« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… ». Ainsi sont nés les vases communicants. Aujourd’hui, Humeur noirte et Frédérique Martin s’invitent réciproquement.

Portrait-rabot

Un dernier trait gras, un peu de la suie du fusain, là, à la commissure des lèvres, relever la ride amère qui fait retomber le sourire en lassitude. Sourire, mais à qui déjà ? Plus haut, refaire au front des tranchées parallèles, sous l’épars roulis des boucles blanches, autrefois blondes, mais quand ? Tourner le visage de profil, ne pas se regarder plus d’une seconde, faire celui qui n’y est déjà plus. Allonger le cou, marquer l’étrangeté, la longueur des bras. Ici, à grand renfort de désosseur, débiter un à un les muscles qui sont comme les tendeurs élingués au porte-bagages, le fessier, inutile de s’attarder, l’œil de verre vous en tomberait, les genoux plus gros que les cuisses, les cuisses en barbelés de poils inexistants. Remonter, le ventre creux, la poitrine en cage, dedans l’hélice de l’inspire, du goudron pour l’entrée du Der des Der, une promesse d’ivrognavache, les clavicules réitérées d’un rêve de voilure. Repartir, la queue, les couilles, que dire ? Rien, ce délicat fardeau qui ne bruit plus qu’à sa seule approche, peu, la nervure oblique qui se fait, d’ensemencer, une idée mélancolique. Cet attirail auquel les amours faciles rendent la vie flaccide. Ne pas s’attarder, il est tard, les routes sont pusillanimes. La soif ne reconnaît plus que l’abord d’un seul puits. Descendre, aller, les mollets qui font se tordre les cols, les longues marches pourtant, les kilomètres de cambrousses, Paris, encore Paris, des nuits de traversées, en travers, en rage, en nage, en âge d’être assis, quelque part où on vous attend. Marcher jusqu’à plus soif pourtant, sans autre volonté que celle d’aligner les rues, les ponts, les quais, le bord des usines à vivre, toujours poursuivis par une armée de méfaits, pas tous reconnus. Le mollet, quel mot. Descendre encore, un demi-palier, rallumer la minuterie, les chevilles, les valdingues, le nez au ciel, à chercher ailleurs que dans les étrons, une voix qui puisse s’entendre à ne pas faire que gueuler sans savoir, et puis les lignes qui dévissent, le bord du trottoir qui s’élance et la gueule à deux pas d’un crissement de pneus. Les chevilles, quatrième saut, Force 10 rasant, DP Francazal, la gauche qui dit merde ! Baisée, bandée, défilé marche au pas, au chant, le brevet, la breloque, le béret, para. Papa !? T’as vu, je boite. Aller, regard au sol, les pieds. Là, mécanique, machines magnifiques, une fierté, deux salvateurs d’idées noires, deux bonnes empreintes pour les cadavres du temps. Mes pieds, tout ce qui m’appartient, le reste ? Du collage. Remonter encore une fois le nez, l’appendice signifiant l’absence de lignée. Un tarbouif à emplumer les nuages de soufre. Le tarin d’évidence, comme l’âme des bêtes au milieu de la figure. Deux tatouages, un sur l’avant-bras droit, un Centaure, trente ans, l’étoile chérifienne, un 5, un pentacle. Mon tatoueur ? Vincent Chartier, la gnôle, un bouchon de liège, trois aiguilles, de l’encre et du fil à coudre, deux heures, une tuerie. L’autre, sur l’épaule gauche, un ange Gardien, je vous dis pas son nom, c’est moi qui le garde ces temps-ci. L’ange, un seul trait de ciel sous la plume de Virginie Dollat. Puis plus rien qu’une silhouette inversée dans le miroir de la réalité. Un trait de fusain, là. Gras.

On s’éloigne, vue d’ensemble, un quart d’heure par face, pas plus, c’est de la bête de réforme. Bon.

http://www.youtube.com/watch?v=Apx-DYw-Zf0

Crédit photo Lephauste

Crédit photo Lephauste

 Les autres participants (et que les oubliés se signalent!) :

Ligne de vie et Balmolok
Biffures Chroniques et L’arbre à palabres
Enfantissages et La méduse et le renard
Annie Rioux et Philippe Maurel
Tentatives et Brigitte Célérier
Pierre Ménard et Joachim Séné
A chat perché et Kill me Sarah
Petite racine et Juliette Mézenc

71 Responses to Les vases communicants (4)
  1. Vous êtes pyrénéen, Depluloin ? ça tombe bien, je les aime frap… Non, rien.

  2. Ici ou ailleurs, Lephauste, ça biche.

  3. Ces vases sont vraiment une belle idée. Merci pour la découverte de ce texte. Le sentiment d’appartenance par les pieds, je trouve ça juste … vrai!

