La première fois, qu’est ce que c’est ?

Une nouvelle rencontre, une expérience inédite, la minute qui se présente, un souvenir indélébile ? Zoridaé m’a taguée à ce sujet, c’est la première fois que je suis taguée ! N’allez pas en conclure qu’elle m’a couvert le corps de peinture phosphorescente. Non, le tag ici consiste à demander à quelqu’un d’écrire sur un thème précis, en ce qui me concerne, raconter ma première fois ! Il y a des moments dans la vie qui doivent rester secrets et cette première fois à laquelle on pense immédiatement en fait partie. Point  de jambes en l’air, donc, surtout les miennes ou celle d’un (très) lointain partenaire que je me refuse d’affliger avec des histoires d’amours mortes, qui se ramassent comme les feuilles du même nom : à la pelle (ou au rateau, c’est selon).

Les gens - série par Sandrine Follère

Les gens - série par Sandrine Follère

Non, parmi mes (très) nombreuses premières fois, j’ai décidé de raconter comment j’ai été follarisée ! D’autant que, la vie étant bien faite parfois, cette expérience et la demande de Zoridaé ont été concomitantes.

Eh oui, fol-la-ri-sée, ce n’est pas donné à tout le monde. Cela s’est passé dans un grenier, j’étais consentante, elle aussi. Il nous a fallu deux heures avant d’en venir à bout. Cent vingt minutes tantriques, immobile ou tout comme, c’est un exploit ! Sandrine Follère, peintre et sculpteur s’est lancée dans une entreprise pharaonique, exécuter 365 portraits pour une série intitulée Les Gens. Ceux qui suivent ce carnet savent que c’est mon dada, les gens, je ne pouvais passer à côté d’une telle invitation.

Et ça commence par un malentendu. Elle m’indique de tourner à droite, par pure incapacité je prends à gauche. J’erre, je tourne, l’heure passe, je vais être en retard. Téléphone. Récupération. Deux étages et enfin, le palier où je suis attendue. Sandrine Follère braque ses prunelles missiles à tête chercheuse jusqu’au fond de mes yeux tout en me broyant allègrement la main. La dame sculpte, ne l’oublions pas.

Sans plus attendre, nous nous installons l’une en face de l’autre. Elle choisit ses couleurs, une page blanche et me scrute intensément. Commence alors un étrange ballet des mains et des yeux de l’artiste. Je ne vois rien de ce qui est en train de naître, je ne dois pas bouger, mais nous parlons à bâtons rompus deux heures durant.
Comme souvent, le temps s’étire et se contracte tout à la fois. Physiquement, je sens nos antennes respectives qui s’effleurent, s’affleurent, se dévisagent. Une belle illustration de ce que j’appelle  la conversation sous la conversation, cet échange non verbal qui vient parfois renforcer, mais souvent dénoncer, ce que les paroles veulent donner à entendre et l’image que l’on tente de polir, surtout lors d’une première rencontre.

Il faut croire que nous nous sommes trouvées satisfaites réciproquement de cette exploration, car au terme de la séance, Sandrine me montre la série en cours et d’autres sur lesquelles elle travaille. Les minutes filent en ligne droite, les mots se bousculent, une autre séance est prévue, une femme se présente déjà sur le palier. Je repars, saturée de sensations, dopée par l’énergie qui se dégage de l’artiste et de ses projets. Sandrine Follère est une tornade, un feu follet, une ardente. L’eau tiède, elle ne connaît pas ou alors pour la mettre à bouillir.

J’ai pu me faire une idée de ce que cette exposition donnera. Elle sera spectaculaire. Sa démarche, le peintre s’en explique sur son site :

(…) Elle parle de quoi cette série ? Des fiches sur le net, des photos…de la virtualité à la réalité? Qu’est-ce qui fait sens quand une personne est réduite à une fiche, une image ? Que raconte-t-elle ? Que donne-t-elle ? Que se passe-t-il lors du passage au réel ? Le temps d’un portrait, d’un échange ? On ne se connait pas, aucune référence visuelle, émotionnelle, sociale, professionnelle ou amicale… juste un instantané, un moment, deux heures de pose. 365 jours et un portrait par jour… un temps pour raconter. Qui observe qui  ? (…) 

Mon portrait était le 162ème de la série. D’ici la fin de l’année, elle veut en avoir terminé. Sandrine Follère ne traîne pas. La 163ème est déjà passée et d’autres depuis, mais il reste encore des peintures à réaliser pour celles et ceux qui veulent en être. Ça se passe à Toulouse, tous les détails sont sur le site. Quant à moi, je suis à ma place, quelque part au milieu des gens, dans la très grande famille de l’Homme. Et c’est très bien comme ça.

Les gens - Série par Sandrine Follère

Les gens - Série par Sandrine Follère

Puisqu’il est d’usage de taguer à son tour, j’aimerais bien lire Manu causse, Ligne de vie , et Magali Duru sur le sujet.
56 Responses to La première fois
  1. En effet, chez nous dans le Sud-Ouest, on mange tout ce qui vit au-dessus de Bordeaux.
    @Luc : où sont-ils à présent, mes trente ans ? (voix de Charles Aznavour)
    Je te « cadette » de pas beaucoup :o)
    (Et je l’ai trouvée dans la salle des pas perdues, bien sûr)

  2. Enfin une « première fois » pleine de grâce, racontée toute en finesse, j’ai beaucoup aimé vous lire. Une superbe idée, en ces temps de virtuel, de redonner de la place, de la chair, aux gens.

    • Bonjour lointaine et frileuse Prétronille. C’est un plaisir de recevoir ici une de nos concitoyennes, résidante du Canada (où les gens sont ébouriffés, matraqués par la pub, raides dingues de fromage liquide et de vin en canette, assaillis par les maragouins…). Vous ne nous écririez pas une première fois à la manière de Pétronille, par hasard ?

  3. Et je ne suis même pas venue commenter !

    Mille excuses Frédérique mais je suis prise dans mille choses et débordée…

    J’avais déjà vue que tu avais pris un chemin de traverse… Je ne t’en veux pas tant il m’a charmé… Quelle belle idée, quel beau moment tu nous fais partager ! Merci. Je file voir le site du peintre !

    • Ah Zoridaé, c’est ça être star ! Ne t’inquiète pas, c’est la vie qui nous prend et c’est bon. Je viens chez toi trés discrètement moi-même, et il y aura des périodes où je serai moins présente pour cause de travail, de famille, d’amis et d’écriture.

  4. Oh, Depluloin… Tss, tss, petit joueur.


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