Ci-dessous, une partie du texte publié aux nouvelles éditions Loubatières, dans un livre intitulé Toulouse, patrimoine & art de vivre. Il s’agit d’une commande. Cinq auteurs sont contactés pour apporter leur contribution à l’édifice. De manière aléatoire, l’éditeur nous attribue un des cinq sens et nous devons aligner quelques huit milles signes évocateurs de notre Toulouse, à travers « le goût » en ce qui me concerne. Tu as carte blanche. Comme la page, donc.
C’est là que les choses se gâtent. Après un temps de vérification intérieure – cela rejoint-il une zone active en moi – j’accepte et je me lance. Nous avons donc une ville, un sens, et un nombre de signes limités : une impasse ? Je tourne, je tergiverse, je monte et je descends. Finalement, cela commence ainsi :

« Petit matin frais, alerte et ensoleillé, j’émerge victorieuse de la station. Je viens de prendre mon premier métro. Je me suis renseignée dix fois avant d’y monter, une inconnue a guidé mes premiers pas, vérifié avec moi que j’arrivais bien à destination, puis elle a continué son propre chemin sans se douter qu’elle venait d’accomplir un exploit, me permettre de faire mien ce geste banal que je ruminais depuis des mois et qui allait m’offrir une nouvelle liberté de mouvement : savoir prendre le métro. En véritable combattante, qui sait à quel point la victoire est ardue, je décide de fêter l’évènement. Un café face au Capitole, une cigarette blonde sous un soleil tendre, je laisse les deux saveurs se mélanger et graver leur empreinte. Puis, comme toujours, le besoin de partager s’empare de moi et ma main du portable :
– C’est moi. Devine où je suis ?

« La rue du Taur a le goût de la joie. Je l’arpente, un soir de juin, avec l’infinie lenteur qu’on accorde parfois aux gestes dont on sent le poids, quand la conscience s’aiguise et perçoit qu’elle traverse un temps qui ne reviendra pas, mais dont elle saura garder le souvenir. Le sourire irradié par la gratitude, quelques pas, quelques secondes pour habiter entièrement la rondeur du temps et la perfection soudaine de l’univers, où tout s’est aligné dans la splendeur d’un bref instant. C’était en 96, je venais de remporter le prix du Crous de Toulouse et je goûtais à la joie du chemin où j’avais rêvé d’être.

« J’ai onze ans et je passe une journée avec ma mère dans son pressing. Je découvre avec un émerveillement passionné, ce luxe inouï d’être en sa compagnie sans avoir à la partager. Je l’aide, je l’observe qui s’active dans les vapeurs âcres des produits, la brûlure des fers à repasser et la tempête des machines à laver. Je suis un peu saoule de tout ce fracas ponctué de temps en temps par le carillon de la porte d’entrée. Assise sur un tabouret derrière le comptoir, je laisse la torpeur m’envahir. A midi, nous sortons pour déjeuner dans un café sur la place Dupuy. Je suis assise en face d’elle, je ne garde aucun souvenir de ce que nous avons dit. Mais c’est ma mère, elle n’est qu’à moi pour quelques heures, et je mange en la dévorant des yeux, un croque monsieur dont la saveur, depuis, n’a jamais été égalée. »

 …/…

En le relisant, je retravaillerais bien ce texte écrit voici quelques années. Je me retiens car là n’est pas l’objet et par honnêteté, je le retranscris presque tel qu’il a été publié – à deux ou trois répétitions près et  une exception dont je vous parlerai bientôt.
 » Oui, mais quand ? » rugit le choeur des antiques. Oh, mais vous savez, ces auteurs !   Ils coquettisent, ils sont tellement… inconstants.

