Frédérique MARTIN

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Archives du carnet pour décembre 2009

Faudrait quand même s’aimer

Jeudi 24 décembre 2009 | 26 commentaires

 

Crédit Photo Frédérique MARTIN

Crédit Photo Frédérique MARTIN

Il y a un an, je mettais en ligne mon premier billet avec cette photo. Dans l’impermanence qui nous creuse, elle marquera une esquisse de cycle, le retour de ce qui symbolise l’espoir d’une stabilité et le désir d’un absolu. Et parce qu’elle dévoile le coeur battant, intime, de nos retrouvailles, j’y dépose aussi cette chanson de Flow, qui mérite d’être écoutée comme elle est chantée, en  rêvant qu’il faudrait s’aimer quand même, qu’il faudrait quand même s’aimer, ouais.

 Joyeux Noël à vous tous, où que vous soyez.

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JOB – La poésie est dans la rue

Jeudi 17 décembre 2009 | 60 commentaires
Crédit photo Yutharie Gal-Ong

Crédit photo Yutharie Gal-Ong

Un écrivain, voyez-vous, c’est un handicapé de la parole qui a su s’insérer socialement et transformer son infirmité en réussite. C’est la raison pour laquelle ce discours est écrit. S’y ajoute que parler en public est un privilège assez rare pour que je ne m’aventure pas à y dire n’importe quoi.

Quand Jean-Luc Aribaud m’a contactée voici plus d’un an pour me demander d’écrire l’histoire de l’usine Job, la question essentielle à laquelle j’ai dû répondre intérieurement était : pourquoi ce livre ? Quelle était sa nécessité et rejoignait-il quelque chose en moi qui lui préexistait ? Autrement dit, est-ce que je portais déjà, de manière embryonnaire, du matériau qui fût en rapport étroit avec la commande qui m’était proposée ? C’est l’aventure humaine qui m’a poussée à accepter. Celle vécue par les ouvriers et les ouvrières de Job d’abord, puis par le collectif constitué d’associations de quartier, d’anciens salariés et d’habitants. J’y ai vu l’opportunité d’accéder au cœur même de ce qui nourrit mon travail : l’Homme.

L’Homme justement, parlons-en. Il adore les situations compliquées, elles lui donnent l’impression d’être plus intelligent. Mais si les situations sont complexes, si les contextes sont effectivement difficiles, ils reposent en revanche sur des mécanismes plus simples qu’il n’y paraît. Prétendre le contraire, c’est une manière de faire croire que les arcanes des relations humaines sont beaucoup trop sophistiqués pour des esprits ordinaires, qui feraient mieux de rester chez eux à s’appauvrir devant la télévision plutôt que de vouloir changer le monde. Et qu’ils laissent donc le pouvoir à ceux qui sont en mesure de l’exercer ! C’est une manipulation basique qui consiste à faire des petits secrets avec de grosses ficelles.

Quoi qu’en disent les esprits supérieurs, les raisons pour lesquelles nous agissons sont en fin de compte assez peu nombreuses. Ce sont les formes revêtues qui sont alambiquées. C’est là que l’adage populaire trouve son sens : Ne vous fiez pas aux apparences. Non, en effet, ne vous y fiez pas ! Dans En quête de Job, j’ai cherché à dénuder les mécanismes sur lesquels repose une lutte collective. Savoir qui on est et comment on fonctionne est plus qu’un atout… c’est une donnée primordiale. Car qu’est-ce qu’un collectif si ce n’est un regroupement d’individus qui interagissent les uns avec les autres ? Et comment espérer mener une lutte à son terme en négligeant cet aspect incontournable ?

Dans ce livre, il est donc question de révolte, d’indignation, de respect, de peur, de joie, de pouvoir et d’élan. On y parle aussi de musique, de fête, de solidarité, d’architecture et de mépris. Le mépris, vous savez, cette vieille manie qui consiste à prendre appui sur la tête des autres pour se donner de la hauteur. Voilà pour le fond. Pour la forme, ce texte n’est pas un documentaire, ce n’est pas un essai, ce n’est pas non plus une étude sociologique. C’est un texte littéraire, une enquête, une interrogation résolument tournée vers l’écriture poétique – choix qui n’a pas été fait en vain et ne doit en aucun cas vous inquiéter.

