« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… ». Ainsi sont nés les vases communicants. Aujourd’hui, Désordonnée et Frédérique Martin s’invitent réciproquement.

AND THE REST IS HISTORY

Texte de Désordonnée

La thérapeute d’Alice ne dit rien. Elle ne craint pas le silence, et c’est 50 euros la séance. Alice lui a demandé une fois de l’aider, de dire quelque chose sur elle aussi, quelque chose du désordre de l’intime, pour voir. Un truc honteux, c’est quoi ? Un non-dit, c’est comment ?

La thérapeute, qui a un collier en vraies perles et des fausses dents, a souri d’un air entendu, on la lui a déjà faite. Mais Alice la soupçonne de ne rien avoir à raconter.

Alice a mal aux poumons, une brûlure. Elle a tout essayé. Il y a eu plusieurs investigations. Elle ne souffre de rien et elle a mal sans cesse. Alors, elle voit une thérapeute une fois par semaine pendant 45 minutes, et la thérapeute conclut quelquefois qu’il faut de la patience. Avec de la patience, il paraît qu’on avance.

Alice pose ses deux mains contre son plexus et attend que ça passe, et ça ne passe pas. C’est une prière. Elle se couche en chien de fusil, les genoux contre la poitrine, c’est un fœtus anxieux. Elle s’étire et se pend aux chambranles des portes. Ça détend les cervicales. Elle pleure et elle gémit. C’est une cinglée. Elle est allée à la bibliothèque et elle a regardé un livre, un livre idiot sur la réflexologie. Elle voulait savoir où l’on appuie, une chinoiserie, pour apaiser la brûlure, pour délier les nœuds, en anglais on dit « undo ». C’est entre le poignet et la pliure du coude, le point de non-retour. Alice pleure et elle se demande si elle n’appuie pas sur la vérité.

La grand-mère d’Alice n’avait que 22 ans quand elle a pris son dernier train. C’était son premier voyage pourtant. Elle avait une petite valise et de grands yeux noirs. Ensuite, on lui a tatoué une série de chiffres à l’intérieur du bras. Ça ne faisait pas si mal. Ensuite, elle est morte à la suite d’assassinats multiples, parce qu’à Dachau, c’était comme ça.

La thérapeute trouve que c’est bien, qu’on avance. Vous voyez, Alice, la patience. Et encore le silence. C’est vrai que les poumons d’Alice respirent plus librement. Oui, mais voilà, maintenant, Alice a mal aux dents. 

CP : Phédia Mazuc

CP : Phédia Mazuc

Crédit Photo Phédia MAZUC

Les autres participants aux vases communicants  : (que les oubliés se manifestent)
Ligne de vie et Arf
Anna de Sandre et Tor-ups
Zoé Lucider et Sophie K
Tiers libre  
et la vie dangereuse
A Chat perché et Mahigan Lepage
C’était demain et Petite racine
Les lignes du monde et Paumée
36 poses et Arnaud Maisetti
Baptiste Coulmon et Scriptopolis
Elise Lamiscarre et Pierre Ménard
Martine Sonnet et Anne Savelli

34 Responses to Les vases communicants (3)
  1. Donne-toi le droit de vivre.

    (chouette on peut commenter q:)

  2. […] autres participants aux vases communicants  : (que les oubliés se manifestent) Frédérique Martin et Désordonnée Anna de Sandre et Tor-ups Tiers libre  et la vie dangereuse A Chat […]

  3. Rhaaaaaaa enfin on peut commenter un texte d’ABS !
    Génial et bien vu la cure freudienne (45mn) avec déplacement du symptôme.
    (Pis bien écrit, comme la majorité des textes de la dame)

  4. Alice aussi avait une petite valise, comme sa grand-mère, mais la sienne était trop lourde à porter…

  5. Mal aux dents ? Alice, tu manges trop de pizzas !!!!!!!!!!!!!!!!!

  6. Merci du lien de Phédia Mazuc,
    je découvre et suis sous le charme…
    Merci.
    (oui deux fois).

  7. […] participants aux vases communicants : Frédérique Martin et Désordonnée Anna de Sandre et Tor-ups Tiers libre et la vie dangereuse A Chat perché […]

  8. sur le mal de dents, attention à certaines propositions d’anesthésiants : http://petiteracine.over-blog.com/article-36616553.html

    • @ Petite racine : Oui, je l’avais déjà lu :0) On verra ce qu’en dira Désordonnée (si elle fait son apparition, car c’est une sauvageonne). Avec votre pseudo, on se doute que les maux (mots) de dents, vous connaissez vous aussi. Il y a tout un passage dans « Femme vacante » au sujet du chagrin d’amour qui est aussi injuste et violent que la rage de dents.

