« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… ». Ainsi sont nés les vases communicants. Aujourd’hui, Le blog à Luc et Frédérique Martin s’invitent réciproquement.

JONAS

Les eaux usées des bêtes avaient eu raison de la pente en brique debout :
le sang et les viscères mêlés de merde, avaient rongé ciment et moellons.
Nous dûmes flinguer les soixante-dix mètres carrés à regret,
évacuer le stabilisé… Des tonnes de stabilisé !
Eviscérer Léviathan de ses sanies à la petite cuillère,
le vider à mains nues des vingt autres tonnes d’humeurs séreuses et de gravats.
Sept cents mètres carrés ! en copropriété.
Folie ! (je pensais à l’atavisme familial de ces bâtisseurs, à la colonie et tenais bon…)
Pauvre abruti que j’étais !…
Briques, poutres et murs mérulés, pierres de Gobertange, amas tentaculaires et arachnides de fils électriques, panneaux d’Eternit à l’amiante mortelle, à l’asbest perfide, gaines de plomb (pas mieux), métaux à l’oeil mauvais, aux arêtes tranchantes, planchers pourris, carrelages nicotineux, ferrailles distordues, rails de plafond lourds comme des cadavres, crochets de boucher servant à l’abattoir…
Servaient-elles ces esses ?
Bien sûr, cette question !…
Continuer à casser, débarrasser, nettoyer… Pas le choix !
Procès, évidemment, avec les voisins,
dégâts des eaux… Avocats, juges, argent… Experts !
A la reconstruction le copropriétaire qui joue les filles de l’air,
pas vu pas pris, plus de nouvelles…
Retourné chez sa môman !
Pauv’chou ! l’avait peur de (re)construire
Le psy n’était toujours pas né pour ce crétin !
Mis en ménage sa douce et tendre nous a fichu un procès au cul
pour nous apprendre !
(Avocats, juges, argent… Experts, c’est le refrain !)
Trois fois les pluies torrentielles d’août vinrent inonder ce plancher sans toit,
attendant le premier entrepreneur véreux,
boues mêlées de scories de construction,
je n’y voyais plus qu’une grande toile
un tableau aux pigments ocres
palimpseste de poussières gorgées d’eau
aux scories de plâtre
repentirs de matières
flammes rousses du bois humide :
déguisé en salade dans mon ciré vert,
sous la pluie, j’avais la cervelle d’un canard,
je filmais inlassablement les traces laissées par nos pas,
sans voir,
la destruction et la reconstruction numérisée et analogique de cette maison,
que dis-je, de cette ruine !
Connard, oui !
Entre coups de burin, pelletées et coups de pioche, barre à mine, cisailles…
brouettes de scories.
Deuxième entrepreneur.
Le bruit infernal de la disqueuse,
le tac-tac-tac stupide du marteau piqueur…
Imprudences !
je ne voyais toujours pas.
Prendre des photogrammes,
l’obsession,
trois ans quasi sans toucher un crayon
sans dessiner, peindre, sculpter,
faire des images… frustré du pigment il me fallait faire ces films pour me rassurer
me gaver,
le leitmotiv !
Quelque chose pour me nourrir l’esprit :
la lecture ? Que dalle ! Abrutis de fatigue que nous étions en rentrant dans le deux pièces, qui nous servait de refuge, une douche, la bouffe et puis sommeil sans nom par dessus un livre entrouvert ;
ankyloses de nouveaux muscles découverts au réveil,
dues aux (nouvelles) machines de la veille ou aux nouveaux corps de métier que nous apprenions sur le tas… Les égouts c’est le dos, le carrelage, les genoux, le plafonnage, les bras…
Doigts gourds, souplesse du corps handicapé par ces couches de vêtements pour travailler à quatre degrés…
Le seul moment rédempteur c’était ces fins de journées à ranger le chantier
et à cleaner le cétacé avant de repartir vers la capitale distante de quarante et des bornes.
Filmer le miroir tremblant et fragile des structures, désormais obsolètes,
de la cage thoracique de la baleine :
la matité du sol fraîchement débarrassé de toute impureté,
la disparition de l’image au profit du monochrome
leçon de peinture minimaliste
imbécile que j’étais,
aveugle que je fus.

