Chez eux (2)

CP F. Martin
CP : F. Martin

 

 

 

 

 

 

« La langue est la grande menteuse de la bouche », lui avait-il dit en se penchant sur elle, si près qu’elle avait pu distinguer les pores dilatés sur son front. Bois de cade, poivre et peau luttaient pour l’embaumer sans qu’elle veuille leur échapper. Est-ce qu’il en finirait jamais ?

Elle en était toujours aussi surprise. On ne se connaît pas – ou si peu, dans le meilleur des cas – on entre ; à peine les salutations d’usage et on passe directement au déshabillage suivi d’un rapprochement immédiat et de contacts plus ou moins appuyés. Une exploration lente et méthodique, comme s’il n’existait plus de sphère intime et que la pudeur avait été balancée aux orties.

« D’un rien, elle fait toute une histoire. Une véritable concierge. » avait-il poursuivi en souriant – dans le secret espoir de l’amener à la détente ? « Je m’allonge ? ». Un haussement de sourcil : « Oui, ce serait préférable ». Ça l’est toujours, pourquoi poser la question, ils n’allaient pas le faire debout. Elle lui tendit son bras dans un geste codifié, il le saisit avec une certaine douceur – juste celle qu’il fallait. Il ferma les yeux un long moment, semblant écouter quelque chose de si lointain, si ténu, qu’il avait besoin de toute sa concentration pour l’atteindre. « C’est très bien » finit-il par déclarer. Elle eut envie de s’étirer sans passer à l’acte pour autant. Elle sentit ses deux mains de chaque côté de son cou descendre sans hâte, tièdes et sèches, la pulpe des doigts lissée par des milliers de passages. Elle pouvait apercevoir les poils de son torse s’échappant par la chemise entrouverte. Avec certains, c’était carrément mieux qu’avec d’autres et – pourquoi le cacher ? – celui-ci avait sa préférence. Autant joindre l’utile à l’agréable.

Il continuait sans se presser, elle laissait faire. Parfois, quand il était penché ainsi, elle se retenait de lui passer les doigts dans les cheveux. Il y avait quelque chose de tendre dans sa lèvre inférieure, une malice dans ses yeux – surtout quand il riait – qui l’émouvait de manière fugace, comme un gonflement trop longtemps retenu, un soupir inexplicable. Mais cela pouvait aussi la prendre dans le métro, dans la rue, dans un café. Elle observait les gens autour d’elle, leurs mises informes le plus souvent, leurs visages fatigués, des chagrins mal dissimulés, la complicité d’un couple, un regard aimant, ou la main fine d’une femme effleurant sa joue avant de s’enrouler autour de son cou. Elle souriait alors, remuée, heureuse sans autre raison que celle de se sentir liée à des inconnus pour lesquels elle aurait pu avoir des gestes de pure consolation.

Il la fit asseoir et elle ne put s’empêcher de penser qu’il ne savait pas ce qu’il voulait, à changer sans arrêt de position. Il souleva sa chevelure pour mieux lui parcourir le dos. Et puis, ce fut fini. Il lui demanda de se rhabiller pendant qu’il écrivait quelques mots. Elle s’assit en face de lui, le considéra un long moment avant de lui demander :

– Combien je vous dois ?
– Six euros soixante, répondit-il en relevant la tête.

Elle trouva qu’il n’était pas cher.

Cet article a 92 commentaires

  1. Frédérique, outre une belle plume, tu es une rusée renarde. Voilà. :0)

  2. @ SophieK : Venant de toi, cela me flatte ! Mouhahahahaha.

  3. Une renarde ? Où ça ????

    J’ai rien senti….

  4. Bien joué, Frédaime ! T’es trop forte!

  5. C’est un tromboniste cubain, c’est bien ça ?

  6. @ Ramon : Une seule adresse – Afflelou.

  7. @ Zoé : Imagine ici un petit bonhomme rougissant qui se tord les mains 🙂

  8. @ McComber : Cubain par son père, mais Suédois par sa mère. C’est ce qui le rend si… attractif.

  9. Décidément je n’arriverai pas à commenter ton texte. Trois fois que je le relis et que je me dis à peu près la même chose : il est très bien écrit, mais… Le « j’embrasse pas » qui est la limite de la plupart des putes est habilement déployé dans le lieu commun sur le mensonge, la mécanique des fluides est bien articulée et la fausse dichotomie entre ce que la cliente est en train de faire, à savoir payer un humain pour jouir de son corps et l’attendrissement dont elle est capable sont bien mis en place.
    Le « heureuse sans autre raison que celle de se sentir liée à des inconnus pour lesquels elle aurait pu avoir des gestes de pure consolation. » est d’ailleurs ici presque le trait d’humour du texte.
    Pourtant je n’y arrive pas. Il est bien écrit mais je ne l’adore pas, ce texte.
    Ce qui me gêne, c’est que tu n’appelles pas un chat, un chat. Non pas employer des termes crus ou explicites, mais on dirait que tu abordes un texte censé être érotique ou abordant une des composantes de ce sujet mais sans assumer clairement de mettre les mains dans le cambouis. Enfin je sais pas. Ce n’est pas mon préféré de toi, même si je retrouve dedans, bien sûr, ton talent à décrire la musique intérieure des personnages.

  10. @ Ads : Chère Anna, c’est peut-être parce qu’il ne s’agit pas d’un texte érotique, mais de la situation ambigüe d’une patiente en visite chez son docteur. Peut-être, je ne sais pas.

  11. @FM : en effet ce n’est pas clair. J’y ai pensé à la visite médicale, mais sans conviction. Peut-être que ton texte dégagerait autre chose si on comprenait mieux qu’il s’agit d’un toubib. Je ne sais pas… Quand tu dis « elle eu envie de s’étirer, sans passer à l’acte pour autant », on s’éloigne de cette hypothétique consultation.

  12. @ ADS : Cette femme est tout à fait ailleurs durant cette consultation. Ce qu’elle vit et ce qui est, sont deux situations différentes. Et puis ce texe fait partie d’un groupe d’autres qui sont sensés donner des clefs au fur et à mesure. Bon, bref, c’est une exploration et tant que telle… ça tatônne (c’est le cas de le dire).

  13. Pas d’accord avec la DS, je trouve au contraire que la force du texte tient à la supercherie découverte au final. Nous entrons dans l’imaginaire érotisé de la femme en ne sachant pas au début si c’est elle qui se vend, puis en croyant comprendre qu’elle est la cliente et au final la cliente certes, mais d’un médecin et tout l’ensemble se repositionne et réveille en nous la mémoire de ces instants troubles ou nous nous abandonnons, nu(e)s, entre des mains expertes pour un tout autre examen, alors que, pour peu que le praticien soit un peu sexy, montent en nous les allusions / illusions de notre imaginaire. Je répète: t’es forte.

  14. @ Zoé : En effet, c’était l’idée et tu l’exposes avec clarté. Ces moments d’intimité forçée peuvent être anodins, franchement désagréables ou glisser vers un imaginaire trés différent de ce que la situation – banale somme toute – signifie réellement. Je ne sais plus où j’ai lu que nous avions comme une bulle autour de nous, qui correspond à notre territoire intime, une sorte de frontière invisible au-delà de laquelle toute intrusion crée un remou. Ce texte, c’est un remou parmi d’autres.

  15. Moi , ça me fait mal quand je lis ce texte . D’ailleurs je ne vais plus jamais chez les médecins et genre comme ça . Je m’invente mes guérisons à moi . Bon , l’érotisme est une illusion . ? . Je me demande comment font les humains pour être si moches alors que les autres animaux sont si beaux . ? . C’est leur solitude qui les rend beau … Finalement je crois que la solitude est trés érotique et sans doute la seule forme d’érotisme qui ne soit pas une illusion …..

  16. @Zoë : Je n’ai rien découvert à la fin du texte, d’où ma perplexité à la lecture. Évidemment que sachant de quoi il retourne, l’éclairage est différent.

  17. me sens patraque … faut qu’j’aille consulter moi.

  18. C’est un embarquement total… et j’appartiens à la catégorie des lecteurs qui se laissent embarquer volontiers par le courant d’une écriture puissante. Trouble cette nouvelle…certes. Et troublée par mon imaginaire.

  19. @ Stéphanie : Les êtres humains aussi ont leur beauté. je ne sombre pas dans l’animalisme ou l’ode à la nature. L’être humain fait partie de la nature et de la création.

  20. @ Frédérique la photographe : Cela peut aller de l’avis de petite mousson à celui de forte tempête, c’est selon :0)

  21. J’me fais faire un toucher rectal tous les 3 mois au grand maximum…

  22. @ Ramon : Tant mieux. Nous sommes contents de voir que vous avez une vie amoureuse 🙂

  23. Ce n’est pas une idéologie pour moi . Simplement ma percéption des humains . L’humain , cet animal nu qui ne sait que faire de sa nudité et qui depuis des millénaires ne peut que se déguiser sans cesse pour tenter de se trouver mais qui se perd de plus en plus dans ses sociétés devenues plus cruelles que la nature et dans lesquelles les chances de survie sont de plus en plus dérisoires . Alors quoi ? … Il lui réste ses fantasmes amoureux . Mais c’est quoi cet amour humain au bout du compte ? … A mon avis en tous cas l’amour n’est pas dans l’érotisme . Je pense que les animaux sont beaux parcequ’ils se savent seuls au monde et cette infinie solitude en révelle la beauté inégalable . Et je perçois plus d’érotisme dans le souffle du vent la nuit à travers la forêt , mais ce n’est pas le même érotisme car il n’a rien de sexuel . Pour moi il s’agit de l’érotisme de la liberté absolue .
    Ceci dit je ne cherche pas à vous convaincre . Je vous fais simplement part de mon experience de mes sensations .

  24. @ Stéphanie : L’amour et l’érotisme peuvent aussi coexister. Et beaucoup d’hommes et de femmes font l’expérience de cette solitude radicale et intrinsèque qui est notre condition à tous. Ce qui fait la différence, c’est de tisser du lien, ce que les animaux font aussi, à leur manière. Le lien, c’est la vie.

  25. Non de dieu, putain d’ conversation…
    Une qui parle d’échange tarifé, l’autre qui trouve que les humains sont moches, le dernier qui s’ met un doigt tous les trois mois… y en a pour tous les goûts ! 😀

  26. @ Monch : Dites, au lieu de vous gausser, vous n’avez pas un petit boulot sur le grill, vous ? Quelque chose me dit que si ! Vous reviendrez quand il sera fini, ou vous aurez rendez-vous avec la copine de Ramon.

  27. Ça pourrait être un masseur, aussi bien qu’un médecin, d’ailleurs, ton personnage masculin, Fredaime…
    (Mouhahahaha ! J’adore quand Ramon raconte ses aventures !)

  28. @ Sophie K : C’est à la carte :0)

  29. J’ai même pas de PSA !!!!

  30. Supers, les dessins de Francesco ! :0) Merci, Fredaime et M’sieur Pittau.

  31. @ Sophie : Pour l’instant c’est LE dessin, mais au fil des jours, on pourra rajouter un S. C’est surtout Francesco qui a travaillé :0)

  32. Elle serait pas un peu flagorneuse, Sophiek ?

  33. @ Ramon : Pourquoi, les dessins de Pittau ne vous plaisent pas ?

  34. Ramon, je te plaque violemment au sol et je te file trois baffes, et toc.
    Non mais.
    :0)

  35. @ Sophie : Belle prise, quelle vigueur, quelle énergie ! Une maitresse femme (Mouahahahahaha)

  36. Si vous vous y mettez à deux… D’toutes façons, les femmes c’est toujours pareil: elles sont capables de se liguer …
    Il me semble que dire: oh! ils sont beaux LES dessins quand il n’y en a qu’UN…
    Et la Frédérique qui en remet une couche au risque de se médire…

    Tiens, j’enjambe vos corps défaits et exangues …

  37. @ Ramon : C’est LE premier d’une série, répondit LA Frédérique exangue mais toujours bien mise 🙂

  38. Ahahahahahahahah ! Ramon ! en catcheur mexicain, j’ voudrais voir ça… J’ dis rien mais si j’étais une femme, je m’ battrais pas avec lui… Il est capable de s ‘ laisser foutre par terre exprès, juste pour se faire consoler après ! 😀

  39. @ Ramon : Ben on en avait montré quelques uns sur Strictement, aussi, l’année dernière. D’où mon « les » distrait.

  40. @ Monch : Moi je ne me bats jamais, je laisse faire les autres :0)

  41. C’est dans les annales que le toucher rectal est très surfait…
    Ce n’est pas Pitt… Heu ! Monch. qui me contredira !;o)
    Amusant ton testicule l’est.
    (Je sors).

  42. @ Luc : Soupir navré (je vois que ça).

  43. @FM & Sofkahlo : pas d’problème, j’arrive, chuis pas maternante pour deux ronds. La Consolatrice, j’croyais qu’c’était l’nom d’une bière.

  44. @Luc. Pour le toucher, j’en sais rien mais j’ fais confiance aux connaisseurs… Et y z’ont l’air de pulluler par ici ! 🙂

  45. @ Ads et Monch : Mon dieu, mon dieu….

  46. @Frédaime : heu… pourquoi AdS ET Monch’ ? pourquoi tu m’fous dans l’même panier qu’ce type ?

  47. :0)))
    J’boirais bien une bière, tiens.

  48. @ ADS : Parce que je suis imprévoyante, je mets tous mes oeufs dans le même panier :0)

  49. @ Sophie ; Ah, là je te retrouve 🙂

  50. Le lien entre érotisme et soins du corps … C’est l’intime …
    La technicité tiend à distance l’érotisme dans les actes térapeuthiques … Et je pense que le pouvoir de la technique médicale fait du corps quelquechose dont s’abscente le désir … pour y revenir cependant en cachette par les plaies et les plaintes …

  51. @ Stéphanie : Le nombre de mèdecin et de patient(e)s qui concrétisent leur désir mutuel indique au contraire qu’il y a l’acte thérapeutique d’un côté (la raison, la maladie,la technique) et le désir de l’autre (le sourire, la voix, la peau, la silhouette, l’odeur) et que l’un n’arrive pas toujours à annuler l’autre. Ce qui est heureux, les deux – medecin et patient(e) – étant aussi des êtres humains.

  52. @FM : « ce qui est heureux » ? Heu… non, pas tout à fait… Comment te dire… C’est en fait un interdit absolu. La déontologie interdit toute relation sexuelle entre un thérapeute et son patient, car le patient est considéré dans ce cas comme étant en situation de faiblesse, et donc abusé. Il peut légalement porter plainte.
    Petit rappel ici :
    http://www.web.ordre.medecin.fr/rapport/sexuelles.pdf

  53. Je ne suis pas d’accord avec toi : moi , je sens d’un coté l’agréssivité du corps , (agréssivité est pour moi un mot positif) et de l’autre la violence médicale qui veut réduire ce corps à la raison raisonnante de l’ordre . L’agressivité du corps reviend sans cesse par les blessures , les plaies , les excréssions et la souffrance et l’agonie … toujours niées , gommées par l’ordre totalitaire du social qui nie les corps individuels pour imposer son corps étatique-divin et sacrificiel : ce corps mis à mort , crucifié , cloué par l’interprétation scientiste et la chosification téchnologique .
    L’ordre n’est que meurtre et création d’un néant qui trouva son apogée par tous les totalitarismes … et s’il y a érotisme alors il ne peut être que contre tout ! … Oui contre tout ordre , comme un ultime défit de la beauté vouhée à l’anéantissement par le principe de meurtre qui fonde tout-orde social . Et je dis : puisque la fin justifie les moyens … alors l’érotisme ne peut être qu’au commencement …..

  54. @ Stéphanie : Je prends note que nous ne sommes pas d’accord. Je fuis comme la peste les explications totalitaristes qui montent en épingle ce qui n’a pas lieu de l’être.

  55. @ ADS : Il faut arrêter avec le médecin tout puissant et le patient-victime. Les choses sont un peu moins pendulaires que ça. On peut aussi considérer le médecin comme le détenteur d’un savoir qu’il nous amène à partager. Le malade n’est pas obligé non plus de se soumettre et puis, lorsque nous consultons, nous ne sommes pas toujours à l’agonie. Loin de là.
    Quant aux règles, aux lois et autres rappels à la morale, ne s’agit-il pas aussi de prendre ses distances ? Tout doit-il absolument être réglé, de notre manière de nous lever jusqu’à celle de nous coucher ?

  56. Qu’est-ce que l’érotisme au delà des fantasmes ? … Concrétement . Et au delà des techniques sexuelles (?) ou d’accouplement ? … IL y a l’agréssivité du corps . Où est le corps dans la médecine ? … Qu’est-ce qu’un corps pour la médecine ? … En tout cas certainement pas quelque chose d’érotique . Mais quelquechose qu’il faut controler . Techniques de controle de l’intimité du corps individuel par le « corps-social » , voila comment je perçois l’ensemble des techniques médicales . Réduire le corps à un ensemble de fonctions organiques (dont l’érotisme ferait partie) . Et finalement réduire le bonheur (?) à l’homéostasie . Si l’érotisme existe , alors il ne peut être cause que de désordres … ou quoi d’autre ? un systhéme de fantasmes bien stéréotypés qui mettraient en ordre notre désir ? Alors l’érotisme est médicalisable également , d’ailleurs on a inventé la médecine du désir et on peut tout ramener à la biochimie , alors l’érotisme deviend quoi ? Une forme d’art avec ses codes ? …

  57. @ Stéphanie : Je vous parle relations humaines, vous me parlez de LA Médecine. La fonction ne suffit pas à définir l’homme (ou la femme). Nous ne parlons pas de la même chose, voilà tout. Quant à l’érotisme, je ne crois pas qu’on puisse l’enfermer dans une définition – aussi savante soit-elle – car il échappe à toute tentative d’encerclement. Il dépend avant tout des individus. La boucle est bouclée.

  58. Parler relations humaines ? … Soit ! Mais votre réponse au sujet de l’érotisme est un peu un tour de pass-pass genre : « y a rien à dire car c’est impensable »… Je vous parlais du corps , en médecine , en philosophie , en art , et en toutes ces « choses »(?) humaines qui sont produites par les relations humaines … Qu’est-ce que « le corps »?……. Parcequ’on peut trés facilement définir un érotisme sans corps (et)mais si l’érotisme échappe à toutes definitions c’est bien parcequ’il ya le corps qui s’impose . S’il s’agit du (des) phantasmes érotiques alors ils n’en sont que les fantômes donc il est mort . Depuis des millénaires les humains se sont inventé des protéses pour supléer au corps : voitures , télé , machines diverses ne sont que des protéses au fond . Et on tiend le corps à distance réspectable et lorsqu’il reviend en scéne c’est médicalisé à outrance et même les phantasmes sont encerclés par le pouvoir des définitions psy … s . Vous dites parler de l ‘Homme ou la Femme . Au début de cette conversation (?) je vous ai parlé des animaux et c’est le corps qui s’impose en premier avec les animaux . Où sont les corps amoureux des humains ? … Je veux dire en vrai , ailleurs que dans les mises en scénes phantasmatiques et virtuelles … Et l’érotisme sans la beauté animale archaïque du corps c’est quoi ? … Et la place pour cette beauté parmis toutes nos protéses , c’est où ailleurs que dans la fiction artistique ? …… Et au bout du compte il ne réste que les plaies les blessures et « l’érotisation » des massacres par média interposés …..

  59. @ Stéphanie : Je ne vous suis pas – et il ne s’agit pas d’un tour de passe passe – parce que je n’ai pas de définition, ni même de développement sur le sujet. L’érostisme se vit, il est dans la vie quotidienne, dans votre corps, comme dans celui des gens que vous croisez. Je ne suis pas tentée par un érotisme cérébralisé à l’excès. Boire, manger, dormir, caresser, voir, entendre, écrire, chanter, cuisiner, photographier, respirer… tout participe de l’érotisme. Cela passe par le corps et par le mental. Pour ma part – je le constate tous les jours, où que je sois.

  60. Oui ? bon , peut-être que j’ai complétement tord en fait ….. Et peut-être ce que j’ai écri là est complétement stupide …… Mais je trouve que votre idée de l’érotisme si elle n’est pas cérebralisée , soit , est cependant trés idéale voir utopique à mon avis , mais pourquoi pas .
    Moi , je vois bien l’immense majorité des gens sont « moches » (ésthétiquement parlant) et je ne vois pas où ils pourraient trouver leur érotisme si ce n’est dans le porno ou l’imagination fantasmatique .
    Le gouffre entre les représentations du corps et les corps rééls est évidente alors ? ….. Quoi pour les gens qui se vivent au quotidien comme moches voir trés moches et se détestent eux-même ? Quel érotisme ? ….. Je vous parle simplement des corps (et non pas décor) tels qu’ils sont ….. Sans aucune poésie parceque le quotidien l’a flinguée depuis longtemps la poésie amoureuse du quotidien …. Voilà

  61. @ Stéphanie : Utopique, idéale… c’est possible, c’est bien mon genre 🙂 Mais l’érotisme n’est pas réservé aux seuls « Beaux », d’autant plus que la beauté en tant que telle n’existe pas. Ses critères diffèrent suivant les époques, les cultures, les individus. Ce que vous trouvez « moche » ne le sera pas pour un autre. Erotisme et esthétisme ne me semblent pas forcément liés.

  62. Je pense que votre discours est trops bienveillant envers les humains .
    Je pense qu’il existe des critéres ésthétique du « beau corps » qui dattent de plusieurs millénaires et qui ne varient pas ou trés peu suivant les lieux et les cultures car ils corréspondent à des necessités biologiques .
    Je crois que cela a été mis en évidence par certaines recherches scientifiques . Les humains obéissent plus que ce qu’ils le croient à des stimulations instinctives trés archaïques et le beau et le laid n’y échappent pas plus que d’autres rapports de forces . Bon , je vous trouve trés attachée à votre idéal d’égalité , mais en fait (s) l’égalité n’existe pas . Elle n’existe qu’en droits (téoriquement , et même pas , mais croyons le) , mais en faits il n’y a aucune égalité face aux réalités biologiques . Alors , à mon avis je pense que l’érotisme n’échappe pas aux exigences du biologique …. ou alors il doit tenir les corps à l’écart .
    Voila , c’est mon avis …. Mais cela peut évoluer ….

  63. @ Stéphanie : Vous mettez le doigt sur une valeur à laquelle je suis profondément attachée : la bienveillance. Disons que je tente de compenser un manque phénoménal par un tout petit excès. La bienveillance est essentielle, je vous assure, pour soi comme pour les autres. Elle est à cultiver avec soin, dans un monde qui fonctionne si parfaitement sur le jugement et l’emballage à tout crin.
    Je ne vois pas où vous trouvez que je défends l’égalité, c’est plutôt la parité qui me semble à défendre, l’égalité en tant que telle n’existant pas vraiment, du fait de nos différences, du lieu de naissance, du milieu, de l’époque etc… Egaux en droits certes, absolument et sans discussion possible en ce qui me concerne, mais pas dans les faits, c’est certain.