Imaginer que la poésie est réservée à une élite, qu’elle est hermétique ou trop lyrique pour rendre compte du quotidien, c’est un contresens fondamental. La poésie est populaire et révolutionnaire. Elle ne flatte pas le sens, elle l’ouvre. Elle ne prétend pas détenir la vérité savante, elle s’adresse au cœur, elle laisse chacun libre de l’entendre. Allez dans les bars, dans les rues, dans les cours d’école, écoutez. La poésie est là, elle ne dit pas son nom, c’est tout. Elle est notre langage d’origine, il n’est que d’entendre parler les enfants pour s’en persuader.

En définitive, je vous souhaite surtout de prendre à la lecture de ce livre, le plaisir que j’ai pris à l’écrire. J’y ai entrevu la possibilité d’un monde dans lequel on laisserait le mépris aux mépriseurs, un monde où chacun pourrait juger par lui-même sans hurler avec les loups, ni même braire avec les ânes. C’est un texte qui trouvera sa raison d’être s’il permet à certains de se dire : Et si c’était l’heure de retourner les cartables, de fouiller nos poches, de trouver le moyen de partager nos goûter ? Oui, si c’était l’heure de s’y mettre à plusieurs, et surtout, si c’était le moment ?

Discours Soirée Silpac CGT - Décembre 2009

 

La couverture et certaines photographies du livre sont de Yutharie Gal-Ong. Je la remercie de m’avoir prêtée ces images. Du 7 janvier au 15 février 2010, elle exposera au centre culturel Henry Desbals à Toulouse. Vernissage le mercredi 13 janvier à 18h00.

yutharie-gal-ong2

crédit photo Yutharie Gal Ong

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NaîtreS

Jeudi 10 décembre 2009 | 29 commentaires
Maggy Masselter - Huile sur toile - 2009

Maggy Masselter - Huile sur toile - 2009

Il faudrait prier et pousser par 
la langue les os dans la couleur
.”
Jean-Luc Aribaud in A la verticale du lieu.

Au début, rien n’était certain et les toiles s’ensommeillaient dans la vaste salle à manger sous la bienveillance impassible d’œuvres plus anciennes. Quatre anges veillaient, deux vierges berçaient des enfants calmes, un homme tournait son dos de lassitude. Seule comme un phare, une femme rayonnante, ventre ouvert et palpitant, offrait sans retenue son étincelant nouveau-né.

Au début, cette œuvre différente, protéiforme, déconcertait l’artiste. Les toiles semblaient se différencier, se désolidariser les unes des autres, s’échapper pour ne pas avoir à se rejoindre. Comment les disposer entre elles qui se heurtaient si fort, sans créer une insupportable rupture de l’œil ? L’une d’entre elles était d’ailleurs restée dans l’atelier, isolée, inachevée, comme abandonnée, la petite esseulée. Une autre, nue sans son cadre, se répandait avec impudeur sur une table. Au début, c’était ainsi, le peintre ne voyait pas l’unité.

Devant la perplexité causée par l’agencement de toiles si singulières, il restait à s’engloutir dans une valse lente, profonde, charnelle où régnait la profusion des bruns, des ors, des roses, des mauves et des bleus. Vibrant avec les rouges, il fallait s’attendrir devant les verts, fondre dans les roses. Deux jours durant, le peintre et l’écrivain ont pris chaque toile dans leurs bras pour les exposer sous tous les angles et dans le moindre éclat de lumière. Elles les ont caressées tour à tour, contemplées, découvertes et bercées, de la plus grande à la plus petite.

Ainsi, ce qui, de l’extérieur, aurait pu passer pour une grande confusion, se trouvait être en réalité, un ballet subtil, une danse fine et secrète sur le fil aigu de l’intuition. Un par un, dans une lente et somptueuse pavane, les rouges se sont rejoints, les bleus se sont embrassés, les mauves incarnés, les verts, les jaunes et les bruns se sont retrouvés. Peu à peu des familles entières se sont constituées. Exaltation des retrouvailles après une longue séparation.

Au terme de deux jours de communion, la petite solitaire céruléenne et la grande écarlate impudique ont fini, elles aussi, par rejoindre les autres. C’est  à ce moment-là, seulement,  que s’est accomplie l’unité, toutes les toiles ayant trouvé leur place exacte. Tant qu’une absence avait perdurée, rien n’avait pu s’équilibrer tout à fait. Mais, dès lors que la dernière des toutes dernières toiles eut trouvé son emplacement, celles qui avaient été prises pour des orphelines se révélèrent être les liens essentiels qui unissaient les lignées entre elles. Et le tout apparut dans son absolue perfection.