 Le reste sera avec toit
… Mais sans toi.
Notre histoire d’amour n’y survivra pas.
Avocats, juges, argent… Exp.. Non !
Non ! nous avions tiré les leçons…
Ce fut une belle séparation,
à l’image de notre entente actuelle.
Je ne m’attaquerai plus aux moulins
… Encore moins à Léviathan.
Du moins je le crois
(sans être sûr…) 

 Texte et images : Luc Lamy

Les autres participants ( que les oubliés se signalent ) :

Futiles et graves (Anthony Poiraudeau) et  Paumée (Brigitte Célérier), 
Tiers Livre (François Bon) et  Ce métier de dormir (Marc Pautrel), 
Petite Racine (Cécile Portier) et Abadôn (Michèle Dujardin), 
Tentatives (Christine Jeanney) et Enfantissages (Juliette Zara),
Elle-c-dit et  Fut-il ou versa t’il dans la facilité ? (Christophe Sanchez),
C’était demain (Dominique Boudou) et Biffures chroniques (Anna de Sandre),
Terres.. (Daniel Bourrion) et Journal Contretemps (Arnaud Maïsetti),
Liminaire (Pierre Ménard) et  Jours ouvrables (Jean Prod’hom), 
Pendant le weekend (Hélène Clémente) et Oreille culinaire (Isabelle Rozenbaum),
Les beautés de Montréal (Pierre Chantelois) et L’Oeil ne se voit pas lui-même (Hervé Jeanney)
Mo(t)saïque (Jean) et L’arbre à palabres (Zoé)

80 Responses to Les vases communicants (5)
  1. Ha! ha! monsieur Patate! PaÂtate-au-nez-heu!!!

  2. En plus, il est pas trop couette ce monsieur, il invite les filles, et quand elles répondent il les traite de femelles !!? Madame Frédérique, je ne sais si c’était une bonne idée de prêter votre lieu pendant le premier WE 2010 …?

  3. Frédériiiiiiiiiiiiiiiiiiqueu???! Non mais vous voyez ce que je vois??!! Frédériiiiiiiqueu?? !! Comment l’on me traite ici?! Et c’est pas moi qui ai commencé! (Je m’en fous : il paraitrait que ce garçon me ressemble. Donc patate au nez lui-même!)

  4. @koukicouette: ouais c’est vrai qu’il est impoli le monsieur…
    ça m’apprendra à lui montrer sa mère à ski
    plus jamais!
    demain je fais « culture », i va rien y comprendre!…
    Dis, kouki, ça te va bien les couettes!;O)
    @Depluloin: PaÂtate-au-nez-heu!!! j’ai dis premierheu!!!
    (en aparté: non qu’est ce qu’on me fait dire comme texte ici! il n’ont pas un truc du style:
    « Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
    Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,… etc. »
    Y z’ont pas?)
    PaÂtate-au-nez-heu!!! j’ai dis premierheu!!!
    (re- en aparté: quelle vie!)

  5. @Luc : « le mari et la femme furent laissés en une petite île sur la mer, où il n’habitait que des bêtes sauvages. Et leur fut permis de porter avec eux ce dont ils avaient nécessité.
    Les pauvres gens, se trouvant tout seuls en la compagnie des bêtes sauvages et cruelles, n’eurent recours qu’à Dieu seul, qui avait été toujours le ferme espoir de cette pauvre femme. (…) Et quand les lions et autres bêtes s’en approchaient pour les dévorer, le mari avec sa harquebuse et elle avec des pierres se défendaient si bien que non seulement les bêtes ne les osaient approcher, mais bien souvent en tuèrent de très bonnes à manger. Ainsi, avec telles chairs et les herbes du pays, vécurent quelques temps. »
    (Heptameron – Marguerite de Navarre p. 459)
    ‘tain, kesqifopafer…

  6. Ah nan pas pu tout lire, quel embouteillage. Bon Luc en mai d’accord, si toutefois l’arbre a toujours des feuilles uh uh!

  7. J’ai relu et j’ai moins bien compris que la première fois. Surtout j’ai loupé l’épisode de la cave qui était le meilleur me semble-t-il…

    Quoi « Schlink schlink »?

