Paroles du vivant

Crédit Photo Jean-Luc Aribaud
Crédit Photo Jean-Luc Aribaud

J’ai rencontré Jean-Luc Aribaud à Lourdes.  Il n’y a là aucune allusion du genre : « j’ai vu la vierge ». Non, mais bon. Quand je me suis assise dans ce restaurant,  je ne savais pas que se tenait en face de moi, celui que je ne tarderais pas à considérer comme l’un de mes poètes de prédilection. Je venais de remporter Le Prix Prométhée avec L’écharde du silence et lui le Prix Max Pol Fouchet avec Une brûlure sur la joue. Entre nous, soudée par le rire, une complicité immédiate que je souhaite indestructible. L’œuvre de Jean-Luc Aribaud est abondante et proteïforme : photos, vidéos, romans, poésie… C’est à cette dernière que je veux m’arrêter :

demain / soleil large/ et lune sombre
s’uniront sur tes terres dévastées/ fonderont des villes blanches
où/ dans une langue/ dont tu ignores les vocables
des enfants habillés de foudre/ dompteront des chevaux noirs

A la verticale du lieu vient de paraître aux éditions de l’Arrière-pays qui avaient déjà publié Les mondes illimités en 1999, recueil couronné par le Prix louis-Guillaume.

et comment dire
à qui veut bien/ se consumer dans mes yeux/ ce pic en moi
cette pierre éternelle/ cette pliure de la parole
où le néant élabore son origine/ prend possession de sa terre
et jusqu’à l’aube cernée de loups/ flambe ses herbes mauvaises

Je recommande tous les recueils de Jean-Luc Aribaud. Chaque page ouverte est une offrande, chaque lecture rafraîchit le poème et le ravive comme pour une première rencontre. Cette poésie, à lire et à relire jusqu’à l’usure, ouvre sur une nouvelle dimension où la parole s’élève à la verticale d’un monde qui lui, s’écroule.

je les attends/ ces familiers du vide/ assidus
scellés à l’arthrite des murs/ fronts bas/ mains tendues
je leur cède/ ma part de poussière/ ce que je sais
de la rocaille qui dure/ du temps/ qui ne les écoute plus

Où trouver le talent de faire partager la fièvre indomptable que m’arrachent ces textes ? Comment traduire cette vibration ardente, l’élan qui me pousse jusqu’à ma propre table et m’intime l’ordre d’écrire à mon tour ? Poésie de l’urgence, de la lucidité, écriture de qui ne veut qu’une chose, mais passionnément : tenir debout.

et nos voix prises/ dans le plâtre des peurs/ ne font que buée
vapeurs inconséquentes/ sur le verre sans joie
quand il faudrait chanter/ haut et clair
colchique dans les près/ comme les enfants éclairés
que la fin des âges/ n’inquiète guère

Le poète prend appui sur le paysage des corbières où le mensonge est impossible sous les giboulées de sauterelles, l’écorchure des sentes, le schiste impassible et l’incunable des genévriers. Il y puise la force de bâtir un recueil où les mots suivent une corde de lecture qui enlace le livre dans un seul et même baiser.

jusqu’au vertige infini des villes/ où le mensonge des murs
nous couvre comme un mort/ nous recouvre d’une durée aride
d’une parole inféconde/ et nous allons tout de même
cernés de crépuscules/ sans oracle/ le geste bas
funambules dans le ciel âpre/ dans l’illusoire d’une vie
comme si le poids/ qui nous courbe/ nous préservait de la chute

Quelle est la place des hommes, dans un univers dont ils se croient alternativement les maîtres et les victimes ? Comment ouvrir leurs yeux aux agonisants qui s’obstinent à les tenir clos ? Peut-on entendre la voix du poète comme celle du prophète ? Ce dixième recueil prolonge une œuvre exigeante et forte. En artisan de haut vol, Jean-Luc Aribaud  y interroge la bure de papier et vrille sans faiblesse les mots d’une langue à venir.

qui donc en nous plongera/ son encre de nuages/ sa canne d’or
et pour quelle pêche miraculeuse/ quelle dorade de mots
et qui donc/ de nos gouffres amers/ ramènera le poème sauveur

 

On lira aussi avec bonheur  l’article de mon ami Michel Baglin dans Texture. Ci-dessus, une vidéo poétique écrite et filmée par Jean-Luc Aribaud, voix de Marie Dilliès et musique de Patrick Arpaillange. Une fois celle-ci terminée, on peut accéder à d’autres du même auteur, ne vous en privez pas.

