लड़कियों – Laṛakiyōṁ

 

Tu as 14 ans. Tes parents ne sont pas riches. Tu vis dans une HLM, une banlieue pavillonnaire ou une zone rurale. Tu aimes les garçons, les fringues, tes copines et ce qui est interdit. Tu trouves ta vie nulle, tu te consoles dans le shopping. Tes quarante euros d’argent de poche sont maigres, alors parfois, tu voles de la lingerie ou du maquillage. Tu penses que ce n’est pas grave et que tout le monde a le droit de se faire plaisir.

Tu as 14 ans. Tes parents sont pauvres. Tu vis quelque part dans un village d’Inde, tu es rescapée d’un féminicide galopant. Tu crains les hommes, mais plus encore de ne pas en trouver et de rester un poids pour ta famille. Tu n’as rien, tu n’as droit à rien. Tu trouves ta vie dure, mais tu n’en connais pas d’autres. Tu travailles pour soutenir les tiens, le plaisir ne fait pas partie de tes acquis sociaux.

 

Tu as 14 ans, tu détestes ton collège. Tu ne lis pas beaucoup, tu écris parfois, mais tu préfères les écrans, la musique et les vies de cinéma. Tu te bats pour te faire offrir le dernier modèle de téléphone portable et obtenir le droit de porter un piercing au nombril. Tu réclames l’égalité de traitement entre ta sœur et toi. Tu t’habilles chez H&M et tu ambitionnes de te retrouver chez Morgan.

Tu as 14 ans, tu ne vas plus à l’école depuis longtemps. Tu es incollable pour tenir une maison, tu cherches le moyen de rassembler ta dot. Tu es sage, travailleuse et soumise ; tu crois qu’un mari te protègera de la violence et te sortira de la misère. Tu te bats contre des lames, des fibres de coton et des barreaux. Tu ne réclames rien, tu ambitionnes de ne pas tomber malade et de garder tous tes doigts intacts pour devenir une bonne épouse.

 

Tu as 14 ans, tu ne sais pas ce qui se passe ailleurs et tu t’en fous. Tu portes des jeans à cinq euros et des tuniques indiennes. Tu rêves d’être riche et célèbre. Tu espères t’enfuir le jour de tes dix-huit ans.

Tu as 14 ans, tu ne sais pas ce qui se passe ailleurs et tu t’en fous. Tu fabriques des jeans à cinq euros et des tuniques indiennes. Tu rêves de te marier et de manger à ta faim. Tu espères arriver au jour de tes dix-huit ans.

Bronze Maggy Masselter

Merci à ma vigilante amie Florence Thinard qui m’a envoyé cet article.

Cet article a 53 commentaires

  1. Décidément j’aime vraiment ce que fait Maggy Masselter. Ton texte je l’ai entendu avec ta voix. Je me souviens de ta lecture à Lauzerte d’une de tes nouvelles du recueil Zéro le monde. Chouette souvenir.

  2. Joli texte. Si la première le lisait, elle aurait (peut-être) une vision moins étriquée du monde. Mais si la seconde le lisait, il est probable que l’injustice de sa situation lui exploserait en plein visage.

  3. @ Ads : J’adore faire des lectures et celame touche toujours qu’on les aime. Maggy est une grande artiste, j’ai la chance d’avoir accès à des pièces qui ne sont pas toujours connues du public. C’est le cas de celle-ci.

  4. @ Sophie : Je crois que les deux connaitraient une explosion. Mais on cloisonne pour éviter autant que possible les échanges et tenir chacun dans sa cage.

  5. Pour le coup Frédérique, en tant que lectrice, je trouve que c’est votre écriture qui cloisonne ces « tu ». J’y vois une forme de brutalité réductrice, intéressante dans ce qu’elle soulève comme questions en termes de rapport à soi et à l’autre, aux autres. Mais qui interroge aussi me semble-t-il l’écriture, notamment qu’il y ait un « je » qui définit ces « tu ». Et je me demandais comment vous vous positionniez par rapport à ce « je »

  6. Personne ne veut voir que le roi est nu, et que berk.

    Ceci étant, si Miss India n°2, par un coup de chance inespéré, immigrait sans se faire rembarquer pour Calcutta illico, elle aurait une fille (qu’on ne ferait pas sauter en voyant l’échographie, peut-être?) qui 14 ans plus tard correspondrait pile poil à Miss Banlieue n°1.

