Agonie à Roubaix (première partie)
Vendredi 29 janvier 2010 | 87 commentairesC’était il y a quelque temps déjà, une émission sur France 3 : un an dans le commissariat de Roubaix. Mensonges, filouteries, violences diverses… le joyeux quotidien d’inspecteurs revenus de tout. On les bassine pendant des heures avec une plainte aussi mal ficelée que le turban talibanesque des soi-disant agresseurs. Impassibles, ils conduisent peu à peu le plaignant à s’intéresser à un certain article du code pénal qui traite des fausses plaintes. Comme ça, mine de rien.
Extérieur nuit : En pleine rue, ils s’opposent à un mec demi-nu – un rouleur de pectoraux – enflammé par un repas familial trop arrosé. Coups de gueule et coups de couteaux, c’est sa manière de trancher les conflits de tablée.
On met le feu à une maison. Baladés de dénonciations mensongères en faux suspects en fuite, ils ne sont pas dupes de ces deux femmes qui reconnaissent si bien les incendiaires imaginaires. Et ils le leur disent, malgré l’air offusqué de leur glorieuse complainte : je ne vais quand même pas avouer quelque chose que je n’ai pas fait. Ben voyons.
C’est pourtant elles qu’on va retrouver quelques mois plus tard – les innocentes – mais pour une affaire beaucoup plus grave, puisque c’est leur vieille voisine qu’on vient d’assassiner dans son lit. Les deux amies ont appelés le 18 avec des voix tremblantes de femmes affolées, cadenassées chez elles parce qu’elles ont entendu du bruit. Venez vite, parce qu’on a vraiment peur. Peur ? Certes. Mais pas d’en rajouter.
Il y a Annie, cheveux courts, l’air effaré et Stéphanie, une belle brune, qui parle sans arrêt de son gamin que personne ne voit jamais. Et ça boit, ça se dispute, ça se cogne, ça se fait croire que ça s’aime, quand ça n’éprouve rien pour quelqu’un d’autre que soi. Pas idiotes, pas dégénérées, pas abruties, ni débiles, ni folles, rien de tout ça. Ordinaires. Indignées qu’on ose les interroger, jurant sur la tête du premier venu qu’elles n’ont rien fait à part leur devoir civique.
Au commissariat de Roubaix, on en a vu d’autres, on connaît l’air et la chanson. A vous dégoûter du genre humain si on n’y croit pas dur comme fer. Alors ils y vont en douceur, les inspecteurs, avec patience, une dose de colère de temps à autre, une cigarette pour laisser croire que la pression pourrait redescendre. Respire un grand coup qu’ils lui répètent, comme à une primo parturiente.
Afin qu’il sorte plus vite, ce nouveau-né récalcitrant, ils prêchent le faux pour obtenir un vrai qu’ils ont déjà deviné. Et les deux jeunes femmes qui, juré, craché, que j’aille en enfer si je mens, lâchent prise petit à petit.
Elles étaient chez elles sans bouger, et puis les voilà devant la porte de Micheline. Et puis une est entrée, et puis non, ce sont les deux finalement. Mais elles sont ressorties aussitôt promis, la vérité vraie maintenant avec des canettes de bière et quelques flacons de javel. On pleure un peu, c’est qu’ils foutent la trouille ces inspecteurs, avec leurs voix douces et leurs promesses d’en prendre pour vingt ans. Mot après mot, répugnant à céder d’un petit pas – on les comprend – elles finissent par les monter ces escaliers, par la voir cette Micheline qu’elles aiment bien, par lui prendre son oreiller, et puis voilà, hein, c’est la vie…
Alors on les confronte, parce que l’une accuse l’autre et vice versa. Tout le monde était là, mais personne n’a étouffé la vieille. Oh, Annie, ne me fais pas ça ! Gémit la brune. Parce que c’est moi ? Répond l’autre en secouant la tête. C’est beau l’amour entre une brunette qui tient les rênes et l’autre qui affectionne au-dessus de ses moyens ( à suivre…)








