L’auteur tient à préciser que tout ce qui suit est honteusement mensonger, destiné à faire rire et relève de la plus pure exagération (à part la fin, qui elle, est véridique). Merci pour le formidable accueil de toute l’équipe que j’associe dans ce texte à ma légende de piètre voyageuse.

Il en est des rencontres comme des surprises, c’est quand elles paraissent les plus improbables qu’elles affluent.
Ce vendredi 5 octobre, j’ai pris l’avion pour me rendre au salon du livre organisé par la ville de Villepreux. Après avoir erré quelques heures entre le Hall B et le Hall D de Blagnac à la recherche d’une porte n°35 qui ressemblait à s’y méprendre à celle des toilettes pour hommes ; après avoir subi un décollage incertain durant lequel différentes parties de la carlingue semblaient sur le point de divorcer ; après avoir échappé à un groupuscule de chauffeurs clandestins qui prétendaient m’empêcher de quitter Orly à grand renfort de bras musculeux et de tchatche invincible ; après avoir abandonné deux doigts – ceux du chauffeur de taxi –dans une boite à clapet pour récupérer la clef de ma chambre ; après toutes ces péripéties donc, je me suis retrouvée sur le parking d’un hôtel qui ressemblait à ça :

J’ai couru m’enfermer dans ma chambre pour y découvrir l’épouvantable rideau  qui donne des sueurs froides à toutes les blondes de la création quand vient le moment de la douche. J’en étais là, à trichollomaniquer pour avoir une chance d’échapper à Norman, quand soudain : TOC TOC ! Oui, vous avez bien entendu : TOC TOC. La nuit hululait, 19H37 venaient de sonner.
A ce stade, fidèles et nombreux lecteurs, vous vous dites : son compte est bon. Et oui, je le confirme, c’est là que tout a basculé. J’ai ouvert ! Sans doute parce que ma mère aura omis de m’apprendre qu’il ne faut pas répondre à des inconnus au milieu de la nuit. J’ai ouvert et là : Françoise et Cécile !

Saisie par les aisselles, je suis jetée à l’avant d’une voiture qui flirte avec les 49 kms/heure au prix de périls insensés ! Traînée dans une salle et sans avoir eu le temps de reprendre mes esprits, me voici perfusée au vin blanc et soumise à la question à l’aide d’un os à moelle vautré sur son lit de gros sel et d’un foie gras complètement bourré à l’armagnac. Me cernent Philippe, Véronique et une troisième femme dont on a depuis effacé le nom de ma mémoire. La chef ! (chut)

Sans relâche, des heures durant, ils me soumettent à la question. Des mots reviennent sans cesse, verveine et vase, des prénoms – Joseph, Zika, Isabelle. J’ai beau jurer ne pas connaître ces gens, personne ne veut me croire ! Véronique ne cesse d’agiter sous mon nez un sac en plastique, qui n’est pas sans me rappeler le supplice du même nom. En plus, il est griffé Cultura ! Après avoir bu du Brouilly à l’entonnoir, les conspirateurs se séparent sur le parking et c’est Françoise qui me ramènera non sans démultiplier les détours par des impasses obscures et des ruelles de sauvageons.

Une nuit agitée s’en suit. Des gens rôdent sous mes fenêtres et promènent leurs valises à roulettes pour donner le change. Parfois ils crient.
Dès l’aube – il est à peine 9H00 ! – c’est Pascale qui vient m’extraire de ma chambre pour filer au bunker de l’hôtel de ville. Là encore, des gens : Emilie, Pascale, Barbara, Nathalie, Marc, Pierre, Maureen… Des questions à n’en plus finir : Voulez-vous du café ? Du vin ? Des croissants ? De la tarte ? Du fromage ? Du pâté ? De l’eau ? Ah non, pas de l’eau, pitié !
On m’oblige à écrire, je cède par pure terreur. Alors, on me pousse sous des flashs aveuglants jusque vers un micro où j’apprends une incroyable nouvelle : Le Grand prix littéraire de Villepreux 2012 est attribué au « Vase où meurt cette verveine » !

On m’achève au champagne, on m’embrasse de toute part, on me félicite, on me dit à bientôt, on me pousse dans un taxi. Et voilà, c’est déjà fini.

PS : Merci au Maire de Villepreux et à Cultura, mais surtout, à Françoise, Cécile, Véronique, Emilie, Pascale, Philippe… pour les discussions passionnées, la chaleur, les confidences, la confiance, la gentillesse et tous les bons moments partagés. C’est à vous que je dédie la chanson d’Aubert. Et surtout, restez vivants !

 

29 Responses to Villepreux – Cuvée 2012
  1. après ces épreuves, je crois que plus jamais tu n’écriras un livre, de peur que ça recommence…

  2. C’est une histoire passionnante et j’ai frôlé la crise cardiaque plusieurs fois! Mais étant habituée, avec tes livres, à des dénouements terrrrrrribles, là je suis restée sans voix, et ce n’est qu’au moment où Jean-Louis Aubert a fini sa chanson, que j’ai pu crier BRAVO (c’était plutôt YEEESSSS mais chut ne le disons pas car ce n’est pas élégant!).
    Sérieusement, félicitations sincères et nombreuses car une fois de plus, ça S’ARROSE!!!!!!!!!!!

  3. une vrai rencontre du 3eme type, mais quel bonheur de vous avoir connu et pour une fois d’avoir demandé un autographe qui sonne comme une épitaphe.. ci git ma première rencontre avec une grand écrivain..

