Mon ami, l’auteur Gilles Bertin (pas le chanteur punk toulousain braqueur de banque, l’autre), dit que je suis la plus british des auteures françaises (qu’il connaisse). Il m’a d’ailleurs offert l’indispensable théière qui complète ma panoplie constituée de bottes en caoutchouc fleuries, d’un parterre de roses, d’un sécateur, d’un Border-Collie, du sens de l’humour et de quelques cadavres dans le jardin.

Je ne fais pas mystère de mon amour immodéré pour les auteurs anglo-saxons, modèles parmi mes modèles : anglais, irlandais, gallois, écossais. J’ai visité Londres dans un Kway rose-so-chic en compagnie de mon guide assermenté, la fulgurante Florence Thinard qui est capable de s’orienter en observant le sens du vent dans les poils d’un Main Coon.
J’ai battu des mains devant les cabines téléphoniques, sauté de joie dans l’étage du bus en direction d’Acton Green, flâné dans Hyde Park avec la mélancolie requise. J’ai goûté aux fisch & chips et aux redoutables buns du non moins redoutable breakfast. j’ai bu une(s) pinte(s) dans un pub blindé d’autochtones étourdissants. Je me suis inclinée devant la Tamise en hommage aux multiples corps que les Reines du crime y ont abandonnés.
Je suis entrée chez Fortnum & Mason et n’en suis toujours pas ressortie.
Un Gentleman m’a traitée de Lady au tea time ; je ne m’en suis pas remise.

Alors, quand l’auteure irlandaise Hilary McGrath m’a contactée en octobre dernier, se proposant de traduire « J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus) » dont elle m’avait entendu lire la première nouvelle à Festilitt, je me suis pâmée dans la plus pure tradition victorienne. Oh my God ! me suis-je écriée avant de respirer des sels. « I’m considering selling you (I’m thinking about it more and more) » !

La proposition d’Hilary ouvre des possibles dont j’ai toujours rêvé – Être traduite, publiée et lue dans la langue de Shakespeare. Nombre de traducteurs littéraires empruntent ce chemin pour faire connaître leur travail. C’est une aventure dans laquelle nous nous jetons toutes les deux avec enthousiasme, sans savoir si nous pourrons la voir aboutir. Chaque information, chaque contact et toutes les mains tendues seront les bienvenues ! En un an, Hilary a traduit plusieurs nouvelles et la qualité de sa traduction a été remarquée par la revue Asymptote. Nous voici donc aujourd’hui dans le numéro d’octobre avec The Despair of the Roses, dont vous pouvez lire la version anglaise qui débute ainsi :

I sold my mother the other day. At the market in Saints-Sauveurs, the one that’s open to the public twice a year like in many large towns. I wanted to take care of the sale myself rather than handing her over to one of the merchants. They may know all the right things to say but they don’t always keep their word. Don’t think that I don’t love my mother. I said to her—I love you, Mum. Don’t ever forget that—but the day comes when you have to move on from your parents and let go of the apron strings. My father has been dead for some time so this question never arose with regard to him.

J’y découvre avec l’enthousiasme du sapin de Noël ma BB (British Bio) et le sommaire des New voices in French Litterature où mon nom figure à côté de Pierre Jourde et Valentine Goby. N’en jetez plus, la coupe est pleine !

Dans un prochain billet, je vous présenterai la version sous-titrée du court-métrage tourné par le réalisateur Hugo Moreau. En attendant, pour remédier à votre impatience frénétique, je vous laisse sur l’illustration de cette parution réalisée par Jiin Choi dont la bio nous dit qu’elle est auteure/illustratrice/designer, qu’elle travaille pour le théâtre et le cinéma et qu’elle habite à… New York !!! Oh my God, vite, mes sels !

 

10 Responses to To be (or not to be) translated
  1. Long live, Frédérikeke !

  2. Oh yeah! It’s amazing!
    Je lirai avec plaisir tes nouvelles en anglais.
    Une nouvelle musique pour des textes que je connais si bien!

  3. Que le Dieu des traducteurs et des éditeurs soient avec nous !

  4. Après un premier bandeau pour « Le vase où meurt cette verveine » que j’ai tenu dans mes mains cela fait cinq ans (déjà!), une nouvelle consécration avec une publication, in english please.
    Chère Frédérique, profonde estime et sincère admiration… et puis je vous embrasse !

    • Bonjour Didier, c’est la seconde traduction pour ce texte. Il a été publié au Brésil dans la revue « Arte y Lettra » et traduit par Luana Azzolin. Maintenant, ce que j’espère, c’est la publication en anglais de tout le recueil ! Mais pour ça, il nous faudra encore du boulot et de la chance ! (Ou de bonnes rencontres). Moi aussi je vous embrasse, Didier.

  5. Je n’oserais m’aventurer sur une phrase en anglais alors tout simplement, dans un français tout simple et sincère : bravo Frédérique, bravo pour cette fenêtre ouverte sur le monde anglophone !


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