C’est un privilège de participer au prodige d’une telle création.
Leçon d’humilité d’abord, devant une artiste en état d’ouverture maximale, capable de reconnaître l’intelligence organique de son œuvre et de s’effacer devant elle.
Joie rare ensuite, de pouvoir assister à ce moment précis où, libérée de toute entrave, l’œuvre émerge, resplendissante et complète.
Pure intensité enfin, de découvrir dans cette parabole flamboyante de l’unité, la grâce éternelle du nourrisson qui se déploie sous les regards éblouis pour parfaire un monde, sans lui, inachevé.

Exposition Maggy Masselter  : “Oser l’espérance
Château Bettembourg - Luxembourg – Du 11 au 27 décembre 2009

Maggy Masselter - Exposition 2009

Maggy Masselter - Exposition 2009

Maggy Masselter à l'oeuvre

Maggy Masselter à l'oeuvre

Atelier Maggy Masselter - 2009

Atelier Maggy Masselter - 2009

Atelier Maggy Masselter - 2009

Atelier Maggy Masselter - 2009

crédit photo Frédérique MARTIN

crédit photo Frédérique MARTIN

Anna de Sandre a écrit un joli billet illustré d’une peinture de Maggy Masselter.

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Négrita

Vendredi 4 décembre 2009 | 50 commentaires
Crédit Photo Frédérique Martin

Négrita - Crédit Photo Frédérique Martin

Au moindre soleil, ils pointent museaux. L’homme serre un journal sous son bras. Il est en blouson beige et casquette à carreaux, tenu en laisse par un vieux chien noir défrisé. On ne sait plus qui mène l’autre, qui dort sur le tapis. Ils sortent rue du Taur, traversent la place du Capitole pour disparaître après les arcades. Souvent, ils partagent une biscotte.

Un jour, elle a décidé de les suivre. Elle a quitté le bistrot où elle boit son thé vers huit heures. Elle a déambulé sur la place, derrière eux, puis rue Gambetta, et plus loin, place de la Daurade. Là, délaissant les bars à la mode, ils sont entrés dans un café des sports, au coin d’une ruelle, et se sont installés derrière la vitre, à leur place. Le chien somnolait, la truffe contre la porte. Le vieil homme lui souriait, buvait son café, ou lisait son journal. Quinze ans de quotidien, peut-être vingt, pour tisser l’étoffe de l’amitié.

Deux ans à couver cette petite tendresse du matin – la main dans la patte. Quelle inquiétude quand ils disparurent ! De la rue du Taur à la Daurade, combien d’heures perdues à traquer leurs pas ? Elle a tout imaginé, sauf le choc du retour. Quand le vieil homme a reparu, un chien fou l’accompagnait. Un jeune, un échevelé. Le maître gardait ses mains dans ses poches, le chien tentait l’impossible pour être adopté. Tout empêtrés l’un de l’autre. Au fil des jours le chien a usé sa joie jusqu’au renoncement.

Elle a déserté le clinquant terrible du Capitole, ses thés fades à prix d’or, et l’isolement stupéfiant des foules pour la lenteur d’exilé du café des sports. Désormais, elle pose sa détresse en face de l’homme seul et du chien résigné. Quand il pleut trop fort sur la vitre, elle commande un des rhums arrangés qui languissent au fond du bar. En quelques verres, elle parvient à noyer la moue du serveur. Mais elle ne peut rien contre la réprobation du vieillard indigné.

Texte écrit pour le Marathon des mots Toulouse 2005

 

On écoute, pour le plaisir, la chanson de Camille :

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Le blog de Frédéric Fréney

Mardi 1 décembre 2009 | 29 commentaires

Il était fraîchement arrivé sur la toile, avec un blog, Man on the book, dont il parlait trés bien tout seul :

Frédéric Fréney ? La trentaine un rien dilettante. Quelques expériences dans l’édition, quelques autres dans l’univers de la communication, tout en exerçant le journalisme en dilettante. J’aime la banlieue (surtout quand il pleut), les bar-tabacs (même les plus miteux), les revues littéraires (collectionnées à ne plus savoir qu’en faire), les chats, le sport et les livres. Tous les livres. C’est eux qui font l’objet de ce blog même quand, très souvent, je fais semblant de m’intéresser à autre chose. Encouragements, engueulades, discussions et plus si affinités : fredericfreney@rocketmail.com

Ce blog, je l’anime tout seul, comme un grand garçon. Un blog dont le titre est, on l’aura sans doute compris, un hommage détourné à Man on the Moon, le film de Milos Forman.

Puis il a disparu ! Il m’avait demandé de répondre à un questionnaire littéraire que je reproduis ci-dessous puisque les anciens liens sont obsolètes.

