C’est vertigineux, nous n’avons pas eu le temps de savourer la séparation que nous voilà au moment de se retrouver. Durant ce peu de jours, rapine au quotidien, j’ai pensé à ceux que je laissais, à ceux qui attendraient mon retour, à vous, à toi et parfois à d’autres. J’avais enfin du temps pour arpenter les bois humides,  tisser le rideau de pluie ou renverser les ciels incandescents. Du temps. Il faut croire que nous sommes en guerre, la pénurie est constante.

A quoi d’autre ai-je pensé, quand je n’écrivais pas ? Qu’en définitive, j’étais sans doute bien trop gentille, que j’avais besoin de croire en l’homme par incapacité à me tenir debout devant le mal absolu, que j’aimais les nouvelles et qu’elles me le rendaient bien, que je serais infoutue d’écrire les 360 pages du monologue de Monkey comme Tristan Garcia ; ce qui a réveillé mes incertitudes les plus cruelles sur ce qu’est un véritable écrivain – ils le sont tous sauf moi.

J’aurais voulu pouvoir rester là, assise des heures durant, à écrire, à inventer ma langue, qui n’est sans doute pas si somptueuse, si énigmatique, si renouvelée que d’autres – mais qui a le mérite d’exister et d’être mienne. Oui, j’aurais voulu pouvoir rester là ; ou, quand écrire s’épuise,  me lever et partir droit devant, sans plus réfléchir, sans prévenir personne, sortir et marcher jusqu’à rencontrer la fatigue.
Je ne m’employais qu’à ça – retarder le plus possible l’instant où le glaviot de la vie me reviendrait en pleine gueule.

 

C’était à Puech Noly, le film ci-dessous est une histoire pour vous.

108 Responses to … qui ne saurait tarder.
  1. C’est pas juste! Tu m’as piqué le 100ème!

  2. @ Babeth : Et un bon coup de main?! Un beau, un gros?

  3. @Depluplu: j’suis pas contre du tout!

  4. … « ne saurait tarder. » (le retour). Frédérique, c’est très indiscret mais vous voyagez avec combien de valises? Autant à défaire au retour, soit, mais tout de même! 🙂

    • @ Depluloin : Mais vous lisez dans mes pensées ! Je me demandais si quelqu’un allait se servir du titre pour me demander  » A quand le prochain ». Ce soir Depluloin, j’y travaille en ce moment même. (Comme vous êtes le seul à vous y interesser, je vous livre même le titre en catimini : « Le goût des choses – 1ère partie ». Chut, à ce soir).

  5. On aime bien le: « ne saurait tarder » !


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