  7. @ Emelka : Vous avez raison, le rythme et l’utilisation intensive du « Tu », les phrases sèches et la quasi définition qu’elles portent sont là pour illustrer la brutalité – le mot est tout a fait bien choisi – du monde dans lequel vivent ces deux jeunes filles, de la manière dont elles sont compartimentées et pré-emballées. Cett forme est venue spontanément. Je vous demande de me préciser à quoi vous pensiez, à quel « je » vous faisiez allusion et en quoi il vous questionne par rapport au TU. Pour moi, c’est presque la même chose et quand j’écris TU à ces deux jeunes filles fictives, je me sens dans leur peau, c’est à moi et à vous que ce TU s’adresse, parce qu’il nous concerne personnellement.

  8. @ Magali : Ce sont des clichés, volontairement étriqués pour être encore plus lapidaires. Miss India et Miss Banlieue n’existent pas de cette manière, mais elles existent pourtant et peuvent aussi coller parfois aux clichés. Ils sont faits pour ça, non ?

  9. Evidemment, « ça » fait « quelque chose ». Mais quoi? et combien de temps? Si par malheur nous pouvions toucher du doigt au même instant toute la misère du monde, toute l’humaine misère, nous imploserions je crois. Si difficile déjà de s’occuper d’une misère, une seule, celle qui gît à notre porte… Mais les « clichés », oui, il faut bien de ces instantanés…

  10. Je vous découvre et vous lis avec plaisir. Vos mots m’ont touchés. Je connais ces jeunes filles, soit l’une que l’autre et j’aime votre façon de les faire se côtoyer devant leurs vies, leurs attentes, leurs besoins si différents. On ne choisit pas ce que l’on est. Le destin s’en charge. A nous de faire ce que les sociétés dans lesquelles nous naissons attendent de nous…ou pas. Il n’est pas donné à tout le monde de s’affranchir des desseins de nos pairs. Laquelle est la plus heureuse, laquelle est la moins malheureuse ? Nul ne le sait et c’est sans doute mieux comme ça.

  11. @ Depluloin : Ce que vous dites est vrai, faisons de notre mieux.

  12. @ Nina : Merci pour votre commentaire. Je vous souhaite bienvenue. La plus heureuse ? Aucune des deux, je crois. Le bonheur est quelque chose de tout à fait subjectif. C’est, me semble-t-il, une attitude intérieure qui se cultive (ou pas) et peut se tenir à distance du contexte.

  13. Au fait, puisque tu fais dans l’ado en souffrance, lis (et c’est un ordre) 13 cents de Sello Duiker aux éditions Yago. Très chouette bouquin. ça se passe en Afrique du Sud, au Cap. Dans la foulée tu sauras dire « bite », « nègre » et « pédé » en afrikaans et en zoulou, ce qui n’est pas négligeable pour de prochaines vacances.

  14. @ Ads : Une petite montée d’adrénaline ? Tu n’aurais des Afrikaners dans ta famille, toi. « Faire dans l’ado en souffrance », tourne-toi donc que je vois si je peux faire dans l’adulte (et même la vieille) :0).
    Je lirai ce livre avec grand plaisir, surtout (et c’est une certitude) si c’est toi qui me l’offre.

  15. T’as gagné, je vais te l’offrir :o)

    (La vieille te demande un peu de respect, jeune merdeuse)

  16. Yesssss!!! AdS remplace Mon chien!! Génial! Un p’tit crêpage de chignons, ça va changer un peu! 🙂

  17. Je trouve aussi que c’est presque la même chose, et que ce presque n’est pas anodin, juste énorme en termes de questions qu’il soulève, c’est un des fondements et un faiseau d’interrogations en anthropologie.

    Je trouve le texte polysémique. Mais étant donné les thèmes abordés, je les relie aussi à des questions du style
    qu’est-ce que la fiction et ses liens complexes avec la réel ? Lié à cette question : qui « parle » ? Quelles représentations sociales sont véhiculées ? Et surtout j’aime quand les auteur-e-s parlent de leur rapport à l’écriture, à leurs personnage, à ce qu’ils font.
    En l’occurence, le « je » indéfini dans votre texte m’est apparu comme très différent de ce que vous dites de vos personnages en réponse à mon commentaire.

  18. @ ADS : J’éprouve un profond respect pour les sexagénaires péroxydées. Si, si. 🙂

  19. @ Depluloin: Monch est un lâcheur, trop snob pour fréquenter les lieux. Mouahahahahaha.

  20. @ Emelka : Les questions que vous soulevez me paraissent plus être de votre ressort que du mien. J’écris, mais je m’interroge moins que vous semblez le croire sur les ressorts de mon écriture. Il y a une grande part d’instinct dans ce que je fais et je décortique peu par la suite, enfin, cela dépend. Cependant, vous pouvez aller lire le chronique que je mets en ligne tous les mois sur enviedecrire.com où je parle, justement de mon rapport à l’écriture. Pour tout vous dire, vos questions me semblent impossibles à cerner avec des mots. Et je crois queje préfère laisser aux autres ces interprétations. Je ne me sens pas assez cérébrale pour vous donner des réponses un tant soit peu valables. Par contre, si vous avez envie de développer… notamment sur la notion du « je ».

  21. @Depluloin : je ne remplace pas le clébard, Frédérique est une amie chère. (elle me coûte un bras, même)
    Dites, puisque vous êtes dans un registre de langage légèrement suranné et basé sur une représentation du sexe féminin qui appartient à un vieux cliché qui fait encore fantasmer (certes) une certaine catégorie de mâles, je voudrais vous signaler que je suis toute « chiffonnée », « ébouriffée » même n’ayons pas peur des poncifs par votre expression digne d’un académicien progressiste. Vous avez déjà vu deux femmes se battre ? vous croyez vraiment qu’elles se tirent les cheveux comme au cinéma ou dans Astérix ? tss-tss…
    Allons, je suis sûre que vous savez que les femmes ne sortent pas seulement des gâteaux lors des soirées d’enterrement de vie de garçon… :o)

  22. Je vous faisais part des questions que votre texte m’évoquait, ce n’était pas nécessairement dans l’attente que vous y répondiez. Quant à développer cette notion de « je », il me semble que ça ne ferait pas sens, ici. Je ne présupposais pas que vous réfléchissiez peu ou beaucoup aux ressorts de votre écriture, mais avais sans doute envie de savoir si vous y réfléchissiez 🙂 Merci pour les chroniques.

  23. (disons sans smiley, plus simplement également parce que je m’intéresse aux personnes avec lesquelles j’échange. Rien de très cérébral)

  24. Allons, bon!! Ce texte est de vous? Je croyais qu’il était de Florence Thinard, votre vigilante amie?!!! Ah ce n’est pas clair! ce n’est pas clair!!! (Et ça n’est pas la première fois que ça arrive Aaaaaaattentiononon!!;)

    Comment ça? C’est moi qui suis… ?

  25. @ ADS : Ahahahah, un bras en carton alors ! J’adore quand t’es toute chiffonnée 🙂

  26. @ Emelka : J’y réfléchis certes, mais pas d’une manière conceptuelle. J’ai toujours pensé que les analyses de textes sont le fait de personnes qui lisent mais ne créent pas à travers l’écriture. Je ne suis pas une grande manieuse de concept. Si vous me demandez de parler écriture, je vais vous répondre tripes, passion, emotion, coeur, des trucs de ce genre. Je sais d’ailleurs mieux en parler oralement (lors de mes ateliers par exemple) que par écrit. C’est pourquoi cette chronique sur enviedecrire.com est un défi pour moi. Elle m’oblige à préciser ce que je ressens et à le nommer.
    En fait, je ne sais pas quoi vous répondre, car c’est abstrait pour moi, ce que vous me demandez. C’est pourquoi je vous propose de préciser, parce que moi aussi, j’aime bien connaître les gens avec lesquel j’échange.

  27. @ Depluloin : Oui, c’est vous. 🙂

  28. @ AdS : J’le savais qu’il fallait pas s’en prendre à Frédérique sauf à déchaîner vos… HA! ha! Ça va, je suis habillé pour l’hiver! 🙂

  29. J’ vois qu’il y a de l’ambiance déjà ! AdS en furie, Depluloin décoiffé, emelka qui tarabuste l’Auteure pour lui faire cracher l’ morceau, l’Auteure qui dit qu’elle a rien à cracher sauf à l’oral (!!!!! c’est elle qui le dit !!!), Sophie qui dit qu’ c’est très bien… Bref, kesske j’ vais pouvoir dire de plus ?…

  30. @Depluloin : Oui dites donc, vous avez vu ? J’y suis allée un peu fort. 🙂
    (M’enfin vaut mieux pas la contrarier sinon je bave et et je pousse des grognements épouvantables)

  31. J’ai tout lu et même deux fois. Chais pas kwa dire. C’est grave mékresse ? Je reviendre après bon sommeil.

  32. @ Monch : Epoustouflez-moi !

  33. @ Ads : Tu sais que j’adore tes petits bras musclés. Tu le sais n’est ce pas ?

