Oujda la douce : « Je suis au Maroc » (1/4)

Ce texte m’a été commandé dans le cadre de la convention entre l’Institut Français et la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée. Ce projet international est destiné à l’ensemble de l’interprofession. Pour de plus amples renseignements, consulter le site de OLL.

Vivre ici, et rêves d’ailleurs. C’est l’intitulé du débat auquel j’étais conviée à Oujda, lors de la seconde édition des Lettres du Maghreb où je me suis rendue avec la délégation d’Occitanie  Livre et Lecture.

Vivre ici, et rêves d’ailleurs. Pour quelqu’une que le voyage dévore précisément parce qu’il est inaccessible, pour quelqu’une qui se dissout dans le monde et, par cette raison même, se trouve incapable de s’y déplacer seule, c’était un thème particulièrement indiqué. Ceux qui me connaissent savent que je suis une infirme du voyage, une malheureuse qui rêve d’ailleurs mais se perd dans un hall d’entrée dès lors qu’il compte plus de deux issues. S’y perd réellement, physiquement et sort toujours par la mauvaise porte. Celles et ceux qui me connaissent, ne comprennent pas toujours mon anxiété, mais assermentés en amitié, ils me soutiennent et me prennent par la main pour m’accompagner.

 Je suis au Maroc

Le voyage me plonge dans un état de nudité intérieure extrême et décuple toutes les émotions que je traverse. C’est ainsi que je suis arrivée à Casablanca. Le nom seul de cette ville m’a transportée. Casa comme disent les initiés. Casa, c’était marcher dans les pas d’Ingrid Bergman et d’Humphrey Bogart, se prendre durant quelques heures pour une baroudeuse.

De Casa, je retiens un arbre splendide et noueux, prisonnier d’une cour entièrement ombragée par sa canopée ; le regard complice de Florence Cook, enseignante passionnée qui vit depuis longtemps dans les pays du Maghreb ; la plaisanterie d’un serveur en costume traditionnel : Les toilettes ? Mais elles n’ouvrent qu’à vingt heures, Madame ! ; la barrette d’argent qui souligne la longue chevelure brune de Siham Elkhaddar, Directrice à la Maison de la Région d’Occitanie à l’international ; le bleu fulgurant d’un pan de mur dans la cour de l’Institut français, dirigé par Martin Chenot. Mais Casablanca n’était qu’une