  4. Anna de Sandre!!! Comment aimez-vous les Pyrénéens? Mais sans notre eau, comment pousserait votre maïs??!! Petite enjôleuse! Un jour, je trouverai moyen de vous… tiens à la fête de Frédérique?

  5. Juillet? Je croyais que c’était pour le mois de décembre? Et on peut faire du camping à Toulouse? sur le trottoir? (Et cette peinture de votre amie est supeeeerbe!)

    • On peut camper chez moi car je vis en pleine campagne.
      Dans les mois qui viennent vous verrez d’autres tableaux de Magguy Masselter. Celui-ci est présenté en avant-première sur mon site puisque l’exposition dont cette toile fait partie aura lieu en décembre au château de Bettembourg au Luxembourg. mais j’en parle bientôt dans un nouveau billet qui lui sera consacrée.

  6. Dis-donc, Frédaime, l’huile sur ta page d’accueil, là. C’est magnifique. J’adore.
    Depluloin, les SDF ne sont pas trop agressifs à Toulouse, ils vous feront une petite place je pense sur le bord du Canal boulevard Matabiau. Doit bien leur rester une ou deux tentes Quechua.

  7. Ah mais ça change tout! Alors je viendrai aussi en décembre. Pas de panique, j’ai un ami qui habite sur une colline à côté de Toulouse. La seule difficulté, c’est de trouver la route.

    Pareil, Anna, le prroblème c’est de retrouver sa tente après l’armagnac…

  8. En décembre j’ai piscine. Mais après, faut voir.

  9. Bon, on ose à peine pointer son nez ici, la taulière posséde un fusil à pompe et l’invité est d’humeur noirte. heureusement Depluloin est très auprès, ça rassure.
    J’me lance quand même, le texte très fort (comme un alcool genre eau de vie de prune). Particulièrement touchée par « ce délicat fardeau qui ne bruit plus qu’à sa seule approche, peu, la nervure oblique qui se fait, d’ensemencer, une idée mélancolique. » Ca me rend mélancolique

    • La taulière ne chasse que le poil fanfaron, le cervelet à relents acides et le Depluloin coincoin (espère rare et fort menacée dont le bec ébréché fait fureur au mur des salons). Les petites cailles cendrées, les perdrix infernales, les faons tissées et autres mignonettes ne risquent rien à mélancoler sur mes terres.

  10. @ Zoë : pas de soucis, je suis là, je tiens ferme. Vous pouvez vous exprimer en toute liberté. (Mon Dieu, ce que vous picolez dans le Sud Ouest!) Et ne croyez pas tout ce qui se dit comme : en décembre j’ai piscine.

    @ Frédérique : je vous aime – depuis que je sais que vous vivez en plaine campagne. (Mais avant aussi!)

    • Bon, alors si vous m’aimez (soupir)… J’aime qu’on m’aime, c’est mon péché mignon. Je ne peux pas tirer sur quelqu’un qui m’aime, c’est plus fort que moi. Je sais, je suis faible, pourtant j’ai tout tenté, en vain : les cures de désintoxication, hainus phosphoricum en 9ch, le retournement de gant et/ou de veste, l’art-camouflet, la baffe thérapie, l’amitié peau de banane… rien n’y fait…je suis indécrottable…terrible…un sacerdoce…

  11. Donc, amuuuuuuuuuur laissez-vous aller . Rester fidèle à votre sacerdoce. Je suis votre croix que vous devrez porter… Hummmmmm

  12. « Portrait-rabot » : je reviendrai vous lire, ce n’est pas de la piquette… (suis arrivée chez vous via le mot-clé « collage », un des thèmes de mon petit blog… J’ajoute votre lien dans ma liste de préférés. Un petit point commun : sur mon blog, je parle aussi des artistes ou écrivains que j’apprécie et que le hasard me fait croiser.

    Pour Frédérique (et Dupluloin ?), je ne sais pas si cela marchera sur son ordinateur, il est possible d’AGRANDIR la TAILLE DES CARACTERES SUR L’ECRAN en appuyant simultanément sur la touche CTRL et le signe + (j’utilise le + du bloc numérique).
    à bientôt,
    Monasymptote-Martine

  13. Merci infiniment pour votre accueil !
    Pour l’instant j’ai seulement ajouté votre adresse Internet dans deux (artistes et édition) de mes listes de liens que je viens de regrouper par catégories dans mon blogounet.
    (je vais regarder de plus près Lephauste).
    Je replonge dans vos écrits,
    Monasymptote-Martine Z.

  14. […] L’ami Lephauste ayant fermé son blog voici quelques semaines, je remets ici le billet que j’avais échangé avec lui à l’occasion des vases communicants de novembre dernier. J’en profite pour vous signaler que je pars dimanche prochain pour une semaine de retraite, ma semaine annuelle d’écriture. Je n’aurai quasiment pas accès à internet et ce site sera au repos en attendant mon retour. […]


[top]

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *