chanson. A vous dégoûter du genre humain si on n’y croit pas dur comme fer. Alors ils y vont en douceur, les inspecteurs, avec patience, une dose de colère de temps à autre, une cigarette pour laisser croire que la pression pourrait redescendre. Respire un grand coup qu’ils lui répètent, comme à une primo parturiente.

Afin qu’il sorte plus vite, ce nouveau-né récalcitrant, ils prêchent le faux pour obtenir un vrai qu’ils ont déjà deviné. Et les deux jeunes femmes qui, juré, craché, que j’aille en enfer si je mens, lâchent prise petit à petit.

Elles étaient chez elles sans bouger, et puis les voilà devant la porte de Micheline. Et puis une est entrée, et puis non, ce sont les deux finalement. Mais elles sont ressorties aussitôt promis, la vérité vraie maintenant avec des canettes de bière et quelques flacons de javel. On pleure un peu, c’est qu’ils foutent la trouille ces inspecteurs, avec leurs voix douces et leurs promesses d’en prendre pour vingt ans. Mot après mot, répugnant à céder d’un petit pas – on les comprend – elles finissent par les monter ces escaliers, par la voir cette Micheline qu’elles aiment bien, par lui prendre son oreiller, et puis voilà, hein, c’est la vie

Alors on les confronte, parce que l’une accuse l’autre et vice versa. Tout le monde était là, mais personne n’a étouffé la vieille. Oh, Annie, ne me fais pas ça ! Gémit la brune. Parce que c’est moi ? Répond l’autre en secouant la tête. C’est beau l’amour entre une brunette qui tient les rênes et l’autre qui affectionne au-dessus de ses moyens ( à suivre…)

87 Responses to Agonie à Roubaix (première partie)
  1. @FM. J’ parle toutes les langues quand j’ai bu ou quand j’ai r’çu l’esprit saint. Mais plus souvent quand j’ai bu, j’ dois dire.

  2. Mais nous avons le privilège de fréquenter un blog international! Il va falloir aiguiser les crayons et tailler les plumes. Tous aux encriers!

  3. Allez, un magnifique p’tit poème. Ah ! quelle malchance pour ceux qui ne lisent pas l’italien !!! 🙂

    A mia moglie

    Tu sei come una giovane
    una bianca pollastra.
    Le si arruffano al vento
    le piume, il collo china
    per bere, e in terra raspa;
    ma, nell’andare, ha il lento
    tuo passo di regina,
    ed incede sull’erba
    pettoruta e superba.
    È migliore del maschio.
    È come sono tutte
    le femmine di tutti
    i sereni animali
    che avvicinano a Dio,
    Così, se l’occhio, se il giudizio mio
    non m’inganna, fra queste hai le tue uguali,
    e in nessun’altra donna.
    Quando la sera assonna
    le gallinelle,
    mettono voci che ricordan quelle,
    dolcissime, onde a volte dei tuoi mali
    ti quereli, e non sai
    che la tua voce ha la soave e triste
    musica dei pollai.

    Tu sei come una gravida
    giovenca;
    libera ancora e senza
    gravezza, anzi festosa;
    che, se la lisci, il collo
    volge, ove tinge un rosa
    tenero la tua carne.
    se l’incontri e muggire
    l’odi, tanto è quel suono
    lamentoso, che l’erba
    strappi, per farle un dono.
    È così che il mio dono
    t’offro quando sei triste.

    Tu sei come una lunga
    cagna, che sempre tanta
    dolcezza ha negli occhi,
    e ferocia nel cuore.
    Ai tuoi piedi una santa
    sembra, che d’un fervore
    indomabile arda,
    e così ti riguarda
    come il suo Dio e Signore.
    Quando in casa o per via
    segue, a chi solo tenti
    avvicinarsi, i denti
    candidissimi scopre.
    Ed il suo amore soffre
    di gelosia.

    Tu sei come la pavida
    coniglia. Entro l’angusta
    gabbia ritta al vederti
    s’alza,
    e verso te gli orecchi
    alti protende e fermi;
    che la crusca e i radicchi
    tu le porti, di cui
    priva in sé si rannicchia,
    cerca gli angoli bui.
    Chi potrebbe quel cibo
    ritoglierle? chi il pelo
    che si strappa di dosso,
    per aggiungerlo al nido
    dove poi partorire?
    Chi mai farti soffrire?

    Tu sei come la rondine
    che torna in primavera.
    Ma in autunno riparte;
    e tu non hai quest’arte.

    Tu questo hai della rondine:
    le movenze leggere:
    questo che a me, che mi sentiva ed era
    vecchio, annunciavi un’altra primavera.

    Tu sei come la provvida
    formica. Di lei, quando
    escono alla campagna,
    parla al bimbo la nonna
    che l’accompagna.

    E così nella pecchia
    ti ritrovo, ed in tutte
    le femmine di tutti
    i sereni animali
    che avvicinano a Dio;
    e in nessun’altra donna.

  4. Un regard sur les femmes dans un monde en basse-cour !
    C’est dédié à la femme de qui, mon chien ?

  5. @Monch: Umberto Saba e uno grande poeta contemporaneo. Che bella poesia dedicata alla sua moglie! Una poesia per paragonare la sua moglie a parecchi animali della terra. E una poesia del amor! Grazie Monch!

    • @ Babeth 31 : Je m’incline devant ta science et ton talent ! Je suis éblouie.
      @ Saravatti : J’ignorais que l’Italie avait autant d’amis chez moi. J’en suis ravie.
      @ Monch : Que cosa bella, la poesia !

  6. @FM (Force Majeure). J’ suis bien heureux de constater que Saba n’est pas totalement inconnu.

    Grazie a lei, trentuno ! 🙂

  7. Pouf pouf! Pour une fois!

  8. @ Babeth
    Grazie per l’informazione, ho trovato le opere di Saba (1883-1957) in una antologio di poesia contemporanea.
    Questa poesia : un modo di dimostrare la superiorità di animali su l’uomo ?

    @ Frederique
    Qui n’aime pas l’Italie ne la connaît pas ! Les Italiens, c’est parfois autre chose …

    • @ Monch, Babeth31 et Saravati : Je n’ai pas le niveau pour continuer, je vous laisse la main. Mais je l’affirme pour y être allée : j’aime l’Italie (et les italiens, certains… Vous savez comment je suis- tellement gentille et idéaliste :0) :0) :0) )

  9. Tant que j’y suis, je peux signaler que l’œuvre poétique de Saba, connue sous le titre « Il Canzoniere » (allusion plus que transparente à Pétrarque) a été publiée il y a plusieurs années à l’Age d’Homme ; que divers ouvrages de prose sont chez Rivages, et qu’il existe même un petit volume regroupant des lettres à sa fille chez « L’atelier de la feugraie », sans oublier son roman plus ou moins autobiographique « Ernesto » aux Editions du Seuil.
    Le mieux c’est tout de même de le lire en italien.

  10. Oh, j’oubliais de préciser que ce cher Umberto Saba, si amoureux de sa femme, était un homosexuel à tendances pédophiles— tendances qu’il a combattues toute sa vie durant et dont on retrouve des traces dans certains poèmes très explicites.

  11. Ah bon! Je l’ignorais; de tels détails étaient hors programme quand je fréquentais le lycée.
    @Savarati: Que Monch corrige si je me trompe, mais je suis certaine qu’il ne faut voir aucune moquerie, pas d’ironie et encore moins de satire dans cette poèsie. C’était vraiment une poèsie d’amour.

    • @ Babeth 31 : Au programme du lycée, même de nos jours, ne figurent pas les préférences sexuelles et/ou le goût que certains auteurs peuvent avoir pour les enfants, quelle que soit leur nationalité. A part, peut-être, pour le marquis de Sade. Ou alors ce sont des profs dissidents, voire de dangereux terroristes à la solde de la gay pride :0)

  12. Le poète grec, employé de bureau, Constantin Cavafy était aussi homosexuel, lui aussi a écrit de superbes poésies d’amour, mais plus explicites quant à ses penchants…
    Il a détruit une partie de ses oeuvres ne gardant qu’une petite sélection de ses textes.

    Et puisque les digressions sont autorisées et que les extraits semblent ici acceptés par notre charmante hôtesse : un texte de Cavafy (ou Kavafis)
    (ici pas de traces de femmes criminelles ou idéales !)