Recueils de Jean-Luc Aribaud :
Dans les marges de cendres, avec Phillippe Dours, N&B
Les mondes illimités, L’Arrière Pays
Celle qui attend, Filigranes
Instants de rien, L’Arrière Pays
Une brûlure sur la joue, Le castor Astral
Les langues noires, Collection Tram, A éditions
Ecrire où la muse est (collectif) N&B
Prophéties, Le Castor Astral
L’Appel des sources, Pleine Page
A la verticale du lieu, L’Arrière-Pays

Cet article a 67 commentaires

  1. Merci de ces partages, envie d’en lire plus …

  2. L’art des rencontres, c’est important de lui donner aussi sa place, immense. J.Luc Aribaud est un poète que je ne connais pas – pas encore – trop envie des voix vives. Sa photo est impressionnante. La bouche d’ombre qui nous parle.

  3. @ Kouki et Taraf Zélie : partager, rencontrer, échanger. Et continuer d’y croire, malgré tout.

  4. Aribaud… C’est bien un bonbon alors?
    ou le petit fils caché d’Harry Baur.
    (je plaisante… ça donne envie de lire).

  5. @ Luc et tous les amateurs de confiseries : Haribo et Aribaud. Rien à voir. (il fallait bien qu’il y en ait un pour la faire, c’est Luc qui s’y colle. Tous en choeur : bonjour Luuuuuuc)

  6. @ Taraf Zélie : Aussi loin que possible et malgré toutes les avanies qui voudraient nous faire lâcher le morceau et renoncer à y croire, justement. Mais c’est un trés grand débat que nous soulevons-là.

  7. Pour un bonbon, il a pas une tête très avenante. Et Frédérique, je comprends mieux pourquoi vous me battez froid depuis quelque temps… Enfin, Lourdes fait des miracles : vous êtes tombée amoureuse d’une gargouille! Comme quoi le physique…

    (plus fort que L……….uc, non?)

  8. @ Depluloin : Vous ne perdez rien pour attendre. Je vais aller mettre des commentaires sur votre blog tout neuf. Ce soir, ou demain, on ne sait pas. Signé : La vengeresse masquée (et d’où tenez-vous que je vous snob, seriez pas un peu parano suspicieux, des fois ?). Nouveau mot d’ordre : Touche pas à ma gargouille !

  9. Ma chère Frédérique,

    Vous aviez remarqué qu’il ne s’agissait que d’un combat de coq entre un certain L….uc et moi-même? Je pense avoir gagné.

    Et je risque pas de toucher à votre gargouille! 🙂

  10. Pour les fraises Tagada, je voulais en parler ce matin … je n’ai pas osé … Luc l’a fait !!!

  11. Mais moi aussi!! Seulement ce L…………………..uc n’a pas d’horaire!

    Sérieux, ce soir j’ai lu attentivement et, Frédérique, vous tenez là un bel ami. (Pour les lectures en revanche, il faut que j’ouvre une école. Après tout, c’est mon métier.)

  12. Vous êtes prof de lecture quand vous avez vidé votre bouche de toutes les fraises tagada ? Vous embauchez dans votre école ? J’ai un trés beau CV.

  13. Frédériiiiiique?
    y a Dupluloin qui m’embêêête…
    y fait rien qu’à dire qu’il se nomme oui-oui,
    qu’il est ton n’ami
    et à me disturber dans ma lecture.
    pfff!!!

  14. Un silence lourd s’en suivit sans que l’apparition ne se mette à déambuler en patin une roulette et chaise pour cul-de-jatte.
    A part cela belle rencontre que je souhaite apostate !

  15. La langue, ça ne sert pas qu’à déguster le beaujolais nouveau et à pratiquer le baiser français avec les petites anglaises. La preuve en est avec ton hommage à un poète, donc à toute la poésie. La langue, ça sert aussi à poéter (ça, c’est pour donner du grain à moudre à Depluloin) dans le merdier ambiant.

  16. oui mais bon, lire les blagues Carambar permet un petit bruit de fond quand mêêême …?

  17. Mais j’ai vu Frédérique! J’ai vu! Vous êtes couverte de prix!! de grands prix!! de Coupes! Vous manque même pas celle du concours de pétanque de Saint Léonard-des-Burettes!! Comment pouvez-vous rester si simple?! C’est admirable!!(Et encore, je n’ai pas commencé Femme vacante!)

    @ L………uc : Mais que se passe-t-il mon enfant? Allez, prends ta p’tite voiture et va jouer !! (Combien la voiture?)

  18. Bouh!!!! Quelle bande de garnements!!!!

  19. Merci pour cette appétissante mise en bouche!
    Il s’en passe des choses à Toulouse et sa région…

  20. Bon, laisse-moi le temps d’arriver et je m’attelle à la lecture de ton article.
    Deplu et Lulu, au coin !

  21. @ Asinus : Mais qu’est-ce qu’elle a cette gargouille ? Elle fait peut-être un penser au cri de Munch…
    @ Gibi : la poésie est la pointe étroite de la langue. J’espère pouvoir proposer un recueil dans quelques temps. Le projet suit son cours.
    @ Kouki : Mais quelle gourmande !
    @ Depluloin : Vous êtes sûr qu’il s’agit bien de moi :0)
    @ Babeth : faudra revoir le système éducatif
    @ Enfantissages : C’est une belle région en effet, bourée de talents.

  22. C’est très beau, textes et vidéo comprise.
    Je n’allais pas sur ton blog, je croyais que tu ne le tenais pas, parce que c’était toujours la même page qui s’affichait.

  23. @ Brigitte : C’est vrai que la page d’accueil peut prêter à confusion, nous y travaillons, mon webmaster et moi, pour changer la donne. N’est-ce pas Monsieur mon webmaster ?

  24. Merci Fredaime, quelle lecture !

  25. Ah! Je ne suis pas mécontent : longtemps j’ai cru à un blog ésotérique non entretenu!! Moi qui ai un peu d’expérience, il est indispensable d’ouvrir par la page la plus récente…

    Et, Frédérique, essayez de faire des phrases light. Exemple : « une région bourrée » suffit amplement à votre propos.

  26. On voit tout de suite que vous êtes un expert Depluloin !

  27. Et ma maman? Je veux voir ma maman!!

  28. Au fait, j’ai acheté Lambeaux de Juliet…

  29. Eh oui! Les mômans, faut qu’elles dorment!

  30. Merci

    pour ce partage. Un bien doux dimanche matin, entre les mots, les fleurs et les croissants 🙂

    Une belle journée à vous Frédérique!

  31. @ Anna : Tu as bien fait, c’est un livre fort.
    @ Luc : Oui, trés chiffonnant, je suis d’accord.
    @ Mlle d’enfer(t) : Beau dimanche doux et ensoleillé. Feu de bois, thé, petit plat qui mijote, des livres, de la musique. Que demander de plus ?

  32. Qui est chiffonnant ici??! Hein?

  33. @ Depluloin, vous connaissez le proverbe : qui se sent morveux … Il faut que je vous cause en tête à tête. Rendez-vous sur votre boîte aux lettres
    @ Anna : C’est de Lambeaux dont tu parles ?