  34. @ Zoé : Picoler avec sa fillote et se promener dans Paname, ça embrouille, non ? 🙂

  35. J’aime beaucoup les photos de votre page d’accueil, vraiment. Mais tel le secret de la chambre parentale – je suis en phase régressive depuis environ… – j’aimerais bien savoir ce que fait cette personne avec cet arbre? Comment? Ah?

  36. AdS, elle est sensass.

  37. @ Depluloin : Elle se console, Depluloin. Dans certains cas, seuls les arbres ont ce pouvoir.

  38. Que c’est triste vraiment s’il n’y a plus que les arbres pour nous consoler!(soupir à fendre l’arbre)

  39. @ Babeth : :0) Tu as l’arbre bucolique.

  40. Désolée, Frédérique, mais je ne me sens pas à l’aise dans cet échange sous forme de commentaires virtuels.

  41. @ Emelka : Je vous comprends, moi-même – comme vous l’aurez compris – ne suis pas dans mon élément. Ce sont des sujets que j’aborde avec plus d’aisance dans une conversation. Mais merci quand même de vos questions et de votre intérêt pour mon travail.

  42. @ Babeth : Allons, allons! Tiens, je vais faire l’arbre avec les branches et les oiseaux, rien que pour toi! Attention… voilà!

  43. Adoraaaaaable Depluloin :0)

  44. Je répète: Adoraaaaaable Depluloin !!!!!!!!!!!

  45. Message d’un apatride :
    Très intéressant le parallèle dressé entre la vie d’une  »occidentale » : européenne ou américaine, et une indienne, mais ce parallèle à sa place durant les ’60-’90, avec la descente économique qui s’intensifie depuis une dizaine d’années dans l »’occident », n’a plus vraiment d’être car maintenant la survie économique de l »’occident » est elle-même mise en question, donc augmentation des gens qui vivent au-dessous du seuil de la pauvreté dans l »’occident » donc des réels problèmes posés à la jeunesse  »occidentale » qu’on qualifie encore à tort d’insouciante alors que les bases même de ce qui leur assurait cette insouciance en toute situation sont sur le point de disparaître faute d’avoir trop pressé le citron et de dirigeants actuels même plus à la limite du supportable, bon dimanche!
    http://www.viadeo.com/fr/profile/wadih.de-fayad
    http://www.thebookedition.com/livres-wadih-fayad-auteur-10920.html
    http://www.thebookedition.com/a-la-mort-a-l-amour-la-rage-de-l-amour-wadih-fayad-p-17609.html
    http://www.mymajorcompanybooks.com/Auteurs/poeteromantique

  46. Ze suis adoraaaableu! ze suis adoraaaableu!! … Nous sommes tous adoraaableu!! … (Non, non… que du café jusqu’ici…:)

  47. @ Bon dimanche à vous Valentin. Ce que vous dites est juste, cependant à 14 ans, il existe encore une grande disparité de vie entre les jeunes des différents points de la planète et les jeunes filles de France – pour ne parler que d’elles – n’ont pas les conditions de vie des jeunes filles indiennes – puisque c’est l’exemple qui nous occupe ici. Et c’est heureux, plutôt que de partager tous le même banc, il serait préférable que nous ayons tous accès aux fauteuils.

  48. Ce que dit Valentin, Monsieur Valentin, est très juste et me fait penser soudain à une autre différence, autre qu’entre « niveaux » de vie, qui serait la « qualité » de vie. Et de ce point de vue-là, il est clair que nous avons perdu. (Les citadins plus que les autres?) Sans idéaliser des vies très dures, il existe encore heureusement des sociétés où la famille, au sens très large comme en Afrique, la tribu, maintiennent une humanité que nous devrions leur envier. Je pense aux enfants qui grandissent dans de telles sociétés…

  49. @Depluloin. Au Mali, 85% des filles sont excisées ou infibulées, par exemple. C’est vrai que c’est un lien assez fort. Ça c’est pour la qualité. Pour l’humanité, j’ vais réfléchir.

  50. @ Mon chien : Non de nom! Vous me cassez la baraque alors que j’essayais de sauver ce qui pouvait l’être!! (« Infibulés », voilà autre chose! Non, non, pas de dessins!) Bon, je ne vais pas évoquer l’Islam ici d’autant que le sujet est vaste… et sensible. (Du temps du Père de Foucault en revanche, les militaires français de la République avaient ordre de ne laisser aucun missionnaire venir « missionner » dans le coin, ni dans le reste de l’Algérie. Et de fait, il n’y a pas eu de problèmes – de ce côté-là du moins.)

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