    Frédérique ce ne fut qu’un début, je suis curieux de connaitre la suite..

    un admirateur…

    • @ Leto : Comme une épitaphe ?! Je vais peut-être bien en faire ma marque de fabrique. Merci Leto. Embrassez les autres pour moi, voulez-vous ? J’ai des épitaphes sur le feu 🙂

  4. Ton premier bandeau 🙂

  5. Avec le prix de VillePREUX normal de tomber dans l’épique..
    En tout cas, bravo!

  6. Bravo Frédérique,
    Un prix qui en appelle d’autres, à n’en pas douter !?! Quand je pense que je n’ai pas encore pu lire ce « vase » (suis en attente, depuis bientôt 3 semaines, d’un SMS du Leclerc loisirs d’ Oloron, m’annonçant que « ma commande est disponible en librairie »). J’ai hâte de vous lire.

  7. Didier, il n’y a donc pas de vraie librairie à Oloron, vous êtes obligé d’aller chez Leclerc ?

  8. Bonjour Frédérique, je suis ravie de lire votre texte très inspiré (mais les acteurs étaient très bons) et je suis prête à recommencer l’interrogatoire autour d’un verre et même deux, voire plus si affinité. C’était une soirée formidable. Je ne connaissais pas une telle force dans les bras de Françoise, comme quoi les apparences sont trompeuses. Le bandeau à été installé sur votre livre et non sur vos yeux, et vous avez été mitraillée de flashs, c’est redoutable, mais vous êtes repartie vivante et riche d’une aventure improbable et de souvenirs. Ce prix est le premier d’une longue lignée, je n’en doute pas. Le plus dur pour nous était de ne pas vendre la mèche durant le dîner. Pas la peine de boire une verveine pour s’endormir en rentrant chez soi vers minuit, l’heure du crime… pour se lever tôt le lendemain. Merci à vous d’être venue jusqu’à nous, merci pour ces longues et riches conversations, merci d’avoir écrit cette terrible histoire. Et à bientôt des nouvelles, j’espère.

    • @ Véronique : Françoise cache bien son jeu ! Et vous tous aussi, car personne n’a vendu la mèche, ce qui était un exploit. Pas sûre que mon périple au Mans ce week end m’inspire autant que celui de Villepreux. A bientôt donc, si j’ai bien compris l’échange que vous avez eu avec mon voisin de table, il faudra peut-être que je vienne un de ces jours chez vous avec une bouteille de champagne 🙂

  9. vous venez avec le champagne quand vous voulez, je suis toujours partante pour un verre de ce succulent breuvage. Quand à Marc, il était venu avec la bouteille pour fêter le 300e exemplaire de son livre vendu à la librairie. d’ici à ce que j’en ai vendu autant du vôtre, l’hiver sera passé… Je vous souhaite un excellent week-end au Mans. A très bientôt des nouvelles de vos dédicaces et autres rencontres formidables.

  10. J’attendais, je ne sais pas, une scène un peu… mais tant mieux ça se termine très bien. Bravo !

    • Non Pluplu, cela s’est trés bien passé en vérité. Il ne s’agit ici que d’exagération d’auteur pour faire rire le chaland et rendre hommage de manière détournée à toute l’équipe de la mairie de Villepreux et à celle de Cultura 🙂

  11. @Gilles Non bien sur, personne n’est obligé en quoique ce soit. J’aurai pu aller chez Cultura ou la FNAC ou même chez Amazon.com ;o((
    Il se trouve que la responsable du rayon culture du Leclerc d’Oloron est une ancienne vraie libraire indépendante. L’important ce sont les livres qu’on achète, je pense aux auteurs, aux éditeurs, aux imprimeurs, aux distributeurs et aux « marchands de livres ». Lire, lire lire…

  12. Si la vie n’a pas de prix, la vie littéraire en a elle. Bravo , c’est toujours çà de pris!

  13. Rester vivant…
    Merci pour ce billet voyageur et ces moments inoubliables – au sens étymologique (et dans son acception courante aussi !).
    Avec toute ma gratitude…

  14. Bonjour à tous, me voici de retour de Bretagne où la pluie n’a pas manqué… un peu de lecture toujours dans le sac de voyage, je lis Atomka de Franck Thiliez. Je voulais juste réagir sur le fait que je travaille chez Cultura. Je suis une enfant de l’imprimerie, j’ai appris et je suis parmi les dernières, a avoir composé avec le plomb. La vie m’a amenée à devenir libraire indépendante, il y a dix ans de cela et la politique a fait que la librairie dans laquelle je travaillais a du fermer ses portes. Le chômage n’étant pas ma tasse de thé, j’ai proposé mes compétences à Cultura qui ne les a pas refusées. Depuis quatre années, je fais mon métier de libraire avec autant de passion qu’en librairie indépendante. Au magasin de Plaisir, nous sommes une équipe de lectrices assidue qui ne se ménage pas. Peut-être que Cultura est une enseigne, mais je ne pense pas que confondre toutes les enseignes soit une bonne chose. Il s’agit avant tout de personnes qui travaillent avec ou sans passion… je recherche les nouveaux auteurs de qualité, je les soutiens durant de longues périodes, ce qui n’est pas le cas de toutes les enseignes et j’en parle avec passion. De plus, comme le dit très bien Didier, l’important c’est de lire, de découvrir, de faire vivre le papier et les auteurs, leur permettre d’exister, et c’est là le but de mon métier de libraire. Et comme le dit Musset : qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

    • @ Véronique : Je vous retrouve bien là. C’est vrai que vous êtes une passionnée parmi les passionnées et où qu’elles se trouvent, les auteurs leur rendent hommage et les lecteurs savent les trouver.

  15. Merci Frédérique. C’était comme Le Mans ?

  16. Ah ben dis-donc tu en réchappes de peu, tu aurais pu être découpée à la scie électrique. Tu es rentrée à temps pour la tempête, j’espère 🙂


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