  64. Ben, comme l’être humain est un paquet d’instincts et une montagne de neurones, j’ suppose que pour « s’accoupler » comme dit l’autre, il doit mélanger tout ça pour arriver à en faire autre chose qu’une distribution de sperme et d’ovules.
    Mais cette affaire de corps figuré comme une « machine » n’est pas neuve… à chaque époque, on a essayé de conceptualiser pour essayer de le comprendre… les idiots se limitent à la conception basique, puis les plus sensibles s’en servent comme tremplin. Descartes prenait le corps comme une machine (voir son texte les animaux-machines), plus tard on l’a vu sous forme d’automate, puis de robot (tout l’ monde a des références : ça va de la créature de Frankenstein aux robots d’Asimov) ; aujourd’hui, on regarde surtout le cerveau qu’on compare aux disques d’ordinateur. Ce n’est pas le réduire, c’est juste le mettre provisoirement sous une forme que l’on peut appréhender.
    Et la sexualité là-dedans : ben, dans le corps ET dans la tête. Surtout dans la tête que ça se passe.
    Quant à la médicalisation, ouais, mais elle s’occupe seulement de la mécanique, et tant mieux.

  65. @ Monch : La médicalisation, oui, mais le mèdecin – pourvu qu’il voit un être humain dans le corps qu’il soigne – s’occupe de plus que cela et peut à l’occasion, voir plus loin que le corps. Mais je suis bien d’accord que la tête ET le corps ne sont pas séparables. Ils forment un tout et que l’un des deux disjoncte et c’est le tout qui est mis en péril.

  66. @FM. j’interdis à qui que ce soit d’entrer dans ma tête, médecin ou pas médecin. 🙂
    Mais ce qui m’ fait rigoler c’est que certains médecins peuvent le croire : en fait, ce qu’ils appellent autre chose, c’est la mécanique influencée ou affectée par l’environnement, qui est du mécanique lui aussi.

  67. @ Monch : Ah bon ? Alors je sors, je savais pas 🙂
    On peut nouer des liens autres que médicaux avec un mèdecin (et là je parle d’estime réciproque, d’amitié ou autre) parce que ce sont des êtres humains derrière leur fonction. C’est ce à quoi je faisais référence.

  68. Mon boucher aussi est un être humain mais j’ lui demande de m’ filer un steak convenable et pas aut’ chose. Lui demande pas de devenir mon confesseur. Et s’il devient mon ami, j’ lui parle pas « boutique »… Pas sûr que le rapprochement favorise l’objectivité du médecin. Enfin, j’imagine… Mais comme j’ suis jamais vraiment malade (une santé d’ fer dans une peau d’ velours— j’en profite pour faire un peu d’auto-promo ), j’ suis pas bon juge…
    Y m’ semble que j’ vous ai entendue tousser… Non ?…

  69. @ Monch : Un petit coup de froid, faut que je file chez mon mèdecin pour qu’il voit ça de plus près 🙂

  70. Seul le corps est vrai . Le corps n’est ni mécanique ni érotique . Le corps c’est la nature à l’état brut , et les illusions rationnalistes ou poétiques ne résistent pas à cette vérité là . La médecine échoue à soigner les corps . L’érotisme échoue à les aimer . IL n’y a que la nature du corps . IL y a certainement plus de vérité dans la pornographie que dans l’érotisme . La poésie amoureuse ne résiste pas au quotidien .
    Seul le corps est vrai . On peut toujours farder la réalité , pourquoi pas , mais ce n’est que pour entretenir et sauver l’illusion du « bonheur » , ce grand bonheur des contes de fées et autres légendes produites par la poésie et la raison qui s’entendent trés bien pour créer des masques à la brutalité de la nature . Voila ce que je pense , seul le corps est vrai . L »érotisme et la raison ne servent qu’à le tenir à distance .