Pouvez-vous nous raconter un souvenir de lecture de jeunesse particulièrement marquant…

Je pense aux trois livres que j’ai regardés de travers pendant des mois, qui m’avaient été offerts par des personnes différentes (qui, en quelle occasion ? Mystère) et qui ne m’inspiraient guère. Pourquoi ? Les couvertures, les résumés, je ne sais pas. Ils formaient une pile à part, la pile des « pas lus ». Je les observais avec colère parfois, car j’avais l’impression qu’ils m’adressaient un reproche muet et je me sentais coupable de les délaisser. Et puis un jour, démunie de tout autre livre, pauvre donc, je me suis lancée. Et je suis tombée dedans, bien sûr ! J’en garde le souvenir de lectures enivrantes, passionnantes, qui m’ont appris à ne pas me fier aux apparences et à goûter avant de dire que je n’aime pas. Dans ces livres mal accueillis, il y a Le lion de Joseph Kessel, le Chevalier de Maison Rouge d’Alexandre Dumas et un livre perdu, Le 35 mai de Erich Kästner. Ce livre-là, il m’arrive encore de le chercher dans ma bibliothèque, je l’ai égaré dans mes déménagements, ou alors on me l’a emprunté sans jamais me le rendre. C’est mon livre manquant, une espèce de fantôme qui ne se résout pas à sa disparition et que je rêve de retrouver un jour.

Quels sont actuellement vos livres de chevet ? Et, de façon générale, vers quel type de livre votre goût vous porte-t-il ?

Comme toujours, j’ai plusieurs livres en chantier. Je ne lis pas les mêmes suivant l’heure de la journée (à quelques exceptions près). Je viens de terminer Car voici que le jour vient de Fabienne Ferrère. Sur ma table de chevet, on trouve Le métier de vivre de Cesare Pavese et L’âme et la vie de Carl Gustav Jung. Dans mon salon Pourquoi êtes-vous pauvres de William T.Vollman et les Aphorismes d’Oscar Wilde. Dans mon bureau, à côté d’une monstrueuse pile à lire que je ne cesse de nourrir, Les intermittences de la mort de José Saramago et Épépé de Ferenc Karinthy.

Plus largement, j’aime les grands romans, les nouvelles bien serrées, les essais et la poésie. Je reconnais une prédilection pour la littérature étrangère et pour les anglais(es) en particulier, qui date de mon époque Agatha Christie. D’une manière générale, ce que j’attends d’un livre, c’est qu’il soit nourricier : qu’il me touche, qu’il m’enseigne, qu’il me révèle, qu’il me surprenne. Un tel livre, c’est comme une histoire d’amour, je le quitte dans la douleur, je le retrouve dans la fougue.

Quels auteurs relisez-vous volontiers ?

Le journal de Charles Juliet. Le polar (Ed Mac bain, James Ellroy…), le fantastique (Matheson…) et les nouvelles (Carver, Trévor, Barnes, Oates, Murakami, Pamiès, Cortazar…). Les Dialogues avec l’Ange de Gitta Mallasz. L’œuvre d’Armel Guerne et celle de Georges Hyvernaud… Et j’en oublie, qu’on me pardonne.

Pensez-vous, comme qui vous savez, que la lecture est un « vice impuni » ?

Le vice implique une perversion, et la question me laisse perplexe. Je n’ai pas lu l’ouvrage de Valéry Larbaud, mais ce titre – hors contexte – ne m’évoque rien, à part un effet de manche.

La lecture est si tentaculaire, vivante, omniprésente que je ne sais absolument pas la définir en quelques lignes. Il me semble que tout, absolument tout, est contenu dans les livres et qu’on doit pouvoir y trouver n’importe qu’elle réponse. L’image la plus exacte que je puisse employer à ce jour, pour dire ce qu’est la lecture à mes yeux, ce qu’elle représente pour moi, c’est en définissant les livres comme mes parents. Toujours présents, patients, inébranlables, ne se dérobant pas, prêts à me répondre, à m’enseigner, à me montrer. Savants sans être intrusifs, humbles et riches, passionnés et passionnants, les livres sont ces parents modèles, auxquels j’ai pu rêver, auxquels j’ai pu croire – sans crainte – et à qui j’ai voulu ressembler, en bonne petite fille aimante.

Acrylique - Jacki Maréchal

Acrylique - Jacki Maréchal

Par la même occasion, je vous rappelle que Jacky Maréchal expose en ce moment même et jusqu’au 19 décembre prochain. Il a mis ses tableaux en ligne pour toutes celles et ceux qui ne peuvent aller jusqu’à lui. Ce serait dommage de rater ça.

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