Il était fraîchement arrivé sur la toile, avec un blog, Man on the book, dont il parlait trés bien tout seul :
Frédéric Fréney ? La trentaine un rien dilettante. Quelques expériences dans l’édition, quelques autres dans l’univers de la communication, tout en exerçant le journalisme en dilettante. J’aime la banlieue (surtout quand il pleut), les bar-tabacs (même les plus miteux), les revues littéraires (collectionnées à ne plus savoir qu’en faire), les chats, le sport et les livres. Tous les livres. C’est eux qui font l’objet de ce blog même quand, très souvent, je fais semblant de m’intéresser à autre chose. Encouragements, engueulades, discussions et plus si affinités : fredericfreney@rocketmail.com
Ce blog, je l’anime tout seul, comme un grand garçon. Un blog dont le titre est, on l’aura sans doute compris, un hommage détourné à Man on the Moon, le film de Milos Forman.
Puis il a disparu ! Il m’avait demandé de répondre à un questionnaire littéraire que je reproduis ci-dessous puisque les anciens liens sont obsolètes.
Pouvez-vous nous raconter un souvenir de lecture de jeunesse particulièrement marquant…
Je pense aux trois livres que j’ai regardés de travers pendant des mois, qui m’avaient été offerts par des personnes différentes (qui, en quelle occasion ? Mystère) et qui ne m’inspiraient guère. Pourquoi ? Les couvertures, les résumés, je ne sais pas. Ils formaient une pile à part, la pile des « pas lus ». Je les observais avec colère parfois, car j’avais l’impression qu’ils m’adressaient un reproche muet et je me sentais coupable de les délaisser. Et puis un jour, démunie de tout autre livre, pauvre donc, je me suis lancée. Et je suis tombée dedans, bien sûr ! J’en garde le souvenir de lectures enivrantes, passionnantes, qui m’ont appris à ne pas me fier aux apparences et à goûter avant de dire que je n’aime pas. Dans ces livres mal accueillis, il y a Le lion de Joseph Kessel, le Chevalier de Maison Rouge d’Alexandre Dumas et un livre perdu, Le 35 mai de Erich Kästner. Ce livre-là, il m’arrive encore de le chercher dans ma bibliothèque, je l’ai égaré dans mes déménagements, ou alors on me l’a emprunté sans jamais me le rendre. C’est mon livre manquant, une espèce de fantôme qui ne se résout pas à sa disparition et que je rêve de retrouver un jour.
Quels sont actuellement vos livres de chevet ? Et, de façon générale, vers quel type de livre votre goût vous porte-t-il ?
Comme toujours, j’ai plusieurs livres en chantier. Je ne lis pas les mêmes suivant l’heure de la journée (à quelques exceptions près). Je viens de terminer Car voici que le jour vient de Fabienne Ferrère. Sur ma table de chevet, on trouve Le métier de vivre de Cesare Pavese et L’âme et la vie de Carl Gustav Jung. Dans mon salon Pourquoi êtes-vous pauvres de William T.Vollman et les Aphorismes d’Oscar Wilde. Dans mon bureau, à côté d’une monstrueuse pile à lire que je ne cesse de nourrir, Les intermittences de la mort de José Saramago et Épépé de Ferenc Karinthy.
Plus largement, j’aime les grands romans, les nouvelles bien serrées, les essais et la poésie. Je reconnais une prédilection pour la littérature étrangère et pour les anglais(es) en particulier, qui date de mon époque Agatha Christie. D’une manière générale, ce que j’attends d’un livre, c’est qu’il soit nourricier : qu’il me touche, qu’il m’enseigne, qu’il me révèle, qu’il me surprenne. Un tel livre, c’est comme une histoire d’amour, je le quitte dans la douleur, je le retrouve dans la fougue.
Quels auteurs relisez-vous volontiers ?
Le journal de Charles Juliet. Le polar (Ed Mac bain, James Ellroy…), le fantastique (Matheson…) et les nouvelles (Carver, Trévor, Barnes, Oates, Murakami, Pamiès, Cortazar…). Les Dialogues avec l’Ange de Gitta Mallasz. L’œuvre d’Armel Guerne et celle de Georges Hyvernaud… Et j’en oublie, qu’on me pardonne.
Pensez-vous, comme qui vous savez, que la lecture est un « vice impuni » ?
Le vice implique une perversion, et la question me laisse perplexe. Je n’ai pas lu l’ouvrage de Valéry Larbaud, mais ce titre – hors contexte – ne m’évoque rien, à part un effet de manche.
La lecture est si tentaculaire, vivante, omniprésente que je ne sais absolument pas la définir en quelques lignes. Il me semble que tout, absolument tout, est contenu dans les livres et qu’on doit pouvoir y trouver n’importe qu’elle réponse. L’image la plus exacte que je puisse employer à ce jour, pour dire ce qu’est la lecture à mes yeux, ce qu’elle représente pour moi, c’est en définissant les livres comme mes parents. Toujours présents, patients, inébranlables, ne se dérobant pas, prêts à me répondre, à m’enseigner, à me montrer. Savants sans être intrusifs, humbles et riches, passionnés et passionnants, les livres sont ces parents modèles, auxquels j’ai pu rêver, auxquels j’ai pu croire – sans crainte – et à qui j’ai voulu ressembler, en bonne petite fille aimante.

Acrylique - Jacki Maréchal
Par la même occasion, je vous rappelle que Jacky Maréchal expose en ce moment même et jusqu’au 19 décembre prochain. Il a mis ses tableaux en ligne pour toutes celles et ceux qui ne peuvent aller jusqu’à lui. Ce serait dommage de rater ça.