  8. Mais non! Depluloin n’est pas un enfant abandonné! Surtout quand on lui dit plein des misères! Le pôvre petit canard!Sa môman est toujours là! N’est-ce pas mon petit que ta môman elle est toujours là? Ne pleure plus et prend ton doudou!

  9. MAMAN!!! JE VOUS PRÉSENTE MA MAMAN!! … (Et cette fois tu restes un peu et ce soir tu me lis une histoire!!)

  10. @Frédérique M: Shakespeare? je note.o)
    @Anna de Sandre: ‘tain, kesqifopafer? je note aussi;O)
    (bô)
    @zoë: super… Et moi je vais aller sous l’arbr’euh! lalalèreuh!
    @Depluloin: en Belgique la cave est un sujet délicat.
    @Babeth31: faudrait, quand vous partez sans prévenir, que l’on sache où se trouve le bouton « on-off » sur Depluloin…
    Nous sommes tout un groupe vivement intéressé par cette information.o)
    @frederique: Babeth, Babeth, Babeth,Babeth, Babeth, Babeth…
    @Depluloin: « on-off »-« on-off »-« on-off »-« on-off »

  11. @Luc : ‘Tain Kesquifopafer se trouve dans les bonnes librairies.

  12. Eh ben c’est plaisant!!! Je voulais citer Beckett mais finalement je vais me taire! voilà!!

    MAMAN??? MAMAN???

  13. @Depluloin: je veux bien pour l’histoire, mais pas « Les trois cochons de nains », ni « Blanche-neige et le loup ». Pourquoi pas les aventures de Tintin dans la lune?
    @L…..uc: c’est ballot! Je cherche le mode d’emploi partout et ne le trouve pas! Tain kesquejenefé?

    • Cherchez plus le on-off, le voilà :

      la petite biche est aux abois, dans le bois se cache le loup, ouhouhouh
      mais le brave chevalier passa, il prit la biche dans ses bras, lalalala
      Une chanson douce, que me chantait ma mamaaaaaan, en sucant mon pouce, j’écoutais en m’endormaaaaaaant

  14. Ooooooooooh … z’é bien dormi moi…..

  15. Comme il est mignon quand il dort

  16. @Anna de Sandre: c’est quoi une librairie?
    @Depluloin: elle arrive!
    @Babeth31: c’est malin! je t’avais dit de le mettre en lieu sûr avec les modes d’emploi du mixer et de la tondeuse!
    @frederique:… Le loup on s’en fiche contre lui nous serons deux, je l’ai poiur la journée! t’es contente j’espère!;o)
    @Depluloin: off, off, off,..
    @Babeth31: c’est vrai qu’il redevient petit enfant dedans le ventre de sa mère… ( je dois à tout prix oublier Salvador, mais Brel est-ce mieux?:o)

  17. De quoi de quoi le petit n’a plus de langue?
    @L……c: arrête avec le off, tu vas casser le bouton!

  18. Oh! Ze crois que z’ai aperçu une belle échelle de riches terres!!

  19. Ben dis-donc, on ne s’emm… pas ici ! Vous démarrez 2010 sur les chapeaux de roues !

  20. Comment cela un essoufflement alors que je viens de sortir la meilleure depuis… bien longtemps! Soit, je me tais.

  21. Mais zou est donc passé le petit?! Dans quels « flous flous » s’est-il encore réfugié?! Peut-être est-il chez sa grand-meuhmeuh ou bien avec son bonhomeuh de neige! A surveiller!

  22. Maman!! Je suis chassé de partout!! Alors je vais bouder très fort, et peut-être même retenir ma respiration!! (Oui, je suis chez Grand-meuhmeuh avec mon pot de crème fraîche et des frites.)

  23. Respire un grand cou^p! J’aurais trop mal au coeur si je te perdais dans la crèmeuh!!!!

  24. @ Maman : Non mais personne ne prend mes menaces au sérieux!! Sauf toi ma maman chérie! :)

  25. @tous: merc(k)i de votre passage et de votre lecture…
    à plus dans d’autres « vases communicants ».


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