    Vous avez raison, Frederique, ne croyez pas tous les Italiens, il ne faut en aimer que certains et encore triés sur un étroit volet !

    Jours de 1903 (1 917)

    Jamais je ne les ai retrouvés, ces choses si vite perdues.

    Les yeux pleins de poésie, le pâle visage

    dans la rue où le sombre descend.

    Jamais je ne les ai retrouvés, ces choses conquises par hasard,

    que j’ai laissé se perdre si aisément, mais qu’ensuite

    j’ai désiré si fort avec angoisse.

    Les yeux pleins de poésie, le pâle visage, et ces lèvres

    dans la rue où le sombre descend.

    Jamais je ne les ai retrouvés.

    Ses poèmes ont été traduits notamment par Marguerite Yourcenar

  13. @BB31. Vous avez raison, il n’y avait aucune moquerie de la part de Saba. Il était très amoureux de sa femme. Le poème est merveilleux.

  14. Pour Monch, sans doute !
    Mais en ce qui me concerne, mon érudition est très effilée et plutôt ciblée ! Il m’arrive simplement de sortir parfois de ma torpeur hivernale.
    Merci à vous, Frederique !

  15. Bon, ben je vais boire un coup, j’en peux plus d’apprendre! Et ce soir je vous cause le moldave!!

    Je vous ai raconté le comble pour un flic du Nord? Oui? bon.

    • @ Depluloin : Le Moldave ? Pas de problème, sur ce carnet on parle toutes les langues (ou presque). On vous attend de pied ferme. Vous aurez qu’à nous raconter des trucs sur Sophie Marceau :0) (Et vos commentaires, c’est arrangé ?)

  16. Mais pourquoi j’ai pas fait italien première langue ?????
    (et pourquoi tout le monde entend l’italien sauf moi ?)

  17. Ben, pour rester en Italie, une chanson que j’adore. Lucio Battisti, c’est pas rien…

    http://www.youtube.com/watch?v=4DVwlFUERBs

  18. Et un poème de la plus grande poétesse du 20ème, morte il y a trois mois— Alda Merini. Une femme magnifique.
    C’est beau comme une plaie. Elle était croyante mais on peut pas dire que la croyance lui apportait la paix et la sérénité. Amante, buveuse, jouisseuse, dingue, sage, ogresse, maternelle… et on peut continuer comme ça longtemps…
    Ce texte est une merveille.

    Veleggio come un’ombra
    nel sonno del giorno
    e senza sapere
    mi riconosco come tanti
    schierata su un altare
    per essere mangiata da chissà chi.
    Io penso che l’inferno
    sia illuminato di queste stesse
    strane lampadine.
    Vogliono cibarsi della mia pena
    perché la loro forse
    non s’addormenta mai.

  19. Une traduction rapide à parfaire mais qui donne une idée.

    Je navigue comme une ombre
    dans le sommeil du jour
    et sans savoir
    je me reconnais comme tant d’autres
    rangée sur un autel
    pour être mangée par qui sait qui.
    Moi je pense que l’enfer
    est illuminé par ces mêmes
    étranges lumières.
    Elles veulent se repaître de ma peine
    parce que la leur sans doute
    ne s’apaise jamais.

  20. « je ressemble à tant d’autres »

    est mieux pour le 4ème vers.

  21. Merci, Monch’, pour ces découvertes.

  22. Très belle poèsie pour laquelle la langue italienne convient à merveille. Mais la traduction est superbe et fidèle. Molto grazie monch!

  23. Ah en français, c’est encore plus beau en effet! Merci, merci.

  24. Eh ben moi ma maman, elle parle italien!

  25. @Depluplu: avec l’autorisation de Frédérique, voici une pensée du jour qu’il va falloir méditer longuement, sereinement (y’a pas l’feu) et à jeun:
    Confucius a dit: « Si tu choisis l’incinération, sache que ce sera ta dernière cuite, tandis qu’enterré, tu auras toujours une chance d’avoir un petit vers dans le nez ».

  26. Ah! ah! ah! … Je modifie de suite mes dernières volontés!! … Ah celle-là il faut que je la note! … (En plus de tout, ma maman est drôle!!)


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