Crédit Photo : Frédérique Martin

125 Responses to Le goût des choses – 1ère partie
  1. (Bach, bac, baquet, baignoire… Tout ça ne manque pas de sens, en fait.)
    :0)))

  2. @Sophie. Ben ouais, qu’ c’est amusant mais c’était simplement pour dire qu’on voit des artistes « contemporains » faire croire qu’ils inventent des principes alors que ces mêmes principes sont explorés depuis belle lurette… Un peu comme les gens qui pensent que Apollinaire a inventé les « calligrammes » alors qu’il n’a fait que copier les poètes baroques allemands surtout. Même si cette liaison texte/image est une vieille affaire déjà présente dans la poésie grecque et latine. Maintenant, on le fait en pixel et ça a l’air nouveau… 😀

  3. Hoooooooo!! Hoo!!! Si je peux en placer une, Frédérique, où est votre nouvelle peau de blog? C’est cette magnifique peinture de Daniel Duret? Ou faut-il attendre encore?!! C’est plaisant ici! On apprend plein de trucs!! La bataille de Mon chien, la guerre plutôt! grande guerre qui dura… pfff… des années!! 🙂

    • @ Depluloin : En effet, ma nouvelle peau de blog (c’est bien joli ce que vous dites là), c’est Daniel Duret qui me la prête pour le mois de juin. J’ai hésité entre plusieurs tableaux,donc je vous invite à lui rendre visite dans sa galerie. Pour Mon chien, je me demandais si une série ne serait pas judicieuse : Mon chien aussi va-t-en guerre, Mon chien aussi ne fait pas des chats, Mon chien aussi cherche la brosse à reluire (genre les martines, vous voyez)…. j’ai plein d’idées, je cherche un illustrateur. Des propositions ?

  4. @ Frédérique : J’y vais de ce pas! Non… dans… Mon chien n’aime pas Daniel Duret?! Ah impossible de tout suivre! Un illustrateur… Je vais chercher… (Pas moi! Je ne sais dessiner que des arbres en feuilles, et encore…)

    • @ Depluloin : Mon chien n’aime pas Daniel Duret ???? Non, cet album n’est pas d’actualité.
      Par contre votre talent de dessinateur d’arbres en feuilles peut m’interesser pour l’album intitulé : « Mon chien aussi prend racine. » (oui, mais où ?)

  5. Monchien pisse sur les rosiers…

    Monchien sent les fesses des voisins…

    Monchien n’en a plus…

    Monchien rencontre Homer Simpson…

    Etc.

    • @ Vinosse : Personnellement, j’aurais opté pour le verbe « renifler », plus précis dans ce cas. Quant à Homer, s’il croise Monch, il l’adopte.

  6. mon chien aussi ne se sent pas concerné par ce Monchien. Il décline toute responsabilité et en laisse toute la paternité à l’Iroquois appelé aussi Celui-dont-la-langue-déraisonne. Ugh !

    • @ Monch : C’est dommage, Depluloin en est à sa quatre millième feuille d’acacia (ou de platane canadien, je ne sais pas), il tire la langue comme un fou. On comptait sur vous pour le service après-vente, le sourire ultrabrigth et les dédicaces. Prochain numéro : Mon chien aussi se défile…

  7. @ Frédérique : Non, non! Je me fais la main sur des pissenlits! Aucun rapport avec Mon chien, cela va de soi!! 🙂

  8. Monchien met le nez au paquet ? C’est-y pas mieux zencor?

  9. Houlaaaaaa! Suis pas là! c’est pas moi!!

  10. Qui a franchi la ligne rouge en premier?

  11. Tiens on est à OK Coral ici ? je me croyais chez mon amie Frédérique Martin.
    Ca va Frédaime ? Tu veux un macaron au chocolat pour supporter ces âneries ? 😀

    • @ Anna ! Dans mes bras ! Ou t’étais passée petite filoude ? Un macaron, oh oui alors ! (C’était mon imitation de Depluloin, pas mal, non ?). Tout devrait se calmer ou je serais obligée de sortir mon spécial gun delete :0) (Eh oui, ce sont des choses qui arrivent).

  12. J’étais dans les bras d’un sublime… non, rien… 🙂
    Je viens de terminer la lecture de Bord de mer, de Véronique Olmi. Agréable surprise je dois dire. Tu connais ?

  13. Des perspectives oui, plusieurs chemins s’ouvrent. Les plus classiques en suivant mon CV et d’autres plus difficiles sur la voie d’une reconversion ! Oui, tous concernés et même si il faut se faire à l’idée d’une précarité de l’emploi toujours plus grande, l’angoisse – même masquée – est toujours là.
    Merci. 🙂

  14. 123 commentaires et elle me traite de social traître !
    c’t’un monde !


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