  34. Aie!aie!aie!!!!ça va barder!

  35. Vas y Frédérique! si tu savais ce qu’il a dit sur toi en plus…
    (Et il est avec la fille du quatrième,
    sa mère n’en sait rien…)

  36. Ah bon il n’est pas plutôt avec la fille du troisième, celle qui a toujours, a toujours, a toujours , a toujours des problèmes… :0)

  37. Quoi? Quoi? On me cherche? On va me trouver!!! ….. Que voulais-je dire déjà? … Ben voilà! impossible d’avoir des échanges sérieux avec ces obsédés sexuels!!

  38. Ah oui Frédérique!! Ça y est, ça me revient! Ce que voulais vous dire : changez de fournisseur, votre page d’accueil est impossible! Voulez-vous que je me déplace à Toulouse? (Y a une gare?)

  39. Lambeaux, putain de livre !

  40. J’aime beaucoup les images qu’il construit avec ses mots. Belle découverte!

  41. @ Depluloin : Que reprochez-vous à la page d’accueil de mon site ?

  42. @ Gibi : voilà qui est dit :0)

  43. @ En effet la Méduse, c’est une des qualités de cette écriture et je pense que le photographe n’est pas pour rien dans cette aptitude.

  44. Six jours pour poster un nouvel article, je trouve que c’est un peu long. A moi, cela n’arrive jamais.

  45. Bouh, la vilaine, vilaine, vilaine Anna de Sandre qui ment comme une arracheuse de dents et qui vient jusqu’ici pour gagner sa réputation. Bouh qu’elle est vilaine, je le dirai à Babeth 31. (et aussi à Depluloin et tu vas voir).

  46. Argh nan ! Pas à Deplu ! Après il va vouloir me pendre par les pieds au plafond. Tu veux combien pour te taire ?

  47. un week end choucroute comme celui que tu as avec les gens qui t’ont occupée toute une semaine :0)

  48. Frédérique, j’ai brusquement changé d’avis : elle est super cette page d’accueil!! Disign, harmonie des couleurs, belles nanas… Su-per!!!

    @ Anna : Vous ne vous êtes pas toujours plainte des bons traitements que je vous ai réservés… (de la choucroute? tout est fini entre nous!)

    @ maman : maman!!! maman!!!!

  49. Moi je trouve Harry beau.
    (c’est le refrain).
    *
    *
    *
    (Après tout Deplu faisant grass’mat’ on peut en profiter…)
    Mit Kartoffel cette choucroute?

  50. @ Luc et Depluloin : Pour fidéliser sa clientèle la maison ne lésine ni sur la choucroute, ni sur les belles nanas.

  51. Trouvé les livres, deux recueils lus cette nuit. Une voix qui fonctionne en éclats. Merci Frédérique de jouer les passeuses.

  52. @ Taraf Zélie : C’est un plaisir pour moi de vous avoir donné l’envie de découvrir et de savoir que vous avez chassé le sommeil avec de la poésie.

  53. De la choucroute? Où ça? C’est drôle, j’ai comme une odeur de choucroute qui arrive vers moi.
    @Depluloin: mais je suis toujours là! Bien fait son dodo?

  54. De la choucroute ? Sur ta tête, faut voir. T’as eu Tarzéla ? Ouf, je me sens moins seule avec tes prescriptions de bouquins qu’on va connement acheter à la librairie du coin dès qu’on a lâché le clavier.

  55. Mais ça va pas, petite choucroute à la sandre ? On va gentiment, bravement, les yeux fermés et avec allégresse à la librairie, mais connement, non ! Non !

  56. Dis donc, je suis un vrai Kinder ma parole ! (brune à l’extérieur, blonde à l’intérieur) Je viens de voir que Môman a un lien sur son pseudo, et qu’en cliquant dessus on atterrit dans une ferme sublime, bien planquée isolée comme j’aime !

  57. Ah ah ah, alors, tu vas venir me voir, maintenant que tu sais ! (et moi aussi j’habite dans un maison sublime et isolée, mais moins grande cependant).

  58. @Anna: et voilà, un petit clic et on découvre sa Môman! Bravo Anna pour cette fantastique découverte délicatement imprégnée de parfums…..de parfums….et d’amitié.

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