(…) Elles tentent l’accord cependant, et sur place, elles rejouent tous les gestes qui les ont menées jusqu’en haut. Une belle ascension vers le crime. Sans une larme, ni une hésitation, elles montrent comment elles ont fouillé l’appartement, comment elles se sont servi une bière, comment elles ont piqué la télé hors d’âge. Et puis voilà qu’elles ont gravi les escaliers en espérant trouver de l’argent et peut-être quelques bijoux, dans un appartement aussi délabré que sa locataire. Sur le buffet, on voit des photographies de jeunesse dédicacées par un amour ancien, très aimé et probablement perdu sous la terre et les fleurs. Un inspecteur est assis à la table de la cuisine, son carnet posé sur la toile cirée. Un autre lit à voix haute les quelques mots écrits en 1953 par une Micheline pour son Valentin.

Avant de monter, Annie remplit une pipette avec un somnifère. Tout est déjà dit dans ce geste, même si les deux refusent encore de l’admettre. Elles y sont allées. Elles ont réveillé Micheline qui ne leur demandait rien et ne les avait pas entendues. Elles l’ont rassurée, l’ont prise dans leurs bras, lui ont donné le médicament à boire pour la calmer, ça ira mieux après Micheline, on reste avec vous, on a appelé la police. Elles l’aident à s’allonger sur le lit et quand elle se plaint de n’avoir qu’un oreiller, d’être trop à plat, elles sourient, Vous dormirez mieux comme ça. Et puis elles attendent un moment, en se rongeant les ongles et en buvant de la bière. Pas de mots.

Soudain, ça les démange, elles ne peuvent plus attendre. Elles s’y mettent à deux, chacune sa main autour du cou, l’oreiller collé sur la figure, c’est qu’elle bouge cette vieille, elle se laisse pas crever facilement. Alors elles tiennent. Dix minutes, c’est ce qu’elles disent. Dix minutes c’était long, quand même.

Annie avoue la préméditation, elle les prendra ses vingt ans. Elle n’a pas voulu enfoncer son amour de brunette qui nie avoir orchestré l’expédition dès l’après-midi. Pour elle, ce sera treize ans. Durant tout ce temps, elle n’aura tenté que de faire pleurer dans les chaumières avec son môme qu’elle ne reverra pas. Et Annie qui continue son rêve comme si de rien n’était et demande si on va les laisser ensemble, maintenant que tout a été dit.

A quoi pensaient-elles, cet après-midi-là ? A se dorer le visage dans la cour, à picoler, à regarder leur chien conchier le bas de toutes les portes, à ne pas bouger le petit doigt. Elles rêvaient à de l’argent facile pour alimenter cette belle vie bien molle, bercée de feuilletons simplistes, de racolage publicitaire et de télé réalité-de-mon-cul. Elles voulaient tendre le bras et récolter sans peine. Micheline, c’est ce qu’il y avait de plus proche. Micheline et sa télé. Ah, la télé.

Et Micheline dans tout ça ? Elles n’y pensaient pas comme à un être humain, non.

Micheline ? Quoi, Micheline ? Une vieille, un coup facile, un morceau de viande, mais pas une personne vivante en tout cas. Micheline, avec ses oreillers trop plats, son matelas tâché, ses bouteilles d’eau de javel et ses photos d’amour fané. Micheline, qui croyait que ces deux-là l’aimaient bien, et puis des femmes, hein ? on peut être tranquille, et puis si on peut plus faire confiance à ses voisins.

Micheline qui, dans un autre monde, serait sortie dans la cour pour les inviter à venir la regarder, sa maudite télé. Toutes les trois, assises autour d’une bière. Rideau.

Crédit photo Frédérique MARTIN

Crédit Photo Frédérique Martin

57 Responses to Agonie à Roubaix (seconde partie)
  1. Bouh!!! Je suis en compote, en marmelade! Mais votre gentillesse (Depluplu je veux bien des fleurs, celles du champ derrière la maison) Frédérique, Anna et Depluplu m’ont revigorée! Comme si j’avais la dégaine de Daniéla! Quel monstrueux …priquoquo!( Doucement pour qu’il n’entende pas: Je suis sûre qu’il n’aime pas le cassoulet! Qui? Mais Saint-Songe évidemment!)

  2. Hé ! Ho ! On peut ne pas aimer le cassoulet sans être sociopathe non mais sans blague !

  3. Oui, une! une seule! Parce que ne pas aimer le cassoulet, on voit où ça mène!!

    Maman? Demain matin je t’apporte le petit déjeuner au lit! Hein?

    Rôoooolala! quelle soirée!

  4. Je ne suis pas souvent à toulouse ces temps-ci, je dirai même en comptant bien , qu’en deux mois je n’y suis restée que… 37 heures… Je suis sous la neige à paris (suis amoureuse… de cette ville). Bientôt je serai peut-être sur les bords de Garonne, si le printemps s’avance. 🙂

  5. @ Depluloin : Trop de FM tue la FM :°)
    Bon, c’était incompréhensible et je ne vois toujours pas comment il a pu mélanger babeth 31 et Daniela. Quiproquo, quand tu nous tiens :0) (et apportez lui les sels, je suis sûre qu’elle est toute chiffonnée).
    (Je parle de babeth, hein, ne nous trompons pas).


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