  9. Merci pour le lien sur le mal de dents, que j’ai beaucoup aimé.

    Oui, je recommande le site de Ph&. Et contente de voir qu’il vous a plu.

    Anna, c’est bon d’être comprise 🙂

    Soul fifre, go ask Alice comme disait la chanson, pour moi, à part un rhume béton, ça roule, hein 😉

    Tb, voilà !

    Sandrine, hello toi.

  10. vrai que le voyage est quasi omniprésents dans nos échanges – même moi la très casanière (faut dire que j’étais hébergée par les lignes du monde)

  11. Tout en respectant toutes les licences littéraires :
    – les déportés de Dachau étaient évidemment immatriculés mais ne portaient pas de tatouage ;
    – une femme tatouée ne pouvait l’être qu’à Auschwitz ;
    – les marches de la mort ont eu Ravensbrück et non Dachau comme destination pour les femmes.

  12. Abs, je trouve qu’il y a certains de tes textes qui peuvent même se passer de compliments… Au risque d’ébrécher l’histoire (?) (grande et petite), précieuse aussi. Celui-ci est un de ceux-là.

  13. Et bien les vases font leur boulot, je découvre une désordonnée qui m’ordonne d’ajouter son blog à mon google reader.

    Que dire sur ce texte ? Que si on ne se ment pas, on a tous quelque chose à sortir de notre plexus.

  14. c’est magnifique!!!

  15. arf, moi je vous connaissais déjà.
    Emelka, merci.
    Jea, merci pour cette leçon d’histoire. Je pense toutefois que la grand mère d’Alice a très bien pu être déportée à Auschwitz, puis Buchenwald, treblinka, sobibor… il y avait le choix. J’ai choisi ce camp là parce qu’il fut le premier. Le prototype si je puis dire. C’est tout.
    Frederique , c’est un peu exagéré : ) mais c’est très gentil.

  16. ah ben vous étiez discrète alors… 🙂

  17. Voyage du symptôme dans tout le corps… Quant à la psychanalyse, j’ose y croire encore… mais…

  18. Bravo pour ce texte!

    Je comprends cette oppressante angoisse d’Alice. Moi, j’en ai fait beaucoup de cauchemars, et je ne sais pas si on peut s’en affranchir un jour totalement (moi en tout cas elle continue à m’habiter).

  19. « Patience », du verbe latin « patior » je supporte, je souffre », comme on ne le rappelle jamais assez.

    Bon, d’un autre côté, tant qu’on a mal, c’est qu’on vit.

  20. @Frédérique Martin: heu! je suis timide, ne l’oublions pas… Et puis je fais des images (pour des enfants pas très sages… Il est vrai!)
    Mais si on insiste…

  21. J’en garde comme un certain sentiment d’autobiographie.
    Je te dirai plus jamais où j’ai mal, Abs.
    Et tu me dois 50 euros.

  22. Aliz > Nathan Z is inside me. (cheque ou liquide : ) ?)

    magali> bien vu.

    Enfantissages> merci a vous

    Dominique > La psychanalyse m’interesse beaucoup (je n’ai guere le choix), et j’aime assez qu’elle ne dise pas de quoi on souffre mais qui nous sommes pour souffrir de « ça ».

    Arf> c’est un de mes défauts principaux.

  23. En liquide, Abs, dans une petite valise.

    • Et la police des blogs, hein ? Vous y pensez bande de délinquantes ! Qu’est ce que c’est que ce trafic dans lequel je n’aurais pas ma commission, je vous demande un peu…

  24. Très bien, c’est d’accord chère Frédérique. En échange de l’adresse et de la liste de biens qu’il reste à cette pauvre Jacqueline.

    • Ah mais c’est du racket, de l’extorsion de fonds, du rapt ! Tout se paye ici, l’emplacement pour le traffic ET la jacqueline’s liste. Et n’essayez plus de me rouler dans la farine, j’ai de l’expérience, moi !

  25. Allo? (les vieux sont sourds et en jouent) Donc ce serait ici que tout se passe. Il était temps de m’en informer. Je salue Toulouse et sa région. Et le Gers aussi. D’ailleurs il est question que je m’installe dans une carrière des Pyrénées (65).

    Bravo à tous.

    • Ah quand même Depluloin ! J’ai failli attendre. Il ne ferait pas bon se perdre dans le désert avec vous. Même munis d’une carte, d’une boussole et assis au pied d’un panneau indiquant l’oasis, on ne serait pas certains d’y arriver :0)

  26. Abs: Qu’il est doux de souffrir en te lisant. Dis, je t’invite au resto et c’est toi qui paye, dac? Je sais, je sais, on ne dépensera pas plus de 50 euros. Zoubis.

    Bijour madame Martin. C’est jouli chez vous, confortable.

    Ps : La purée, comme elle a assuré la Phédia !


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